Sur les pentes d'antan du Québec

Le Mont Sutton... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Le Mont Sutton

Photo Bernard Brault, La Presse

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(Sutton, Mansonville et La Malbaie) Dans le monde du ski, une innovation n'attend pas l'autre. Que ce soit pour glisser, avec des planches profilées, ou pour monter les pentes, avec des télécabines très rapides. Les stations sont aussi de plus en plus grandes, et proposent condos, entre autres attraits pour séduire les skieurs. Quel avenir pour les petits centres de ski? Et si leur côté rétro devenait un atout? Portrait de trois monts qui ont gardé leur charme d'antan.

Mont Sutton: Attrait rustique

Regardez des photos anciennes du mont Sutton et vous constaterez que bien peu de choses ont changé. À part la forme des skis et les accoutrements rétro des skieurs, tout est là: les chalets en bois, le foyer au sommet, les remontées mécaniques doubles et les vieilles dameuses Tucker Sno-Cat.

Les nombreux fidèles de la station le savent. Les autres le ressentent dès leur descente de voiture. À Sutton, on est ailleurs. Par le cachet rustique de ses installations et ses sous-bois sinueux qui se déploient de part et d'autre de la montagne, le centre de ski a conservé un air d'antan. Se perdre dans ce labyrinthe de sous-bois légendaire, skier dans la poudreuse et ne faire qu'un avec le relief naturel de la montagne, c'est un peu l'idée qu'on se fait du ski d'avant.

«La station a été conçue pour offrir du plaisir pour les yeux, en étant près de la nature, et du défi pour les jambes», souligne la responsable des communications du Mont Sutton, Mireille Simard. À 45% naturelle, la neige est travaillée minimalement à la machine. Ce qui fait le bonheur des skieurs expérimentés, mais donne du fil à retordre à ceux qui sont plutôt habitués à glisser sur une surface damée.

Le mont Sutton a résisté à la vague de déboisement qui a déferlé sur l'industrie du ski au Québec. Pendant que de grands boulevards se dessinaient sur la face de plusieurs montagnes de la province, à Sutton, on plantait des arbres pour assurer la pérennité des sous-bois.

La station, qui avait quatre pistes au départ, en compte maintenant 60. L'arbalète n'y est plus, le premier télésiège double non plus. Mais des remontées mécaniques doubles, installées entre 1962 et 1986, amènent toujours les skieurs au sommet des pistes. Et des corridors clôturés, façon Stampede, guident les skieurs vers les remontées.

Espèce en voie d'extinction, les chaises doubles sont reines. Le Mont Sutton en compte six et n'a aucunement l'intention de s'en départir. Remplacer une remontée double par une quadruple voudrait dire élargir des pistes. «On a de la pression, reconnaît le directeur des opérations du Mont Sutton, Luc Boulanger, dont le père Réal a fondé la station en 1960. C'est sûr que des clients aimeraient avoir du neuf. Mais, ce qui est important, c'est que ça fonctionne et que ça fonctionne bien. Si on met de plus grosses chaises, on va complètement changer le portrait.»

Même si leurs pièces sont remplacées tous les 10 ans et que certaines sont plus récentes que les remontées quadruples, les chaises doubles, soutenues par des pylônes en treillis métalliques, évoquent une autre époque. «Le double, c'est intime, remarque Luc Boulanger. Quand tu as une conversation, tu l'as avec une personne jusqu'en haut.»

Les quatre chalets de la montagne, tout en bois, ont aussi résisté à la modernisation. À l'intérieur de trois d'entre eux trône un foyer pour réchauffer les skieurs gelés. Et depuis 2006, la journée se termine au Tucker, le bar de la station nommé d'après les vieux Tucker Sno-Cat, ces chenillettes des années 60 nécessaires à l'entretien des sous-bois salués par des skieurs de partout au Canada.

Mont Sutton 671, ch. Maple, Sutton, 1-866-538-2545 www.montsutton.com

Espèce en voie d'extinction, les chaises doubles sont... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 2.0

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Espèce en voie d'extinction, les chaises doubles sont reines. Le Mont Sutton en compte six et n'a aucunement l'intention de s'en départir.

Photo Bernard Brault, La Presse

Owl's Head: De toutes les couleurs

Il n'y a pas si longtemps, on distinguait les remontées mécaniques par leur couleur. Puis, les chiffres ont pris le dessus. Mais pas à Owl's Head, une station établie dans un décor sublime qui présente le quatrième dénivelé de la province (540 m).

Il y a la Noire, la Verte, la Bleue et la Petite rouge. Il y avait aussi la remontée Orange, mais elle a été remplacée en 2000 par un télésiège quadruple acheté à la station Breckenridge du Colorado. Datant de 1981, il s'agit du plus ancien télésiège débrayable Doppelmayr en Amérique du Nord. Avis aux jambes fatiguées, ces chaises ne sont pas munies de barre pour reposer les pieds.

Avec la vue imprenable qu'ont les skieurs sur le majestueux lac Memphrémagog, les remontées de couleur font partie du charme de cette station de Mansonville, dans les Cantons-de-l'Est. Ce look rétro est renforcé par les petites cabanes de bois érigées près des descentes des remontées ainsi que par le chalet principal et l'auberge recouverte de bois de cèdre. À part la cafétéria qui été rénovée, tous les bâtiments ont conservé un aspect rustique.

