Affirmant que les centaines de millions octroyés par la Cour aux victimes du tabac pourraient mettre en jeu la survie de l’entreprise, Imperial Tobacco contre attaque. À la veille de la journée mondiale sans tabac, elle lance une offensive promotionnelle et pour l’assouplissement des règles sur les produits de vapotage, une démarche similaire à celle du cigarettier Philip Morris et dénoncée par l’Organisation mondiale de la santé. 

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Tout en faisant l’étalage de ses nouvelles marques vedettes, le grand cigarettier montréalais parle volontiers de « vivre et laisser vivre. »

« Je ne fume pas, j’ai deux enfants et je ne veux pas qu’ils fument, affirme Éric Gagnon, directeur des affaires règlementaires. Mais ça ne m’empêche pas de penser que la prohibition ne fonctionne pas, qu’il faut laisser le libre choix aux gens, comme le gouvernement a décidé de le faire pour la marijuana ou l’alcool. »

Dans les locaux du cigarettier, rue Saint-Antoine Ouest, pas une seule image d’une cigarette sur les murs. En lieu et place, de grands panneaux annonçant « des produits de nouvelle génération ». On y voit des cigarettes électroniques à l’allure d’un briquet, une autre à l’allure d’un petit baladeur numérique, et une autre ressemblant à un stylo bille, baptisée le « ePen ».

À Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a eu tôt fait de décrier par voie de communiqué, hier, la même campagne lancée en Europe par le plus grand producteur mondial de cigarettes, Philip Morris International (PMI). Les deux cigarettiers présentent les cigarettes électroniques comme une solution au fléau du tabac.

Tout en faisant une démonstration peu habile d’un prototype, M. Gagnon explique que les nouveaux produits sont chauffés au lieu de brûler. Selon les travaux des chercheurs de la compagnie Imperial Tobacco, le produit ainsi inhalé serait 95 % moins nocif qu’une cigarette.

Saluant les publicités prévenant des risques du vapotage chez les jeunes, le dirigeant ne cache pas que la compagnie aimerait pouvoir faire la promotion de ses nouveaux produits auprès des adultes dans les dépanneurs. Dans des endroits délimités. « En ce moment, les jeunes achètent les vapoteuses sur les sites web, sur les sites illégaux. C’est ce qu’on appelle le dark market. Il faut faire cesser l’hypocrisie » soutient-il.

Paquet beige

Au Canada, tous les paquets de cigarettes devront être beiges, de la même forme, sans logo, d’ici novembre 2019. Les avertissements de santé sur les paquets seront les mêmes, avec des images d’organes détruits par le tabac. Encore là, Imperial Tobacco critique la décision du fédéral en estimant qu’elle ne fera qu’encourager la contrebande avec des paquets faciles à reproduire. Au passage, il ne manque pas de rappeler que les taxes imposées sur les produits du tabac rapportent chaque année jusqu’à 9 milliards de dollars dans les coffres de l’État.

Malgré plusieurs jugements contre les fabricants de tabac, Imperial Tobacco continue de soutenir que les gens qui ont développé une maladie en consommant du tabac, tel le cancer du poumon, l’ont fait « en toute connaissance de cause ». « Les effets nocifs étaient connus par les fumeurs, et ce depuis longtemps », répète le directeur.

Au sujet des différentes actions collectives, le haut gestionnaire est peu bavard, mais il explique que la compagnie de tabac serait en faillite si elle versait les quelque 700 milliards réclamés par les fumeurs et les provinces.

« La meilleure solution est de parvenir à s’entendre avec les créanciers pour mettre un terme à ces poursuites, et aller de l’avant », dit-il.