Les personnes « chanceuses » qui évitent de justesse d’être victimes d’une attaque terroriste peuvent vivre une détresse presque aussi importante que les gens touchés par un attentat, affirme une nouvelle étude réalisée auprès des gens affectés par les attaques du 11 septembre 2001.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Presque aussi élevé

Éviter de justesse d’être victime ou de perdre un proche dans un attentat terroriste peut plonger les gens dans un état de détresse presque aussi élevé que celui observé chez ceux qui ont vécu un attentat ou ont perdu un proche. C’est ce que révèle une nouvelle étude publiée dans la revue Social Psychological and Personality Science. À la suite des attentats du 11-Septembre, les gens qui ont « évité de justesse » les attaques ont rapporté des niveaux plus élevés de symptômes réexpérimentés (avoir des pensées ou faire des cauchemars liés à l’évènement traumatisant, par exemple) et de trouble de stress post-traumatique probable, notent les chercheurs.

Un proche « chanceux »

Les chercheurs se sont penchés sur les témoignages récoltés à New York après le 11 septembre 2001, après de 1433 personnes, dont 142 (9,9 %) ont rapporté avoir évité de justesse les attaques ou connaître une personne proche qui les avait évitées. Parmi les commentaires récoltés, on trouvait : « J’ai reçu une offre d’emploi pour travailler dans le World Trade Center quelques mois plus tôt, mais je l’ai refusée » ; « Mon beau-fils devait prendre ce vol, mais ma fille était malade et il l’a transportée à l’hôpital » ; ou encore « Mon beau-frère travaillait au 90e étage du World Trade Center, mais il était malade ce jour-là ».

Différences individuelles

En entrevue, Michael J. Poulin, professeur associé au département de psychologie de l’Université de Buffalo et coauteur de l’étude, dit qu’il n’a pas été surpris par ce constat. « D’un côté, il existe de nombreuses preuves que même l’exposition directe à des catastrophes ne provoque pas de détresse grave chez toutes les personnes, dit-il en entrevue. Et inversement, nous savons que même être exposé à une couverture médiatique des catastrophes peut être très pénible pour certaines personnes. Il y a donc beaucoup de différences individuelles dans les réactions des gens aux phénomènes liés aux catastrophes. »

Sentiment de culpabilité

Un des éléments observés à plusieurs reprises par les chercheurs est un sentiment de culpabilité, note M. Poulin. « Nos données couvrent les mois qui ont suivi les attentats, et on ignore ce qu’il advient après cette période. Or, de façon anecdotique, certaines personnes affirment ressentir de la culpabilité même de nombreuses années après une catastrophe, mais il n’y a pas assez de recherche pour dire à quel point cela est courant. Il existe sans aucun doute des différences individuelles dans ce domaine également. »

Chanceux ou malchanceux ?

Est-ce à dire qu’il est faux de penser que les personnes qui ont évité de justesse d’être victimes d’un attentat ont de la chance ? M. Poulin ne le croit pas. « Je pense que même une personne éprouvant la culpabilité d’un survivant serait d’accord pour dire qu’elle aime mieux être en vie que le contraire, alors dans ce sens, elle a de la chance et elle le reconnaît. Et ces histoires servent à illustrer au public à quel point le destin peut être précaire, ce qui est bénéfique pour apprendre à ne pas juger les victimes de catastrophe, par exemple, le fait de dire que les habitants de zones inondables auraient dû voir venir le coup, etc. »