La Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU devrait être enrichie d'un volet religieux qu'ont omis ses rédacteurs laïques, selon les participants à la deuxième Conférence mondiale sur les religions du monde. Ce volet, en préparation depuis une dizaine d'années à l'Université McGill, comporterait notamment deux dispositions controversées: l'une interdirait aux médias de dénigrer les religions, et l'autre obligerait tous les pays à protéger le droit de se convertir.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«La Déclaration fait abstraction de l'importance de la religion», explique Patrice Brodeur, professeur de théologie à l'Université de Montréal et l'un des organisateurs de la conférence. «Après la fin de la guerre froide, on a redécouvert son importance.»

Ces changements rendraient-ils inacceptables les caricatures danoises sur l'islam et la violence? «Seulement celle où on voit Mahomet avec un turban en forme de bombe, estime M. Brodeur. Le monde musulman vivra éventuellement une modernisation comme celle de la chrétienté, qui a appris à tolérer ce genre de critique.»

Pour ce qui est des conversions, difficiles à accepter dans le monde musulman, un participant à la Conférence de Montréal, Tariq Ramadan, est tout aussi optimiste. «Actuellement, la majorité des musulmans n'acceptent pas la conversion vers une autre religion que l'islam, a dit le théologien musulman en conférence de presse. Mais moi, oui, depuis 25 ans. Et le mufti égyptien l'a aussi acceptée il y a sept ans. Les médias ne couvrent l'islam que lorsqu'il y a un attentat terroriste.»

L'Occident ne doit toutefois pas imposer ses valeurs de séparation de l'Église et de l'État, a dit Gregory Baum, théologien de l'Université McGill, durant la conférence de presse. «Dans certains pays, la religion fait partie de la culture. Se convertir, c'est renier la culture, se couper du reste de la société. L'ONU reconnaît le droit des peuples de défendre leur culture. On peut considérer que ça peut amener à interdire les conversions. Il existe aussi des droits collectifs, un peu comme le Québec qui réglemente la langue.»