(Sainte-Marthe-sur-le-Lac) Le choc a été total pour Anatoli et Anna Lisnic lorsqu’ils sont entrés dans leur maison de la 17e Avenue, à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, hier.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Anatoli était complètement tétanisé, incapable de prononcer un mot. Il déambulait en silence au rez-de-chaussée de la résidence dont le sous-sol était envahi d’eau à hauteur d’homme. Anna, elle, s’est dépêchée de réunir des effets essentiels. À commencer par des documents officiels, notamment leurs passeports.

Car pour ce couple d’immigrants moldaves établi au Québec depuis 2008, l’avenir est soudain bien incertain.

« Quand je suis sorti de la maison, je me suis retourné et je l’ai regardée comme on regarde quelqu’un que je ne reverrai jamais », a raconté Anatoli, la gorge nouée, quelques minutes après avoir été ramené en terrain sec par des pompiers en Zodiac.

Il s’agissait pour le couple d’une première visite à la maison depuis l’évacuation d’urgence de samedi soir. Comme tous les résidants du quartier, il n’avait eu le temps que de ramasser quelques bricoles avant de quitter les lieux en trombe.

« J’avais passé quatre jours à aider à empiler des sacs de sable. Je n’ai jamais pensé que ça pourrait nous arriver », ajoute Anatoli.

Panique

Samedi soir, Anna effectuait les derniers préparatifs aux célébrations de la fête de Pâques orthodoxe, soulignée une semaine après la fête traditionnelle soulignée par les Québécois.

Elle était à l’épicerie quand elle a vu les gyrophares des pompiers et des policiers. Elle s’est précipitée à la maison, où elle a constaté que les bouches d’égout crachaient sans relâche de l’eau dans la rue. La digue avait cédé, il fallait décamper au plus vite.

Malgré elle, la dame est aujourd’hui animée d’un immense sentiment d’injustice. Elle est incapable, dit-elle, d’arrêter de pleurer.

« On a ramassé notre argent toute notre vie pour avoir cette maison. On n’est pas riches, mais on a toujours payé nos taxes, nos assurances… »

— Anna Lisnic

À ce propos, le couple ne sait pas si sa police d’assurance couvrira tous les dommages.

« On avait justement pris soin de demander, en achetant la maison, si elle était en zone inondable », reprend Anatoli.

« Ce n’est pas une maison juste pour nous, mais pour nos enfants et nos petits-enfants.

« Je suis camionneur, je travaille beaucoup, beaucoup pour qu’on puisse vivre ici. On ne va pas en voyage, on dépense peu. C’est très dur. Que va-t-il se passer maintenant ? Je ne sais pas », conclut-il.

Après l’évacuation, le couple s’est d’abord réfugié chez son fils aîné à Montréal, mais s’est ensuite installé chez des amis moldaves non loin de chez lui.

Anatoli et Anna saluent l’immense générosité des gens qui les entourent, à commencer par leurs voisins de Sainte-Marthe, dont les dons leur ont permis de se procurer quelques vêtements après le sinistre.

Après leur passage à la maison, hier, ils ont rangé leurs quelques sacs dans leur petite voiture, puis se sont éloignés, lentement, du quartier inondé.

Le cœur gros devant une vie à reconstruire. Encore une fois.