Le rêve d'un été sans algues bleu-vert vient de s'évanouir dans la baie Missisquoi: le plan d'eau a pris jeudi la couleur d'une soupe aux pois dans le secteur de Philipsburg. Même si le ministère de l'Environnement refuse de confirmer cette information en vertu d'une nouvelle - et controversée - politique adoptée au printemps, tout porte à croire que les problèmes y ont repris de plus belle.

Mis à jour le 20 juill. 2008
Violaine Ballivy

La baie Missisquoi est l'un des champs de bataille les plus symboliques de la guerre contre les cyanobactéries, qui y prolifèrent depuis des années. En 2007, le plan d'eau avait toutefois laissé les experts pantois, alors que l'ennemi n'y était apparu qu'en très faibles concentrations et à la toute fin du mois d'août, plutôt qu'en juillet. Plusieurs avaient alors évoqué l'«énigme» de la baie Missisquoi, et certains avaient même qualifié la situation de «miracle».

Et les résidants des environs avaient toutes les raisons d'avoir confiance. Des efforts importants pour limiter les substances dopant la croissance des algues ont connu un certain succès: des analyses menées par le ministère de l'Environnement ont confirmé au printemps une baisse de la concentration de phosphore dans au moins un affluent de la baie. La découverte de cette semaine a donc provoqué un choc d'autant plus grand.

«Nous sommes très, très déçus», a confié hier à La Presse la présidente du comité de gestion de la baie Missisquoi, Chantal D'Auteuil. On trouvait vraiment que la situation s'améliorait et nous avions beaucoup d'espoir pour cette année.»

Nouvelle politique de Québec

Le ministère de l'Environnement aurait été informé jeudi par des citoyens de l'apparition des algues. Vendredi, les porte-parole du Ministère ont toutefois refusé de confirmer la nouvelle à La Presse. Québec n'avise plus la population de la présence d'algues bleu-vert dans un plan d'eau, à moins que la concentration des toxines libérées par les algues ait été jugée assez élevée pour compromettre la santé des baigneurs ou des consommateurs d'eau. Le site Internet du Ministère ne faisait donc pas mention de la situation dans la baie, pas plus que de celle du lac Memphremagog, où les algues sont apparues le 20 juin (voir autre texte). Ainsi, alors que le décompte officiel du nombre de plans d'eau contaminés a frôlé le cap des 200 en 2007, le Ministère n'en recensait que deux hier: le lac Saint-Louis, près de La Tuque, et le lac Bleu, à l'Ange Gardien.

Cette nouvelle politique ministérielle a pour but de ne pas affoler la population lorsque la présence d'algues bleu-vert ne présente aucun risque pour la santé. Mais à l'instar de la plupart des groupes écologistes, dont Nature Québec et Greenpeace, Chantal D'Auteuil déplore ce changement. Son organisation doit assurer le suivi de l'état de tous les cours d'eau du territoire de la baie Missisquoi. «C'est devenu très difficile de savoir ce qui se passe, puisque nous ne sommes plus systématiquement informés de l'apparition des algues.»