Le milieu de la médecine nucléaire au Canada a «frôlé la catastrophe» au cours de la fermeture controversée du réacteur nucléaire de Chalk River, en Ontario, l'an dernier, a constaté un groupe d'experts.

Steve Rennie

Dans un rapport rendu public lundi, ce groupe d'experts en santé presse Ottawa de construire davantage d'installations de production d'isotopes médicaux, pour diversifier les sources d'approvisionnement et réduire la dépendance à un réacteur de recherche vieillissant, qui produit la moitié des isotopes médicaux requis dans le monde.

En pleine crise des isotopes médicaux, l'an dernier, le ministre de la Santé, Tony Clement, a demandé à un groupe de 10 spécialistes en médecine de conseiller le gouvernement sur les répercussions sur la santé de la fermeture du réacteur d'Energie atomique du Canada limitée (EACL). Le rapport, daté de mai 2008, a été affiché sur le site Internet du ministère de la Santé lundi.

On y lit que la communauté de médecine nucléaire, qui dépend de substances radioactives pour diagnostiquer et traiter les maladies, a été mal informée pendant la période où le réacteur était inactif, et qu'en conséquence, certains patients ne pouvaient savoir quand ils seraient traités. Pour des patients atteints de problèmes graves de santé, l'incertitude était source d'inquiétude, mentionne le rapport, qui précise que dans certains cas, médecins et patients ont eu à décider s'ils auraient recours à des procédures plus risquées, ou moins précises.

La fermeture du réacteur a entraîné une pénurie mondiale d'isotopes médicaux employés dans le diagnostic et le traitement de cancers et de maladies cardiaques.

Le réacteur vieux de 51 ans avait initialement été fermé pour quelques jours, en novembre 2007, pour un entretien de routine. Mais la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a découvert pendant ce temps que deux pompes cruciales n'étaient pas raccordées au système d'alimentation électrique d'urgence. La fermeture s'est prolongée près d'un mois, jusqu'à ce que le Parlement vote le redémarrage du réacteur, contrairement à la recommandation de la CCSN. Le réacteur a été relancé le 16 décembre.

Le président d'EACl, alors Michael Burns, a démissionné après le fiasco, et le gouvernement conservateur a par la suite congédié Linda Keen, qui présidait la commission, pour son refus d'autoriser le redémarrage de Chalk River.

Le groupe d'experts recommande également au gouvernement d'améliorer l'information du public et de la communauté médicale en temps de crise.

Un rapport distinct, également dévoilé lundi, relève une communication défaillante entre la CCSN et EACl. Le rapport de Talisman International, un consultant indépendant, indique que la fermeture aurait pu être évitée grâce à une meilleure communication, des conditions de permis claires et une compréhension partagée des enjeux. Il mentionne par ailleurs que certains membres du personnel de la CCSN étaient au courant des lacunes entourant les mesures de sécurité du réacteur, mais qu'ils n'en avaient pas informé la direction.

Plus tôt cette année, un rapport interne préparé par la CCSN et EACL avait également fait état de lacunes au niveau de la communication à l'intérieur des deux organisations et entre elles.