Leur maire est la cible d'une pluie d'allégations de corruption. Les perquisitions se succèdent dans les bureaux municipaux, aux sièges sociaux d'entrepreneurs, dans des succursales bancaires et même à la résidence du premier magistrat. Pourtant, beaucoup de Lavallois continuent de défendre leur maire! Mais pourquoi Gilles Vaillancourt suscite-t-il autant de sympathie dans son île? Nous avons demandé aux Lavallois de nous expliquer ce «mystère»...

Judith Lachapelle LA PRESSE

SIX RAISONS POUR LESQUELLES LES LAVALLOIS SONT SATISFAITS DU MAIRE VAILLANCOURT:

1. Des augmentations d'impôt foncier limitées

«On peut être d'accord ou non avec les façons de faire du maire Gilles Vaillancourt, mais il sait gérer sa ville», a écrit Gilbert LeBlanc dans nos pages Débats, la semaine dernière. L'impôt foncier n'a augmenté que de 1% en 2011 et de 1,4% en 2012. C'est moins que dans les villes voisines (2,9% à Longueuil, 3% à Montréal) et moins que l'indice du coût de la vie (environ 3% en 2011). La croissance immobilière exceptionnelle dans l'île Jésus a permis de hausser les revenus et de diminuer la dette de la Ville, si bien qu'on n'a pas eu à demander aux Lavallois de contribuer davantage au budget. La Ville fait même des surplus! «Alors même si la corruption est présente, suppose Olivier Beaudry, ça ne concerne que quelques millions par an et la bonne gestion permet probablement d'en économiser beaucoup plus...»

2. Des services municipaux efficaces

«Mon fils de 7 ans a eu la brillante idée de verser du sable dans l'abreuvoir du parc, un dimanche. J'ai avisé la Ville, et la réparation s'est faite le lundi matin», raconte Benoît Lachance. Quand un Lavallois se plaint à l'hôtel de ville, il y a généralement quelqu'un qui écoute, notent plusieurs résidants. Les cols bleus n'ont fait la grève qu'une seule fois en 15 ans - au printemps dernier, ils ont débrayé pendant huit jours.

3. L'amélioration des transports en commun

D'accord, prendre les transports en commun à Laval peut être un acte de foi. N'empêche. Le prolongement du métro à Laval est l'un des bons coups du maire, reconnaissent les Lavallois. Tout comme l'installation, dans les abribus, de panneaux électroniques qui annoncent le passage des prochains bus. Dans les autobus, des panneaux lumineux affichent le prochain arrêt. «Ainsi, on peut s'asseoir à l'arrière sans demander au chauffeur de nous avertir quand on sera à l'intersection de X et Y», dit François-Guy Gallant.

4. La croissance

Elle ne se fait pas toujours dans l'harmonie, mais elle remplit les coffres de la Ville. Selon le dernier recensement, la population lavalloise a augmenté de 7,5% en 10 ans, comparativement à une hausse de 4,3% en moyenne au Québec. Les centres commerciaux ont poussé comme des champignons, les tours d'habitation s'élancent vers le ciel, de nouveaux quartiers colonisent les dernières terres, les entreprises y installent leurs bureaux et la Ville aura son nouvel amphithéâtre avant Québec. Banlieue-dortoir? Plus vraiment.

5. La qualité de vie

Manifestations culturelles et sportives d'envergure, mesures pour les familles... «Vous seriez surpris de la quantité de parents montréalais qui utilisent de fausses adresses pour que leurs enfants puissent jouer au soccer dans les ligues de Laval», dit Benoît Lachance. La qualité des installations sportives varie cependant selon les quartiers. L'été dernier, des associations sportives ont notamment dénoncé dans les médias locaux le piètre état de plusieurs terrains de jeu et patinoires.

6. Le «bon» maire

«M. Vaillancourt connaît très bien sa ville et ses recoins», dit Josée Beaudry, qui précise toutefois qu'elle n'a jamais voté pour lui. «Il est très gentil et s'occupe des problèmes des citoyens très rapidement. Il n'hésite pas à noter leur nom et leur numéro de téléphone afin de pouvoir les joindre pour leur demander si le problème a été réglé, ou encore à aller voir lui-même quel est le problème.» Même les opposants de M. Vaillancourt saluent ses compétences de gestionnaire. «Et puis, glisse un résidant qui a demandé l'anonymat, les Lavallois se disent qu'il vaut mieux avoir un maire corrompu mais compétent plutôt qu'un maire innocent, aveugle et mal entouré...» Une flèche empoisonnée envoyée au 514?

TROIS CHOSES QUE LES LAVALLOIS REPROCHENT AU MAIRE GILLES VAILLANCOURT

1. L'anarchie urbanistique

Grotesque et affreux, le cinéma Colossus, planté en bordure de l'autoroute 15, symbolise aux yeux de nombreux Lavallois le pire de ce qui s'est construit chez eux dans les dernières années. À cette «abomination», comme dit Benoît Lachance, on peut ajouter le nombre exponentiel de centres commerciaux à grande surface, écrit un autre résident, Didier Chrétien. «Les centres commerciaux du type power centre, avec des magasins tous éloignés les uns des autres dans des îlots, ne sont pas agréables à fréquenter. Ce sont des espaces qui sont conçus pour la voiture, pas pour les piétons. En hiver, il fait trop froid pour y marcher, et l'été, les grands stationnements créent des îlots de chaleur.» Où est le plan d'urbanisme de la Ville? Où sont les normes architecturales? «S'il y en a, on peut douter de leur à-propos et de leur justesse, dit M. Chrétien. Bref, un manque de vision de la part des dirigeants de la Ville.»

2. La disparition des terres agricoles et des milieux humides

La moitié des terres agricoles, à Laval - parmi les plus fertiles du Québec -, ne sont plus la propriété d'agriculteurs ou d'horticulteurs. «La zone agricole de Laval est comme un gros fromage suisse, plein de trous», a déploré l'an dernier Guy Garand, directeur général du Conseil régional de l'environnement à Laval. Gabriel Legault s'inquiète de la construction d'immeubles dans des milieux humides remblayés. «La destruction massive du bois de l'Équerre est une honte. Laval a une réputation de ville grise en béton à cause de tous les espaces verts, bois, marécages qui ont été détruits. C'est dommage.»

3. Une démocratie de façade

Trois perquisitions dans les affaires personnelles du maire, allégations de corruption persistantes... Tout ça commence à agacer le contribuable lavallois. Mais le fait qu'il n'y a pas d'opposition crédible fait frémir les résidants. «L'hégémonie du maire et de son parti a créé une démocratie de terre brûlée; l'opposition s'est atrophiée dans l'indifférence générale, s'inquiète Jean Parenteau. Les prétendants auront-ils l'écoute de la population?» Devant l'incertitude du projet de l'opposition, François-Guy Gallant est inquiet. «Je ne sais pas ce qu'ils vont m'offrir. Tandis que je sais ce que Gilles Vaillancourt offre: de la corruption et des bâtisses qui poussent partout dans la ville...»