Dessau fait actuellement des représentations auprès de la Ville de Montréal afin de permettre à la firme de génie de soumissionner à nouveau des contrats publics.

Kathleen Lévesque LA PRESSE

C'est ce qu'indique le registre des lobbyistes dans lequel Dessau a modifié, le 2 juillet dernier, son inscription qui était jusque-là très générale. Dessau tente ainsi de casser la décision de la métropole de la bannir, elle et ses filiales, des appels d'offres municipaux.

«Nous voulons d'abord mieux comprendre les motifs de la Ville de Montréal et voir s'il y aura des possibilités de faire des soumissions. Nos démarches sont en cours, mais il n'y a pas de conclusion», a expliqué la porte-parole de Dessau, Rebecka Fortin.

La position de Montréal avait été annoncée en avril dernier par l'ancien maire MichaelApplebaum (aujourd'hui accusé de fraude). L'administration Applebaum avait réagi au témoignage devant la commission Charbonneau, du vice-président de Dessau, Rosaire Sauriol, qui avait reconnu que la firme avait participé à un système de collusion et de trucage de contrats pendant de nombreuses années, à Montréal. Depuis, M. Sauriol a démissionné, tout comme son frère Jean-Pierre, qui était PDG de la firme. Du côté de Montréal, la Ville a hérité d'un nouveau maire, Laurent Blanchard.

Améliorer la gouvernance

Les démarches de Dessau se font dans le cadre de son «plan d'amélioration de la gouvernance» avec l'Autorité des marchés financiers (AMF), qui l'a privé le 20 juin dernier de son droit d'obtenir des contrats avec le gouvernement. Comme elle se retrouve au Registre des entreprises non admissibles (RENA), c'est-à-dire la liste noire des entreprises qui n'ont pas réussi à franchir les vérifications de probité faites par l'AMF et l'Unité permanente anticorruption (UPAC), Dessau ne peut continuer à soumissionner les contrats municipaux. 

Placée dans une situation commerciale précaire, Dessau cherche à apporter des changements majeurs dans ses façons de faire afin de pouvoir présenter une nouvelle demande d'accréditation auprès de l'AMF. L'entreprise entend ainsi ouvrir son conseil d'administration à des membres indépendants. Mais d'ici là, Dessau tourne au ralenti.

Dessau a tout de même conservé les 251 contrats en cours au ministère des Transports et les 76 mandats attribués à des consortiums auxquels elle participe pour un total de plus de 320 millions. Quant à la filiale LVM, spécialisée dans l'analyse de sols, elle n'est pas touchée par la mise à l'écart de la société mère.

Rémunération au tarif

Au-delà de ses représentations auprès de Montréal, Dessau a modifié son inscription au registre des lobbyistes afin de détailler des projets pour lesquels elle fera des activités d'influence. Il s'agit de valider la conception d'un bassin de rétention à Trois-Rivières, de faire la promotion auprès de 16 municipalités dont Québec, Longueuil et Saint-Jérôme de partenariats public-privé pour des installations récréotouristiques ainsi que de convaincre la Régie des installations olympiques (RIO) du bien-fondé du concept d'un toit ouvrant autoporté pour le Stade.

Ce genre de précisions dans les activités d'influence de Dessau est nouveau. Jusqu'à maintenant, les firmes de génie se sont montrées réticentes à être transparentes comme l'exige la loi.

Dessau n'est toutefois pas la seule à emprunter cette voie; Beaudoin Hurens (anciennement LBHA) a aussi apporté un changement à son inscription au registre des lobbyistes. La firme, identifiée lors des audiences de la commission Charbonneau comme ayant fait des contributions illégales aux partis politiques, souhaite que le gouvernement applique au monde municipal les règles de rémunération des services professionnels qui ont cours dans les ministères. Le choix des firmes se ferait donc selon la qualification de celles-ci plutôt que selon le concept du plus bas soumissionnaire conforme. Ce changement permettrait «d'éviter que les professionnels d'ingénierie soient incités à fournir des services incomplets et ne répondant pas au besoin».