Le début des vacances de la construction a été des plus pénibles pour les milliers d'automobilistes de la région de Montréal. Un nid-de-poule géant a forcé la fermeture d'une partie l'échangeur Turcot hier, provoquant une congestion importante à l'heure de pointe. Et les semaines prochaines ne s'annoncent guère mieux: depuis hier, la circulation est restreinte sur toutes ses bretelles d'accès.

Mis à jour le 19 juill. 2008
Violaine Ballivy

Vers 9h15 hier, la bretelle d'accès à l'autoroute Décarie, située juste à la sortie du pont Champlain, a dû être fermée d'urgence lorsqu'un morceau d'une cinquantaine de centimètres de diamètre s'est détaché de la chaussée pour s'écraser plusieurs mètres plus bas, en plein milieu de la rue Notre-Dame. Heureusement, cette fois, aucune voiture ne se trouvait «au mauvais endroit au mauvais moment» et la chute des débris n'a fait ni blessé ni dommage matériel. Le bilan n'a été guère plus lourd pour les automobilistes circulant sur l'échangeur Turcot, puisque la Sûreté du Québec n'y a recensé que trois crevaisons.

Les ingénieurs et les inspecteurs du ministère des Transports ont immédiatement été dépêchés sur la route abîmée, dont ils ont en vain tenté de panser la plaie dans l'après-midi. Vers 14h30, le Ministère a annoncé une première fois la réouverture de la route, se vantant d'avoir pu colmater le trou béant à l'aide d'un béton à prise rapide avant que ne débute l'heure de pointe. Mais le soulagement a été de courte durée. Il a fallu de nouveau détourner les automobilistes de leur trajectoire moins d'une heure plus tard, quand les ingénieurs ont remarqué que le temps gris et pluvieux empêchait le durcissement du béton. Vers 17h, le Ministère a repris les grands moyens et bloqué de nouveau complètement l'accès aux deux voies de l'échangeur. Le retour à la normale n'était prévu que vers 9h ce matin.

«On a eu de la chance dans notre malchance puisque la fermeture a eu lieu en direction nord, en sens inverse du trafic le plus dense à l'heure de pointe de fin de journée (pour entrer dans l'île de Montréal plutôt que d'en sortir)», a relevé le porte-parole Réal Grégoire. N'empêche que l'échangeur Turcot est un centre névralgique de la circulation montréalaise - les autoroutes 15, 20 et 720 y convergent - qu'empruntent 280 000 véhicules chaque jour. Le trafic est demeuré très lourd toute la journée et une partie de la soirée sur plusieurs voies de l'Ouest-de-l'Île et sur la Rive-Sud. «C'est le début des vacances de la construction. C'est bloqué pas mal partout», a résumé un porte-parole du ministère vers 18h.

Embouteillages à prévoir

Les automobilistes ont eu hier un avant-goût des embouteillages qui risquent fort de se répéter plus d'une fois au cours des prochaines semaines. Depuis hier soir, la circulation est limitée à une seule voie sur toutes les bretelles de l'échangeur Turcot, à l'exception de celle menant à l'autoroute 720 qui sera complètement bloquée, tandis que tous les camions en excédent de charge y seront interdits de passage. Ces entraves, annoncées en fin de journée par voie de communiqué, n'ont pas de lien avec l'incident d'hier matin. Elles doivent permettre le début de certains travaux d'urgence destinés à renforcer la structure de l'échangeur, et qui devraient s'échelonner sur deux à trois semaines. Le Ministère a assuré hier que la structure est sécuritaire, en dépit du fait que ces réparations ont été jugées trop pressantes pour attendre la reconstruction complète de l'échangeur, l'an prochain. «Il faut continuer d'assurer la sécurité des automobilistes d'ici là», a précisé la porte-parole Nicole Sainte-Marie.

L'échangeur Turcot accuse le poids de son âge. Inaugurée en 1967, pour l'Exposition universelle de Montréal, cette structure de plus de 12 km doit être entièrement rebâtie moyennant des investissements de près d'un milliard et demi de dollars. En plusieurs endroits, des piliers sont si décrépits que des gaines d'acier ont dû être installées pour retenir le béton qui se désagrège.