«J'adore tellement l'hiver et la neige. Je rêve depuis l'âge de 8 ans d'habiter au Canada. L'année de mon arrivée, je marchais dans la neige avec la langue sortie», raconte en riant Conchita, une des nombreuses gouvernantes philippines établies à Montréal.

Hugo Meunier LA PRESSE

«J'adore tellement l'hiver et la neige. Je rêve depuis l'âge de 8 ans d'habiter au Canada. L'année de mon arrivée, je marchais dans la neige avec la langue sortie», raconte en riant Conchita, une des nombreuses gouvernantes philippines établies à Montréal.

Elle travaille pour Regency Nannies, l'agence de placement de Stéphanie Séguin. Un peu à l'image des travailleurs agricoles mexicains, c'est la pénurie de main-d'oeuvre qui oblige à recruter à l'extérieur du pays. Quelque 85% de ces «nannies» sont philippines. Les autres nounous de l'agence proviennent des Caraïbes, de la Colombie et de l'Europe de l'Est, notamment. La demande est forte et les délais pour obtenir les services d'une nounou logée à domicile parfois très longs.

Lunettes roses, chandail rose et élastique rose dans ses cheveux de jais, Conchita paraît avoir 30 ans, mais elle en a 48. Depuis cinq ans, elle est nounou dans une famille de Mont-Royal. Elle a habité leur immense résidence avant de partir en ménage avec son nouvel amoureux. Elle s'exprime en anglais avec un fort accent et éclate sans arrêt d'un rire énergique et contagieux.

Née aux Philippines, elle a d'abord été nourrice dans son pays d'origine puis a passé 10 ans à Hong-Kong. Elle a ensuite entrepris les démarches pour venir travailler au Canada comme nourrice, par l'entremise d'un programme gouvernemental. À son arrivée à Montréal, elle a dû rapidement s'adapter à sa nouvelle réalité. Tout allait bien pour les travaux ménagers et le jardinage. Mais cuisiner les repas a donné lieu à quelques scènes cocasses. «Dans mes tout premiers hamburgers, j'avais mis des tranches d'ananas!» raconte Conchita en rigolant.

En début de semaine, ses employeurs lui remettent la liste des choses à faire. Elle travaille 40 heures au salaire minimum. Les nounous qui habitent avec les familles sont logées et nourries. Conchita se dit heureuse d'être tombée dans une bonne famille. Un jeune couple avec trois enfants. Ses conditions de travail sont nettement meilleures ici qu'avant. «Avec ma famille chinoise, je n'avais pas le temps de dormir. Je travaillais 24 heures sur 24 durant six jours pour un salaire de misère», se souvient-elle.

Avec le temps, elle a développé des liens affectifs très forts avec la fillette de la maison où elle travaille. «Plus jeune, elle me considérait comme un membre de la famille, je me retrouvais même sur les dessins qu'elle faisait», explique la gouvernante, qui l'a élevée depuis le berceau. «Maintenant, elle comprend que je suis une gardienne d'enfant», ajoute celle qui espère faire sa vie ici.

Et ce même si elle a un fils de 19 ans dans son pays d'origine. Un enfant qu'elle n'a pratiquement pas connu, mais à qui elle envoie de l'argent régulièrement. Drôle d'ironie.