Après avoir passé le chapeau pour un voyage scolaire ou la réfection de la cour d'école, les enfants ont tôt fait de solliciter de nouveau parents et amis pour la bonne cause qu'appuie leur école. Comment refuser un petit billet de 10$ à un élève qui recueille de l'argent pour un hôpital ou pour la lutte contre une terrible maladie? Les organismes de charité l'ont bien compris et cherchent à avoir leurs entrées dans les écoles. Les enfants, petits champions des collectes de fonds?

Mis à jour le 26 nov. 2012
Louise Leduc LA PRESSE

Josée Forest le sait bien: il aurait été tellement plus simple de ne pas se poser de question et de signer un chèque de 25$ pour sa fille, qui voulait récolter de l'argent pour la Fondation des maladies du coeur et de l'AVC. Mme Forest a pourtant refusé. «À son âge, ma fille, elle s'en foutait, des maladies du coeur. Tout ce qu'elle voulait, c'était tous ces jouets qu'on lui promettait si elle récoltait beaucoup d'argent.»

En effet, la Fondation des maladies du coeur et de l'AVC mise à fond sur les enfants pour récolter des dons et les récompense bien. S'ils récoltent de 14$ à 34$, ils reçoivent une corde à danser. Plus de 85$? Un ballon luminescent. «Des bébelles qui vont mourir dans le fond d'un placard», se plaint Mme Forest.

«Ma fille pleurait. Elle redoutait le moment où la mascotte de la Fondation arriverait dans sa classe. Elle se sentait d'avance humiliée de n'avoir rien amassé et frustrée de ne recevoir aucun jouet.»

«Quand il s'agit de dons de charité, tu ne peux rien remettre en question, sinon, t'es la pas fine de service», laisse tomber Mme Forest.

À la Fondation des maladies du coeur et de l'AVC, Normand Tanguay, directeur du développement communautaire, reconnaît que la politique de remise de cadeaux et de jouets aux enfants «peut être discutable». On est d'ailleurs en train de la réévaluer: «Certaines écoles qui décident de ne pas accepter les cadeaux récoltent autant de fonds que celles qui les acceptent.»

À l'heure actuelle, outre les cadeaux aux enfants, la Fondation offre aussi de redonner à l'école 10% des sommes amassées ou du matériel scolaire.

La Fondation des maladies du coeur, présente dans plus de 200 écoles au Québec, est loin d'être la seule à compter sur des enfants ou des adolescents pour une partie de sa collecte de fonds. La Fondation Terry Fox le fait, de même que l'hôpital Sainte-Justine, qui a annoncé cet automne que 1,1 million avaient été amassés grâce au «Défi jeunesse 1 km des écoles privées», relevé par 33 000 élèves.

Pourquoi ces écoles privées aident-elles toutes Sainte-Justine, précisément?

D'une part, parce que l'hôpital fournit la logistique aux écoles pour l'organisation de cette course de 1 km, indique Geneviève Beauvais, directrice des communications à la Fédération des établissements d'enseignement privés.

D'autre part, aux yeux des enfants, il n'y a rien comme sauver une vie, explique Claude Potvin, directeur de l'Académie Lafontaine, où a été organisé le premier Défi 1 km au profit de l'hôpital Sainte-Justine. «Quand les gens de Sainte-Justine passent pour parler aux élèves, je leur dis bien qu'il faut que l'argent aille à quelque chose de très concret - un incubateur, par exemple.»

Guy-Renaud Kirouac, directeur des activités-bénéfice pour la Fondation de l'hôpital Sainte-Justine, assure, à juste titre, que le premier Défi 1 km s'est tenu à l'initiative d'un enfant qui avait été sauvé par cet hôpital.

Les directeurs des écoles privées se sont ensuite passé le mot, puis l'idée a fait boule de neige.

Forte concurrence entre les organismes

Inévitablement, cela fait des jaloux. Dernièrement, un médecin de l'Hôpital de Saint-Jérôme a invité à dîner le directeur de l'Académie Lafontaine pour lui demander de faire ses prochaines collectes de fonds au profit de son hôpital plutôt que pour Sainte-Justine. «J'ai répondu que j'en glisserais un mot aux élèves, mais la décision leur revient à eux, explique M. Potvin. À un moment donné, il avait d'ailleurs été envisagé d'amasser des fonds pour deux causes différentes. Le problème, c'est que si un enfant de 6 ans se fait dire par un donateur qu'il veut donner à une cause mais pas à une autre, notre jeune élève ne saurait pas comment gérer la situation.»

Parmi les écoles qui amassent le plus de fonds pour Sainte-Justine se trouve le Collège Beaubois, dans l'ouest de Montréal. Les élèves y ont récolté 24 000$ lors de la dernière campagne. C'est sans compter les autres appels à la générosité lancés pendant l'année: tirelire écologique à l'Halloween, Opération Enfant Soleil à Noël, voyage scolaire d'entraide au Sénégal et les 12 500$ récoltés pour la Fondation des maladies du coeur (les jouets obtenus étant ici redistribués à des enfants défavorisés).

«C'est toujours sur une base volontaire», dit Mario Bourassa, l'un des organisateurs Défi 1 km au Collège Beaubois.

Y a-t-il des limites à tous ces organismes qui veulent entrer dans les écoles et y amasser des fonds? Chaque école privée détermine sa propre politique, et pleine latitude est laissée aussi aux écoles publiques de la Commission scolaire de Montréal dès lors que le directeur et le conseil d'établissement donnent le feu vert.