Neuf remontées desservent les cinquante pistes de la station, ce qui fait en sorte qu'on attend rarement au pied des pentes. La plus ancienne, la Rouge rebaptisée Panorama, date de l'ouverture de la station en 1966. Les autres ont été installées au fil des ans, jusque dans les années 80. Plusieurs de ces remontées vivent à Owl's Head leur seconde vie. La Verte a été rachetée à une station américaine lorsque des pressions environnementales ont eu raison de son implantation dans les Rocheuses.

«La chaise Verte est une chaise que les gens aiment prendre le printemps, quand le soleil brille et que c'est beau et chaud. Ils s'assoient et relaxent. Et ils peuvent dormir, parce que ça ne va pas très vite!», blague Fred Korman, fondateur de la station qui, à 83 ans, est toujours à la barre de l'entreprise.

À l'instar de la Panorama, la chaise Verte n'est mise en fonction que lors des journées de grande affluence. «C'est aussi une gâterie parce que les gens aiment monter dans ces chaises, ça rappelle des souvenirs», note le directeur des ventes et du marketing de Owl's Head, Luc St-Jacques.

En arrivant au chalet principal, les skieurs peuvent toujours apercevoir, tel un objet de musée, les vestiges de la Petite Rouge, avec sa tour de métal recouverte par un abri de bois. Au bout de la remontée, à mi-montagne, on peut admirer la vieille descente de bois jadis utilisée par les skieurs. Pas question pour le moment de la démonter, assure Fred Korman. Toujours fonctionnelle, elle pourrait même un jour être remise en marche.

«Dans l'industrie du ski en Amérique du Nord, il y a beaucoup de chaises de cet âge qui sont encore en fonction, indique Fred Korman. C'est comme une voiture. Ça dépend de l'entretien.» Et de ses «voitures», M. Korman en prend grand soin.

Owl's Head 40, ch. du Mont Owl's Head, Mansonville, 1-800-363-3342 www.owlshead.com

Mont-Grand-Fonds: Un T-Bar comme dans le temps

Un chalet tout en bois, des divans rétro, un téléski (T-Bar) et beaucoup de neige naturelle. Voilà de quoi projeter les skieurs dans le passé. Même si la station subira prochainement une cure de rajeunissement, réduire à néant son cachet d'antan n'est pas dans les plans.

Établi sur la montagne Noire, près du village de La Malbaie, dans Charlevoix, Mont-Grand-Fonds est, au dire du blogueur et chroniqueur de ski Guy Thibaudeau «peut-être le secret le mieux gardé au Québec». Avec un enneigement exceptionnel, une orientation plein sud et une affluence plutôt faible compte tenu du domaine skiable, Mont-Grand-Fonds attire son lot de fidèles qui retrouvent, année après année, la montagne qu'ils aiment tant dévaler. On y trouve 14 pistes longues, variées et sans faux plat. Certaines sont parsemées de bouleaux pour créer un effet de sous-bois très aéré. La glace est rare, le dénivelé est intéressant (335 m) et les pistes losange et double losange présentent un bon défi pour les jambes.

L'ambiance qui règne à la station n'a rien de commercial. Le centre, qui a connu son lot de difficultés financières, appartient aujourd'hui à la MRC de Charlevoix-Est et à la municipalité de La Malbaie.

«À part la remontée et l'enneigement artificiel, rien n'a changé ici», constate Louise Marcotte qui fréquente la station avec son mari depuis son ouverture en 1972. Même certains des premiers employés du centre de ski y sont toujours. L'employé, qui s'occupe du damage des pistes, est en poste depuis 40 ans. Au volant de la même dameuse dont il refuse de se départir.

Le téléski d'origine est resté et demeure encore aujourd'hui en fonction les fins de semaine. Il est accompagné d'une remontée quadruple qui a remplacé le télésiège double en 1986. Alors que la vue seule d'un T-Bar réveille des cauchemars chez de nombreux skieurs, plusieurs autres débordent d'enthousiasme à l'idée de s'y accrocher pour grimper la montagne.

«Ça va plus vite, explique le directeur général du Mont-Grand-Fonds, Alain Goulet. Je ne sais pas quel challenge ils y trouvent, mais les gens chialent quand on ne l'ouvre pas.»

Les skieurs du Mont-Grand-Fonds sont attachés aux traditions. Lorsqu'il est arrivé en poste l'an dernier, Alain Goulet a voulu remplacer les vieux sofas orange qui entourent le foyer situé à l'intérieur du bar. Les clients ont poussé les hauts cris. «Ils ne veulent pas un palais, ils veulent un chalet», conclut Alain Goulet. Les sofas sont donc restés.

Le chalet principal, qui n'a subi aucune rénovation majeure depuis sa construction, sera bientôt remis au goût du jour. La toiture, la fenestration, les toilettes, la cuisine seront rénovées. Mais, promesse du directeur général, l'aspect rustique du bâtiment sera conservé.

Mont-Grand-Fonds 1000, ch. des Loisirs, La Malbaie, 1-877-665-0095 www.montgrandfonds.com

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