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»Nous, les policiers, on est honnêtes»

L'enquête de la Sûreté du Québec (SQ) sur les deux policiers de Montréal impliqués dans la mort de Fredy Villanueva a démarré sur des bases erronées en raison du «jeu du téléphone», a-t-on appris, hier, à la reprise de l'enquête publique du coroner sur la mort du jeune homme de 18 ans dans un parc de Montréal-Nord.

Autre révélation qui a fait réagir le nouveau coroner André Perreault: la SQ n'a pris aucune mesure afin d'éviter que les agents Stéphanie Pilotte et Jean-Loup Lapointe «se contaminent», dans le jargon policier, et accordent leurs versions des faits, alors que toutes les précautions ont été prises dans le cas des jeunes témoins du drame.

Selon les premières informations fournies par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à la SQ, les agents Lapointe et Pilotte avaient été «encerclés, projetés au sol et étranglés» par une vingtaine de jeunes présents au parc Henri-Bourassa le 9 août 2008. Or, l'enquête menée par la SQ en vertu d'une politique ministérielle ne corrobore pas cette version des faits, a témoigné hier son enquêteur principal, Bruno Duchesne, au palais de justice de Montréal.

Aucun des 111 témoins interrogés par la SQ au cours de son enquête n'a dit que les policiers avaient été «encerclés, projetés au sol et étranglés», a reconnu l'enquêteur Duchesne, longuement contre-interrogé par Me Alain Arsenault, l'avocat d'un des deux jeunes blessés par balle, Jeffrey Sagor Metellus.

Me Arsenault a demandé à l'enquêteur Duchesne s'il avait été «induit en erreur» par les policiers du SPVM. «On n'a pas tenté de nous induire en erreur. On nous a donné l'information qu'on possédait à ce moment-là», a répondu l'enquêteur de la SQ, visiblement irrité par la question.

L'enquêteur Duchesne a dit ne pas se rappeler qui lui a fourni ces informations parmi le groupe de policiers du SPVM qui lui a fait un «briefing» à son arrivée au parc Henri-Bourassa, vers 23h. Il met cela sur le compte du «jeu du téléphone» qui «déforme un peu». Lors de cette rencontre, il a aussi été informé qu'un des jeunes blessés par balle, Jeffrey Sagor Metellus, était un «membre actif d'un gang de rue».

Questionné sur les règles entourant une politique ministérielle, l'enquêteur Duchesne a candidement admis ne jamais les avoir lues. Le policier qui compte 15 ans de métier en était à sa première expérience à titre d'enquêteur principal dans une enquête sur un autre corps de police.

Deux poids, deux mesures?

Après leur intervention qui a mal tourné, les agents Pilotte et Lapointe se sont rendus ensemble au poste de quartier 39, où ils ont rencontré un délégué syndical. «Une pratique courante», selon M. Duchesne. Les deux agents sont ensuite montés dans la même ambulance en direction de l'hôpital Notre-Dame, toujours avec leur représentant syndical. Puis lorsqu'ils ont obtenu leur congé peu de temps après, ils sont revenus ensemble au poste de quartier. La SQ n'était pas inquiète que les deux policiers ajustent leurs versions. «Nous, les policiers, on est honnêtes», a répondu l'enquêteur Duchesne.

La SQ n'a jamais interrogé les agents Lapointe et Pilotte alors que les jeunes témoins du drame ont été «isolés» les uns des autres, puis questionnés au poste de police dans les heures suivant le drame. L'agente Pilotte a remis un rapport écrit à son supérieur au SPVM, qui l'a ensuite transmis à la SQ cinq jours après l'événement, comme le prévoit la Loi de police, a précisé l'enquêteur Duchesne. L'agent Lapointe, lui, a remis son rapport un mois plus tard.

Cela a fait sourciller le nouveau coroner à l'enquête, le juge André Perreault. «Tout ce temps-là, ça les met à l'abri de l'interrogatoire?» a demandé le coroner. «On a suivi les étapes. C'est leur devoir de fournir un rapport», a répliqué M. Duchesne.

Après avoir reçu le rapport de l'agente Pilotte, l'enquêteur n'a pas cru bon l'interroger, car sa version était «concluante» et corroborait celle des témoins civils. De plus, l'enquêteur Duchesne voulait éviter que «l'orientation de l'enquête» ne vienne aux oreilles de l'agent Lapointe. L'avocat de la Ville de Montréal, Pierre-Yves Boisvert, s'est d'ailleurs opposé au moins à deux reprises en affirmant que l'enquête du coroner n'était pas une «enquête sur l'enquête de la SQ».

Les policiers sont intervenus auprès de six jeunes, dont Fredy Villanueva, parce que ces derniers contrevenaient à un règlement municipal en jouant aux dés dans un lieu public, a conclu l'enquête de la SQ. Aucun des jeunes n'a menacé les policiers avec une quelconque arme. L'agent Lapointe a tiré quatre coups de feu, dont trois ont atteint Fredy Villanueva. La Couronne n'a pas porté d'accusation criminelle contre les deux agents.

Une trentaine de personnes ont assisté à la reprise de l'audience - suspendue depuis mai dernier -, dont la famille Villanueva, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, ainsi que des militants de la Coalition contre la répression et les abus policiers.




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