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Courir les catastrophes

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Peu de temps après la tragédie de Lac-Mégantic, des gens de l'extérieur débarquaient sur place pour rendre hommage à la communauté et également pour tenter de comprendre ce qui s'était passé.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

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Depuis qu'un accident ferroviaire a frappé Lac-Mégantic en 2013, nombre de visiteurs se sont rendus là-bas pour constater l'étendue des dégâts. Après avoir été la scène d'un attentat terroriste, d'une inondation ou d'un tremblement de terre, certains lieux deviennent tristement célèbres et se transforment en «attraits touristiques». Le «dark tourism», ou «tourisme sombre», est-il une tendance qui est là pour rester?

Voir pour comprendre

Dans un article publié dans Téoros, une revue de recherche en tourisme, Taïka Baillargeon, chercheuse au département de géographie de l'UQAM, définit le tourisme sombre comme étant «la visite de sites et d'attractions associés à la mort et à la souffrance». Bien que le nom évoque un concept plutôt négatif, le tourisme sombre n'est pas nécessairement mauvais, souligne Alain A. Grenier, professeur en tourisme à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. «On vit les événements à distance, dit-il. On a besoin de faire le triage pour comprendre ce qui s'est passé.» Son collègue du département d'études urbaines et touristiques, Bruno Sarrasin, va même jusqu'à affirmer que le tourisme sombre permet à «certaines destinations de rebondir», de se remettre d'une tragédie.

Phénomène nouveau?

Le tourisme sombre n'est pas une invention récente, affirment tous les experts interrogés par La Presse. La visite des camps de concentration ou de lieux dévastés ne date pas d'hier. «Ce qui est nouveau, c'est de se rendre sur des lieux où la tragédie n'est pas encore finie», explique M. Sarrasin. Près d'un mois après les attentats de Paris, plusieurs curieux venaient faire des égoportraits devant les mémoriaux du Bataclan, au grand dam des gens du voisinage qui dénonçaient ce qu'ils considéraient comme du voyeurisme mal placé, a rapporté Rue 89, dans un article publié en décembre 2015. Dans ces circonstances, le respect des sensibilités de chacun est parfois loin d'être évident.

Lac-Mégantic

L'été dernier, quelque 10 000 visiteurs ont mis les pieds à Lac-Mégantic, près de trois ans après que la communauté a été touchée par un accident ferroviaire ayant fait 47 morts. Peu de temps après la tragédie, des gens de l'extérieur débarquaient sur place pour rendre hommage à la communauté et également pour tenter de comprendre ce qui s'était passé. Devant cet intérêt, Lac-Mégantic a mis sur pied plusieurs initiatives telles que l'aménagement d'un trottoir de bois près de la voie ferrée ainsi que la construction de la Maison du temps, genre de kiosque touristique où, photos à l'appui, on explique aux visiteurs la chronologie des événements. «Les gens ont besoin d'entendre une histoire», croit Karine Dubé, responsable des communications à la Ville de Lac-Mégantic.

Après les attentats de Paris, plusieurs curieux venaient... (Photo Joel Bonaventure, Archives Agence France-Presse) - image 2.0

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Après les attentats de Paris, plusieurs curieux venaient faire des égoportraits devant les mémoriaux du Bataclan, au grand dam des gens du voisinage qui dénonçaient ce qu'ils considéraient comme du voyeurisme mal placé.

Photo Joel Bonaventure, Archives Agence France-Presse

La Petite Maison blanche

La Petite Maison blanche à Saguenay est devenue le symbole de la résistance à la suite des inondations de 1996. Il s'agit en effet du seul bâtiment à ne pas avoir été englouti par l'eau dans ce secteur de la ville. Pour se rappeler ces événements, on a décidé d'ouvrir l'endroit aux visiteurs en convertissant cette maison centenaire en musée où il est possible d'admirer maquettes et photos. Pour ajouter à l'expérience, un petit parc a été aménagé à l'extérieur.

Photos catastrophes

C'est à travers son livre Tourisme de la désolation, publié en 2014, que le photographe français Ambroise Tézenas, s'est à son tour penché sur le sujet. Témoin du tsunami au Sri Lanka en 2004, où il était en vacances, il découvre quatre ans plus tard que l'endroit s'est transformé en lieu de pèlerinage. Ambroise Tézenas s'interroge alors sur cette fascination de l'humain pour des endroits marqués par la catastrophe. Découvrant du même coup que des agences de voyages se spécialisent dans le domaine, il décide de s'inscrire dans ces circuits et de visiter ces sites comme un touriste. Circuit commémoratif au Rwanda, Musée national d'Auschwitz-Birkenau en Pologne, il a mis les pieds dans plusieurs lieux ayant connu l'horreur.

Comment se comporter?

Faire un égoportrait alors que l'on visite un camp de concentration représente un manque de respect envers les souffrances perpétrées en ces lieux, affirment les experts consultés. Bien qu'il n'existe pas de règles claires concernant l'étiquette, les voyageurs doivent faire preuve de savoir-vivre. Enlever son chapeau en entrant dans certains endroits, porter des vêtements adéquats, baisser la voix ne sont que quelques exemples des comportements à adopter.

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