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Rencontre en altitude: Mimi la «guerrière»

Mimi Kim, 32 ans, pharmacienne... (Photo Sophie Fouron, collaboration spéciale)

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Mimi Kim, 32 ans, pharmacienne

Photo Sophie Fouron, collaboration spéciale

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Sophie Fouron

Collaboratrice spéciale

La Presse

Malgré des heures passées à leurs côtés lors d'un vol, nos voisins de siège demeurent souvent anonymes. Notre collaboratrice a voulu briser cette bulle invisible, faisant des découvertes aussi étonnantes qu'enrichissantes.

La petite voix d'enfant me réveille. «P-I-Z-Z-A, P-I-G, P-A-N-T-S.» La gamine faisait ses exercices d'anglais à haute voix et était visiblement rendue à la lettre P.

Je lui demande son nom.

«My name is Cindy», me répond-elle très lentement.

Mimi, sa mère, m'explique que son professeur d'anglais lui a donné ce nom. Elle s'appelle en fait Chaeyoon. Sa petite soeur, assise de l'autre côté de l'allée, a hérité du nom de Sally.

«C'est très important pour nous que les filles apprennent l'anglais, explique Mimi. Elles ont commencé les cours il y a déjà quelques mois.»

Je me souviens avoir fait un reportage à Séoul sur les fameux hagwons, ces académies privées hyper fréquentées, où les parents envoient leurs enfants parfaire leur éducation. C'est carrément l'école après l'école.

«C'est surtout les mères qui mettent cette pression sur les enfants pour qu'ils entrent dans les meilleures universités. Petite, je suis allée dans des hagwons et mes filles de 6 et 4 ans y vont. Elles suivent des cours d'anglais, de ballet, d'art et de taekwondo.

Je trouve triste cette course à la performance qui hypothèque l'enfance et l'adolescence des jeunes. On ne fait qu'étudier! Une fois le diplôme obtenu, les employeurs exigent à leur tour une assiduité et une performance accrues au travail.»

Je suis curieuse de savoir comment Mimi arrive à concilier travail et famille.

Elle sourit, un peu découragée.

«Le congé de maternité est de trois mois, mais plusieurs compagnies ne l'honorent pas. On ne se fait pas remplacer quand on part en congé, notre travail est plutôt redistribué aux autres collègues. La pression est donc forte pour revenir rapidement. Comme un grand nombre de femmes, j'ai quitté mon emploi plutôt que de laisser mes filles après trois mois et je travaille maintenant à temps partiel. S'absenter pour s'occuper d'un enfant malade est mal vu et ces journées sont retranchées de nos jours de vacances. C'est la hantise des parents, ici.»

Son mari, assis de l'autre côté de l'allée, écoute notre conversation d'une oreille.

«Les pères doivent quand même aider un peu, non?

- Je suis chanceuse, mon mari cuisine et on partage les tâches à la maison, mais c'est rare, répond Mimi. Plusieurs hommes croient encore que la mère doit s'occuper des enfants et vont souvent boire après le travail avec les collègues et le patron. Ça ne se refuse pas et cette habitude est très solidement ancrée. Comment ça se passe chez vous?»

Je lui fais part de nos généreux congés parentaux et du fait que mon mari s'occupe souvent seul de nos enfants pendant mes nombreuses absences.

Elle me quitte, pensive, en me disant «fighting!», un mot apparemment très utilisé en Corée pour encourager et motiver.

Toutes des guerrières.

___________________________________________________________________________

> Mimi Kim

> 32 ans, pharmacienne

> Habite Séoul 

> Rencontrée lors d'un vol Séoul-Jeju (Corée du Sud)

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