Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) estime que la mise en service du train de l'Est entre Mascouche et Montréal va augmenter les gaz à effet de serre (GES) et les polluants atmosphériques, même si des centaines d'usagers abandonnent leur automobile pour l'utiliser.

Mis à jour le 9 mai 2009
Bruno Bisson LA PRESSE

Dans un rapport rendu public hier, le BAPE conclut aussi que «le caractère optimal du tracé retenu par l'Agence métropolitaine de transport (AMT) n'a pas été démontré». Il critique sévèrement la méthode et les critères retenus par cette agence gouvernementale pour choisir le meilleur tracé entre Mascouche, Terrebonne, Charlemagne et Repentigny.

 

Le train de l'Est, dont le coût est présentement estimé à 390 millions, permettra de relier la banlieue nord-est au centre-ville en seulement 62 minutes d'ici à la fin de 2010 ou au début de 2011.

À l'origine, deux trains distincts devaient desservir ces villes de banlieue. Le premier aurait desservi les villes de Mascouche, Terrebonne et Laval en empruntant un corridor ferroviaire du CP. Le second aurait traversé le nord et l'est de l'île de Montréal jusqu'à Repentigny et L'Assomption, en banlieue est.

En s'appuyant principalement sur une «analyste multicritères», l'AMT a toutefois choisi de fondre ces deux projets en un seul tracé de 52km, en abandonnant le corridor du CP au profit de nouvelles voies ferrées à construire dans l'axe de l'autoroute 640. Selon l'agence, ce projet réduira de beaucoup les coûts d'exploitation de deux lignes distinctes, et permettra aussi de rejoindre, à long terme, les bassins de clientèle les plus importants de la couronne nord.

Dans son rapport, le BAPE critique durement cette analyse multicritères qui «ne tient compte d'aucun indicateur pour évaluer l'apport du train de banlieue desservant la ville de Laval en matière de niveau de service, d'accès potentiel au train et d'achalandage à moyen et à long terme».

En conséquence, le Bureau recommande à l'AMT de «réexaminer» ses options de desserte «en tenant compte d'une information actualisée sur les bassins potentiels d'utilisateurs à long terme, autour de la ville de L'Assomption, de même que dans les environs des gares éventuelles, à Laval».

Ce faisant, la commission du BAPE qui a examiné le projet de l'AMT ne prend pas franchement partie en faveur du scénario de desserte par deux trains distincts et ne recommande pas l'abandon du tracé Mascouche-Repentigny, tel que proposé.

La commission recommande toutefois plusieurs corrections importantes au projet de l'AMT, et notamment, l'électrification complète du projet dès la mise en service afin de propulser le futur Train de l'Est à l'électricité, au lieu du diesel.

Le bilan environnemental négatif du projet, sur le plan des émissions de GES et de polluants atmosphériques, tient essentiellement à la pollution engendrée par les locomotives, qui rouleront au diesel sur la majorité du tracé.

«La commission du BAPE estime que l'effet bénéfique du projet train de l'Est, pour ce qui est de son bilan net d'émissions de gaz carboniques à l'échelle du Québec, n'a pas été démontré clairement par l'AMT. Toutefois, selon les informations disponibles, une électrification intégrale du projet assurerait, sur ce plan, un bilan positif.»

L'AMT «prend acte»

Dans un communiqué publié hier, l'AMT, qui a déjà dépensé près de 2,5 millions de dollars en études diverses sur ce projet, «prend acte des conclusions du rapport du BAPE, qui endossent le consensus régional selon lequel l'introduction d'un service de train de banlieue est une nécessité».

Le président de l'AMT, Joël Gauthier, a déclaré à La Presse hier que «le projet du train de l'Est vient de franchir une étape additionnelle». Malgré les conclusions de la commission du BAPE, M. Gauthier a assuré que l'agence reste «déterminée à réaliser le projet présenté».

M. Gauthier s'est dit tout à fait en accord avec la proposition du BAPE d'électrifier les voies ferrées pour réduire les émissions polluantes d'oxyde d'azote, de particules et de gaz à effet de serre, responsables des changements climatiques.

Le président a fait valoir que l'AMT vient tout juste de s'entendre avec Hydro-Québec pour évaluer, justement, les coûts de cette électrification et pour programmer la conversion progressive de tout le réseau de trains de banlieue à l'électricité.

En revanche, il estime que «la population du Nord-Est attend ce train depuis déjà assez longtemps» et que son électrification dès sa construction retarderait de beaucoup son entrée en service, toujours prévue pour la fin de 2010.

M. Gauthier a par ailleurs mis en doute les conclusions du BAPE sur les émissions polluantes du train. Il affirme que celles-ci ont été calculées à partir des données sur les locomotives vieillissantes de l'AMT plutôt que sur les locomotives flambant neuves qui seront mises en service.