Surprise! Alors que l'on croyait que les hommes mettaient plus que jamais la main à la pâte dans les soins aux enfants et les travaux ménagers, une toute nouvelle étude avance qu'ils y consacrent maintenant moins de temps qu'il y a dix ans.

Louise Leduc LA PRESSE

Entre 2005 et 2008, les hommes ont consacré 30 minutes de moins aux travaux ménagers par semaine et 1,1 heure de moins aux soins aux enfants.

Telles sont les données d'une étude toute chaude de Gilles Pronovost et al, intitulée «Le temps parental à l'horizon 2020» et basée sur des chiffres de Statistique Canada.

Hommes et femmes ont moins de temps qu'entre 1998 et 2005 à consacrer à leurs enfants, mais c'est en proportion que la régression chez les hommes est plus apparente. Ainsi, si les hommes consacraient en 1986 à peine l'équivalent de 40 % du temps des femmes aux tâches domestiques, cette proportion avait grimpé à 70 % en 1998. En 2005, la tendance s'est inversée : le temps consacré par les hommes aux tâches domestiques (11,5 heures par semaine) a régressé vers la barre du 60 % de l'investissement des femmes. Ce n'est que dans les catégories «éducation» et «achats et services» que les hommes ont mieux fait en 2005, mais avec seulement 0,1 heure de plus dans les deux cas.

Le coupable : le travail, auquel les hommes aussi bien que les femmes consacrent plus de temps qu'il y a dix ans. Les femmes travaillent maintenant près de 40 heures par semaine (incluant le temps de déplacement) alors que les hommes travaillent six heures de plus qu'il y a dix ans, soit environ 50 heures.

Ces chiffres ont été dévoilés en passant, dans la foulée d'une plus large étude sur la paternité rendue publique hier par le Conseil de la famille et de l'enfance.

Isabelle Bitaudeau, secrétaire générale du Conseil de la famille et de l'enfance, ne s'en cache pas : l'idée de départ était de «s'attarder aux aspects positifs de la paternité, de montrer combien les choses ont changé, en 20 ans».

Seulement voilà, le Conseil a été rattrapé par la réalité, par les chiffres bruts. Non, il n'y a pas que des pères absents dans la vie, oui, il y a amélioration depuis 1986, oui, les pères québécois s'investissent beaucoup plus à la maison que les autres pères canadiens... mais il y a régression depuis 1998, ce que les journalistes n'ont pas manqué de relever en conférence de presse.

À Marc-André Plante, membre du Conseil de la famille, qui disait reconduire son enfant à la garderie tous les jours et constater que c'était une majorité d'hommes qui le faisaient aussi à son service de garde, une journaliste a demandé, du tac au tac, s'il était celui qui était contacté quand, en plein coeur de la journée, l'enfant se tapait une petite gastro. M. Plante a dit que vu son horaire flexible, chez lui, oui, c'était le cas. Il a cependant ajouté que de façon générale, les femmes étaient peut-être plus souvent mises à contribution dans ces situations d'urgence qui sortent de la routine habituelle.

En plus de s'appuyer sur les études les plus récentes sur la paternité, le Conseil de la famille et de l'enfance s'est appuyé sur les forums publics qu'il a tenus en 2006 et 2007.

Lors de ces forums, Mme Bitaudeau, secrétaire du Conseil, se souvient avoir entendu bon nombre d'hommes regretter le peu de cas que l'on faisait d'eux après l'accouchement, «comme s'ils étaient transparents» aux yeux du personnel de l'hôpital «alors que la naissance était pour eux aussi un événement marquant».