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10 + 1 questions avec Chantal Rouleau

Chantal Rouleau, mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Chantal Rouleau, mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.

Photo: Robert Skinner, La Presse

La Presse

Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre un acteur de l'actualité qui s'est retrouvé au premier plan médiatique et lui pose 10 questions en lien avec la couverture dont il a été l'objet. La 11e question provient du public. Cette semaine, notre journaliste s'entretient avec la mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau.

Q 1. En septembre dernier, dans le cadre de l'émission Enquête, vous avez lancé un véritable cri du coeur en avouant qu'en tant que mairesse, vous vous sentiez impuissante devant la collusion et la corruption. Avez-vous hésité avant d'accorder cette entrevue?

R: Oui. Au début, je ne voulais pas. Il faut préciser que l'entrevue devait porter sur le congédiement d'un fonctionnaire par l'arrondissement et je ne voulais pas ressasser tout ça. J'ai finalement accepté. Mais quand Alain Gravel est arrivé, il m'a posé une question dans le couloir et ma réponse l'a étonné. L'entrevue a donc pris une tout autre orientation que celle qui était prévue. Rien de tout cela n'était prémédité.

Q 2. Avez-vous peur depuis la diffusion de cette entrevue?

Non. Au moment de l'entrevue, j'avais des craintes, mais plus maintenant. Ce que j'ai fait, c'est dénoncer un système sans montrer qui que ce soit du doigt. On ne peut pas s'en prendre à moi, ça ne rapporterait rien à personne. Après l'entrevue, la police est venue me rencontrer pour me demander de quoi j'avais peur, mais il n'y a rien. Et depuis ma sortie, il y a d'autres maires qui parlent, je ne suis plus seule.

Q 3. Quelle a été la réaction des gens depuis votre sortie publique?

R: Mes propos ont eu l'effet d'une bombe. J'ai reçu tellement d'appuis ainsi que des centaines de courriels et ça continue aujourd'hui. Les gens me disent bravo, même les journalistes me félicitent. Dans ma famille, les gens sont fiers de moi et heureux, même s'ils me disent également de faire attention à moi. Autant d'appui de la population, c'est, selon moi, la meilleure protection.

Q 4. Qu'est-ce qui vous a motivée à écrire une lettre au premier ministre Jean Charest?

R: Une chose en particulier: lorsque le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a dit que les maires n'avaient qu'à «faire leur job» et que si les soumissions ne faisaient pas leur affaire, ils n'avaient qu'à retourner en appel d'offres. Or, ce n'est vraiment pas comme ça que ça fonctionne. En écrivant cette lettre, j'ai donc voulu exprimer la réalité dans laquelle on vit et pourquoi il faut, selon moi, une enquête publique.

Q5. Le premier ministre vous a-t-il répondu?

R: Je n'ai reçu aucune réponse directe ni même un accusé de réception, mais il m'a répondu par médias interposés. J'ai compris qu'il avait été sensible à mes propos et qu'il réfléchissait à la meilleure solution. Or, la meilleure solution, selon moi, c'est l'enquête publique.

Q6. Espériez-vous une réaction de la part du gouvernement après votre sortie dans les médias?

R: L'autre jour, un maire m'a appelée pour me dire qu'il me soutenait. Il m'a demandé si quelqu'un du gouvernement avait communiqué avec moi - le cabinet du premier ministre, un membre du gouvernement, du ministère des Affaires municipales... Je lui ai répondu que personne au gouvernement ne m'avait appelée. Je ne sais pas à quoi je m'attendais exactement, mais il est clair que la seule réponse possible à la situation actuelle est la tenue d'une commission d'enquête. Je pose la question autour de moi à des gens issus de différents milieux, de différentes strates d'autorité, et la réponse est toujours la même dans 99,9% des cas: il faut une enquête publique.

Q7. Au lendemain de votre sortie publique, espériez-vous que les gens sortent dans la rue et manifestent?

R: Durant l'entrevue, j'ai dit: «S'il faut sortir, sortons...» Il y a eu quelques manifestations, mais avant tout, la manifestation se voit dans la prise de conscience. Les gens prennent acte de ce qui se passe. Je pense qu'il est en train de se passer quelque chose. On le voit par le témoignage des autres élus, des autres maires. Lors de ma dernière campagne électorale, je faisais du porte-à-porte et les gens me disaient: je vous trouve bien sympathique, mais je ne sais pas si je vais aller voter, qu'est-ce que ça donne? Or, ce que j'observe aujourd'hui, c'est que les gens reprennent confiance. Ils voient qu'il y a en politique des gens qui veulent changer les choses.

Q8. Croyez-vous que vos propos ont eu plus d'impact dans la population parce qu'ils provenaient d'une femme?

R: Peut-être. Lors de mon passage à l'émission24 heures en 60 minutes, l'autre soir, Anne-Marie Dussault m'a demandé si c'était un hasard de voir deux femmes, Mme Pelletier, mairesse de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, et moi, dénoncer la corruption. J'ai répondu non, ce n'est pas un hasard. Peut-être qu'une femme en politique fait ou voit les choses un peu différemment. Je dis bien peut-être.

Q9. Que suggérez-vous pour changer les règles dans l'attribution des contrats municipaux?

R: Il y a des orientations qui peuvent faire l'objet d'une réflexion. Un exemple: on pourrait changer la règle qui nous oblige à attribuer un contrat au plus bas soumissionnaire, ou encore, on pourrait nous permettre de négocier avec lui. On pourrait également exclure l'entrepreneur qui a été condamné plutôt que seulement l'entreprise. Sinon, c'est trop facile. L'entrepreneur fautif ferme son entreprise et en crée une autre et peut ainsi continuer à faire des affaires. Enfin, on pourrait s'inspirer de ce qui se fait ailleurs. Aux États-Unis et en Europe, ils éliminent le plus bas et le plus haut soumissionnaire et vont chercher le prix médian. Je ne suis pas juriste, mais il me semble qu'on pourrait s'inspirer de ce genre d'approche. Notre système n'est pas mauvais en soi, mais on l'a laissé aller pendant des décennies sans faire les corrections qui s'imposaient.

Q10. Allez-vous vous représenter à la mairie en 2013?

R: Oui. J'adore ce métier et nous avons de belles réalisations dans l'arrondissement. Je pense que la lutte contre la collusion et la corruption va faire partie de notre plateforme électorale comme elle en faisait partie lors des dernières élections. Je pense qu'on va parler encore longtemps de ces questions-là.

Q+1. Etienne Ferron Forget @etienneff sur Twitter: Considérez-vous les sorties médiatiques comme plus efficaces que les simples pressions politiques? Si oui, pourquoi?

Oui, les sorties médiatiques font beaucoup réagir et cela sensibilise les gens. Je crois que c'est légitime d'utiliser les médias quand on veut faire bouger les choses.




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