Vol direct vers la sauvagerie

En plus d'offrir l'hébergement en chalet dans sa... (Photo: Simon Diotte, collaboration spéciale)

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En plus d'offrir l'hébergement en chalet dans sa pourvoirie du lac du Mâle, Norman Ouellette s'occupe du transport de ses clients à bord de sa flotte composée de huit hydravions.

Photo: Simon Diotte, collaboration spéciale

Simon Diotte
La Presse

Avec la prolifération des chemins forestiers au Québec, les endroits reculés, où règne encore le monde sauvage, sont devenus une perle rare. Seules quelques pourvoiries du nord de la province demeurent uniquement accessibles par hydravion. Visite de l'un de ces paradis fauniques.

Lac du Mâle  Au bord du lac Tibériade, à Sainte-Véronique, il y a de l'excitation dans l'air. Dans quelques minutes, on s'envolera à bord d'un mythique appareil Beaver à destination du Haut-Saint-Maurice. Une heure de vol plus tard, c'est le milieu de nulle part. Loin de la civilisation et des soucis quotidiens, dans un territoire uniquement fréquenté par les pêcheurs et les Atikamekws. Bienvenue en milieu sauvage!

Notre destination le lac du Mâle, une des six pourvoiries de Norman Ouellette, président fondateur d'Air Mont-Laurier. En plus d'offrir l'hébergement en chalet, M. Ouellette s'occupe du transport de ses clients à bord de sa flotte composée de huit hydravions.

Dès notre arrivée à l'hydrobase (à deux heures de route de Montréal, dans les Laurentides), il prend tout en charge, de l'inscription à l'inévitable pesée des bagages. Dans un hydravion, pas de place pour le superflu. La limite de poids de 100 livres par personne est facilement atteinte. Avec une caisse de bouteilles de bière, il ne reste que 70 livres pour les choses moins essentielles. Au secours! Selon Norman Ouellette, lui-même pilote d'avion de brousse, 90% des clients dépassent la limite.

«J'ai déjà vu des gens enlever leur brosse à dents pour alléger leurs bagages!», soutient le pilote en rigolant. Les passagers ne savaient pas encore qu'il est possible de payer un supplément pour transporter l'excédent!

La Boréalie, vue du ciel

À voir le tableau de bord de notre Beaver, qui sera piloté par Lenny Ouellette, un des quatre fils de Norman, on se doute bien qu'on embarque dans un appareil qui a du vécu. Quel est son âge? «Si je vous le dis, vous refuserez d'embarquer!», dit M. Ouellette père. Obstiné, j'ai réussi à le savoir 1963. Incroyable que cet hydravion puisse encore voler. À vrai dire, si le squelette est âgé, le moteur, lui, est remplacé toutes les 1200 heures de vol. Me voilà rassuré.

Quelques minutes après le décollage, d'immenses étendues sauvages défilent sous nos yeux. Des contrées vierges, à l'exception de coupes forestières. Après une heure de vol, on aperçoit une des ramifications du réservoir Gouin, une mer intérieure de 1400 km2 créée pour alimenter les barrages de la rivière Saint-Maurice. Avec la montée des eaux, en 1919, des centaines de lacs, dont le lac du Mâle, ont fusionné, mais le secteur porte toujours ce nom.

Frôlant la canopée, notre Beaver amerrit à un jet de pierre de la pourvoirie. Les installations du lac du Mâle comprennent un petit hameau de cinq chalets, une cabane pour éviscérer le poisson et quelques dépendances. Tout le matériel pour ériger ces bâtiments a été transporté par hydravion. Aujourd'hui, même les rebuts retournent là d'où ils viennent par la voie des airs. «Fini l'époque où l'on coulait les vieux frigos dans l'eau», dit Lenny Ouellette.

Dans le petit hameau, la salle d'éviscération devient le lieu de rendez-vous des pêcheurs, qui racontent leurs pérégrinations de la journée. L'ambiance vire très souvent à la fête. Pour les clients en quête de solitude, deux camps, accessibles en chaloupe, se trouvent sur la rive ouest du hameau. Tous les chalets possèdent frigo, cuisinière et eau chaude. Bref, malgré l'isolement, ce n'est pas la misère noire.

À l'exception de la pourvoirie et de quelques cabanes (inoccupées) de la nation atikamekw, les rives du lac du Mâle sont totalement vierges. «C'est la zone la plus isolée du réservoir Gouin. Seuls les clients de la pourvoirie y ont accès», précise Lenny. Avec ses innombrables îles, îlots, rochers, zones marécageuses et sa forêt d'épinettes homogènes qui la surplombent, c'est aussi un véritable labyrinthe. Les cartes sont essentielles pour ne pas perdre le nord.

Côté poisson, c'est l'abondance. Il y a assez de dorés pour remplir une chaloupe en l'espace de quelques jours. Il suffit de trouver un bon endroit et le quota (huit dorés) est vite atteint. Les brochets pullulent également. Si vous n'aimez pas la chair de ce carnassier, le guide Daniel Larouche vous fera sans doute changer d'idée avec sa recette de brochet dans le vinaigre. À l'ancienne, mais terriblement bon!

Après trois jours de dorés frits, brochets dans le vinaigre et bières, il était déjà temps de retourner dans le monde civilisé. Avec l'hydravion qui abolit les distances, une escapade dans le bois qui aurait pris une semaine en 4X4 se fait en quelques jours seulement. Pour les gens pressés avides de dépaysement, voilà une option des plus séduisantes.

L'hydravion pour les riches?

Vous croyez que seules les grandes fortunes peuvent s'offrir des voyages en hydravion? Détrompez-vous. Monter à bord d'un avion de brousse est plus abordable que vous le pensez.

Qu'en est-il justement? Les forfaits pour la pourvoirie du lac du Mâle, sur le réservoir Gouin, commencent à partir de 685$ par personne, pour 3 ou 4 jours (groupe de 4 personnes et plus). Sont inclus le transport aérien aller-retour de Sainte-Véronique (à deux heures de route de Montréal) jusqu'à la pourvoirie, 100 livres de bagages par personne, l'hébergement dans un chalet équipé, ainsi que les droits de pêche, la chaloupe, le moteur et l'essence.

En plus d'avoir le plaisir de survoler la forêt en hydravion, les passagers accèdent rapidement à des territoires reculés, là où la tranquillité est assurée. Qui plus est, ils ne risquent pas d'abîmer leur véhicule sur des chemins forestiers cahoteux. Qui embarque?




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