Lorsqu'il en a repris la barre, le 4 janvier dernier, le paquebot des Fêtes du 400e anniversaire de Québec prenait l'eau. Le Titanic en pleine dérive a été remis à flot de façon magistrale par le nouveau directeur général, Daniel Gélinas. Il lui aura fallu moins de sept mois pour accomplir cet exploit et gagner son pari.

Mis à jour le 16 janv. 2009
Anne Richer

Daniel Gélinas se souvient particulièrement d'un mois de janvier «fort difficile», consacré d'abord à l'analyse de la situation, aux réflexions, aux prises de décision. Fort de l'appui de ses partenaires, les trois ordres de gouvernement et le conseil d'administration, il s'est d'abord attaché à modifier radicalement la perception des Fêtes du 400e dans les médias, à rebâtir la confiance et la fierté de toute une population et, en un temps record, à vendre l'événement avec une équipe qui désormais rame dans la même direction.

Pour ce tour de force, La Presse et Radio-Canada le nomment Personnalité de la semaine.

Adr�©naline

Daniel Gélinas ne cache pas le haut niveau de stress que le défi représentait. «Ce sont mes expériences antérieures qui m'ont beaucoup servi», reconnaît-il. Ses mandats professionnels, jusqu'à maintenant, ont été d'apporter de l'eau au moulin d'organismes ou de corporations en détresse financière: le Festival d'été international de Québec, le Festival de cinéma des 3 Amériques, l'International de l'art vocal de Trois-Rivières, son Orchestre symphonique, pour ne nommer que ceux-là. «Je suis allergique à l'insuccès», dit-il pour expliquer le fait qu'il ait chaque fois les pleins pouvoirs.

«J'ai des défauts», lance-t-il tout de même en riant. Et il ajoute plus sérieusement: «J'aime les gens avec qui je travaille. Et ceux qui sont avec moi embarquent dans un success story. Les batailles se font en groupe. Le succès n'arrive pas tout seul.»

Et quand «tout semble perdu», il arrive avec son adrénaline, sa vision, son leadership et un plan qu'il qualifie de «simple». Le résultat pour les Fêtes du 400e: «Tout ce qu'on avait dit que l'on ferait, on l'a fait.» Pourtant, le temps jouait contre eux. «C'était devenu une question d'honneur!»

Un sens exceptionnel de l'organisation, une grande rigueur, mais aussi ce qu'il considère comme le plus important: les équipes. Et sur cette question, il admet faire les bons choix de collaborateurs. «Il faut voir maintenant tout le bonheur qu'ils ont réussi à faire naître.»

Ski �«bum�»

Né à Sorel le 17 octobre 1959, il a vécu à Montréal, Laval et Trois-Rivières. À travers ce parcours, il y a eu, vers 10 ans, deux années en Algérie avec un père coopérant à l'Agence canadienne de développement international (ACDI). Il y est retourné à la fin de son adolescence, sac au dos.

Son parcours scolaire a été un peu chaotique, mais il s'est vite ressaisi, car il a depuis toujours les pieds sur terre. Il ne se souvient pas d'avoir rêvé dans son enfance d'un destin particulier. «Je me suis toujours appliqué à vivre au présent.» Cependant, on aurait pu le connaître en tant que comédien, puisqu'il a joué, écrit des sketchs et monté des pièces de théâtre au secondaire. «Mes parents me trouvaient très drôle», affirme-t-il.

Comme beaucoup d'étudiants, il cherchait sa voie en faisant confiance aux expériences de la vie. «C'est à travers elles que l'on apprend qui l'on est, quelles sont nos forces.» Après un bac en sociologie et une maîtrise en science du loisir, option gestion, il plonge sans crainte dans toutes les occasions qui s'offrent à lui et chaque fois, malgré sa jeunesse, il laisse la marque d'un leader. Énergie, générosité, ambition et passion sont sans doute quelques-uns des mots qui le dépeignent le mieux. «La réussite scolaire est très importante, dit ce père de deux enfants. Mais être vulnérable dans la vie est peut-être une force. C'est sympathique, la vulnérabilité. À l'extrême, on a l'exemple des handicapés qui réussissent.»

Dans ses temps libres (pas maintenant, on s'en doute), il lit des romans d'espionnage. Mais par-dessus tout, ce qui est fondamental dans son équilibre physique et mental, c'est la course à pied. «La course fait toute la différence dans ma vie, elle me permet de faire le vide, de garder la forme maximale de mon système cardiovasculaire et d'avoir l'esprit alerte, mon énergie renouvelée.» Le sportif se permet un rêve d'avenir: faire des voyages de haute montagne. «Du ski dans la grosse poudreuse», dit-il, rêveur. Car le travail, c'est une chose, mais il y a aussi, pour lui, l'art de profiter de la vie.

Il ne peut supporter les gens qui mettent toujours les raisons de leurs insuccès sur le dos des autres. «On doit prendre ses responsabilités. S'il y a un problème, on l'assume.» En contrepartie, il admire ceux qui ont la volonté de réussir ce qu'ils entreprennent.

Daniel Gélinas se défend bien d'être sentencieux, mais celui qui a pris en main le destin des Fêtes du 400e n'a pu s'empêcher de transformer le «advienne que pourra», qu'il juge défaitiste, pour un catégorique «advienne ce sera».