Les Québécois éliront un nouveau gouvernement le 1er octobre prochain. D'ici là, La Presse a voulu sonder l'état d'esprit des électeurs. Nos journalistes et nos photographes ont été à leur rencontre dans 100 villes différentes dans toutes les régions du Québec. Découvrez ce que les électeurs ont à dire.

Mis à jour le 23 juill. 2018
Jean Siag LA PRESSE

Carl Bouchard, 47 ans, Villeray, professeur d'histoire à l'Université de Montréal.

QU'EST-CE QUI VOUS PRÉOCCUPE EN CE MOMENT ?

Je trouve qu'il y a une grande lassitude par rapport à la politique en même temps que des divisions de plus en plus grandes dans la population. Une droite de plus en plus décomplexée et audible et une gauche qui se radicalise et qui entre dans une dynamique de combat. Entre les deux, il y a un centre mou très désenchanté face à la politique qui permet aux extrêmes de s'exprimer comme jamais auparavant.

QUELLE EST LA DERNIÈRE CHOSE QUI VOUS A MIS DE BONNE HUMEUR ?

Je marchais avec un collègue qui n'habite pas à Montréal, on s'est promenés sur le campus de l'Université de Montréal et il était épaté par la verdure de la ville et je me suis dit : c'est vrai que c'est chouette. Ça m'a mis de bonne humeur.

QUELLE EST LA DERNIÈRE CHOSE QUI VOUS A MIS EN COLÈRE ?

Je suis assez colérique à vélo. Hier, je trouvais les automobilistes assez agressifs. Il commence à faire beau et chaud, à y avoir beaucoup de travaux, et comme cycliste, il faut être très zen. La cohabitation cyclistes-automobilistes n'est pas facile. Aujourd'hui, les cyclistes veulent se faire entendre et les automobilistes se braquent. Ça crée des tensions.

QUELLE EST LA DERNIÈRE PERSONNALITÉ PUBLIQUE DONT LA MORT VOUS A ÉMU ?

Leonard Cohen. Je suis resté un bon moment très touché par sa disparition. Et avec l'expo du MAC, on a pu revivre cette période. Ça m'a ému parce qu'il m'accompagne depuis 25 ans en musique. C'est un poète d'une rare profondeur.

SI VOUS POUVIEZ ET VOULIEZ VIVRE DANS UNE AUTRE VILLE DU QUÉBEC, LAQUELLE SERAIT-CE, ET POURQUOI ?

Pour le dépaysement, je pourrais aller à Rimouski. Pour le contact avec la nature et le fleuve, qui est assez épatant. Il y a aussi une fierté et une culture dans cette ville qui vont au-delà de sa taille. Je pourrais aussi aller dans une ville comme Chelsea, en banlieue de Gatineau.

SI VOUS POUVIEZ CHANGER UNE SEULE CHOSE DANS VOTRE CIRCONSCRIPTION, QU'EST-CE QUE CE SERAIT ?

Ce qui a disparu graduellement dans Villeray, ce sont les communautés portugaise et haïtienne, par exemple, et ça, je trouve ça dommage. Je trouve que c'est un quartier de plus en plus homogène. Il y a un embourgeoisement dont je suis en partie responsable, mais qui est une perte. Même le marché Jean-Talon n'a plus la même authenticité qu'il y a 15 ans.

SI VOUS POUVIEZ CHANGER UNE SEULE CHOSE AU QUÉBEC, QU'EST-CE QUE CE SERAIT ?

J'aimerais beaucoup que l'anglais ne soit pas une menace. On a le grand malheur au Québec de considérer comme une menace la langue que tout le monde veut parler dans le monde. Comme minorité linguistique en Amérique du Nord, chaque fois que quelqu'un parle anglais plutôt que français, pour nous, c'est un petit abandon. Je comprends bien la situation, mais parfois c'est lourd.

QUEL EST LE DERNIER CONTENU QUE VOUS AVEZ PARTAGÉ SUR FACEBOOK ?

J'ai partagé une vidéo du journal Libération sur Mai 68. C'est un récit monté comme si les acteurs de Mai 68 avaient Instagram, Twitter et Facebook. Et c'est Daniel Cohn-Bendit [un des leaders étudiants de l'époque] qui fait la narration, je trouvais que c'était très fort.

OÙ VOUS VOYEZ-VOUS DANS CINQ ANS ?

Je ne vois pas de différence dans ma vie dans cinq ans. Je serai encore dans Villeray avec ma famille. Et pour moi, c'est loin d'être un problème.

QU'EST-CE QUE C'EST, POUR VOUS, ÊTRE QUÉBÉCOIS ?

La francophonie ou la sensibilité à la francophonie fait partie de la réalité québécoise. Ce que la langue transmet comme culture aussi. Être québécois, c'est être nord-américain. C'est aussi être à cheval entre l'Europe et l'Amérique. Je trouve qu'il y a une belle richesse de pouvoir fonctionner en combinant ces traditions.

FAITES UN VOEU...

J'aimerais avoir la liberté de voyager de façon permanente. D'être constamment en train de découvrir des nouveaux espaces et des nouvelles cultures. Mais ça demande une indépendance financière et une liberté de temps que je n'ai pas.

QUE FERIEZ-VOUS SI VOUS GAGNIEZ UNE SOMME IMPORTANTE ?

Je voyagerais davantage ! Je cesserais de travailler, mais j'aimerais continuer à enseigner, pour le plaisir. J'aiderais ma famille, ma mère et mes neuf frères et soeurs. Je donnerais aussi de l'argent à des organismes pour la protection de l'environnement.

DANS VOTRE VIE, CES CINQ OBJETS SONT-ILS POSITIFS OU NÉGATIFS ?

Téléphone

Positif.

Ordinateur

Positif.

Carte de crédit

Positif pour moi, peut-être pas socialement.

Télévision

Positif.

Bouteille de bière ou de vin

Positif.

VOUS DEVENEZ PREMIER MINISTRE DEMAIN. QUELLE EST LA PREMIÈRE PHRASE DE VOTRE PREMIER DISCOURS ?

Si j'avais de l'humour, je reprendrais le : « Je vous ai compris » que Charles de Gaulle a dit lorsqu'il est arrivé à Alger. Personne n'a compris, mais tout le monde a cru qu'il s'adressait à eux. Plus sérieusement, je dirais : « Je suis conscient de l'ampleur de la responsabilité que j'ai et j'espère que mon mandat sera à la hauteur. »

Si un chef de parti croisait votre chemin pendant la campagne électorale, de quelle préoccupation aimeriez-vous lui parler? Préserver votre emploi, acquérir une propriété, refaire une route dangereuse? Dites-nous ce qui vous préoccupe, et pourquoi, en 250 mots, en écrivant à centvilles@lapresse.ca en prenant soin de préciser votre nom, votre âge, ce que vous faites et la municipalité dans laquelle vous vivez. Nous publierons un certain nombre de messages pendant la campagne électorale, en septembre.