Mécontent de voir ses recommandations ignorées par le gouvernement Couillard, Martin Carrier, le président du conseil d'administration de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a démissionné cette semaine. Il l'a fait savoir vendredi matin, à sa dernière réunion du C.A.

Mis à jour le 3 juin 2018
Denis Lessard LA PRESSE

Le heurt avec la ministre de la Culture, Marie Montpetit, est survenu il y a deux semaines quand elle a décidé que l'ancien directeur du Devoir et délégué du Québec à Paris, Jean-Louis Roy, occuperait le poste de président et directeur général de la BAnQ. Âgé de 77 ans, M. Roy ajoute ce mandat à des états de services déjà très longs.

« Je ne suis pas amer, mais c'est une question de bonne gouvernance », a expliqué M. Carrier, joint par La Presse. Il a fait parvenir sa lettre au cabinet de Mme Montpetit plus tôt cette semaine. Il ne pouvait accepter de présider un conseil d'administration décoratif, dont on ne tenait pas compte des recommandations. Il avait été nommé fin 2016 avec plusieurs nouveaux membres du conseil. Interrogé sur ses intentions, au Devoir, il y a deux semaines, il s'était contenté de dire que l'heure était « à la réflexion et non à la précipitation ».

Avec cette « nouvelle gouverne » à la barre de l'institution, « la normalité des choses aurait voulu que le C.A. propose la candidature du ou de la PDG. Ce n'est pas ce qui s'est passé. [...] Cela a été ficelé directement par le gouvernement », résume M. Carrier.

Mme Montpetit utilisait une disposition particulière pour court-circuiter le conseil d'administration qui travaillait sur le choix d'un directeur depuis avril 2017. Or le conseil avait fait de nombreuses recommandations, toutes ignorées par le gouvernement, observe M. Carrier, patron d'une firme de haute technologie, Frima. Il dit n'avoir rien contre Jean-Louis Roy, avec qui il a déjeuné la semaine dernière.

Selon la loi, la nomination du président directeur général « est faite sur la recommandation du conseil d'administration ». Mais on prévoit aussi que si le C.A. « ne recommande pas la nomination d'une personne dans un délai raisonnable, le gouvernement peut nommer celui-ci après en avoir avisé les membres du conseil ». Dans le cas présent, le poste était vacant depuis avril 2017, depuis la démission de Mme Christiane Barbe, désormais dans le réseau des commissions scolaires.

Plusieurs femmes sollicitées

Le C.A. avait proposé plusieurs candidats, assure-t-il. Une première candidature, notamment, Manon Gauthier, ancienne responsable de la culture au comité exécutif de la Ville de Montréal. Elle avait été écartée parce qu'elle ne répondait pas à toutes les conditions exigées pour les emplois supérieurs.

Depuis, beaucoup de femmes en vue à Montréal, susceptibles d'être intéressées par ce poste, avaient été sollicitées informellement, de Liza Frulla, la patronne de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, à Montréal, jusqu'à Dominique Savoie, sous-ministre momentanément sur la touche après un moment difficile au ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports.

La firme de recrutement qui avait obtenu le mandat de 30 000 $ pour dénicher la perle rare (Raymond Chabot Ressources humaines inc.) avait continué les recherches et était retournée plus d'une fois à la planche à dessin.