Une montagne d'histoire

  • Pierre Bertrand était adolescent lorsque, en 1946, l'épave de l'avion a été retrouvée. Il a participé aux cérémonies et aux recherches. (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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    Pierre Bertrand était adolescent lorsque, en 1946, l'épave de l'avion a été retrouvée. Il a participé aux cérémonies et aux recherches.

    Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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  • Même si au fil des ans, des pilleurs ont dérobé plusieurs morceaux de l'épave, ce qu'il en reste a de quoi impressionner. (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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    Même si au fil des ans, des pilleurs ont dérobé plusieurs morceaux de l'épave, ce qu'il en reste a de quoi impressionner.

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  • Une croix blanche pour chacune des victimes a été installée sur les lieux de l'écrasement. (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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    Une croix blanche pour chacune des victimes a été installée sur les lieux de l'écrasement.

    Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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  • Le lac Lézard. (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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    Le lac Lézard.

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  • Vue sur le lac Archambault. (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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    Vue sur le lac Archambault.

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Il y a plus de 70 ans, s'écrasait sur les flancs de la montagne Noire, dans Lanaudière, un bombardier transportant 24 jeunes militaires canadiens, l'une des pires tragédies du genre au Canada. L'épave est restée mystérieusement cachée dans la forêt pendant trois ans avant qu'on ne la découvre enfin. Elle attire maintenant les randonneurs - et amateurs d'histoire au pied alerte - au gré de sentiers nouvellement réaménagés.

Les habitants de Saint-Donat n'oublieront jamais le mois de juin 1946, quand ils ont découvert que la montagne Noire, qu'ils croyaient si bien connaître, leur cachait un sombre secret: l'épave d'un bombardier de l'armée canadienne et les cadavres de ses 24 jeunes passagers mystérieusement portés disparus trois ans plus tôt dans une tempête de neige...

Tout commence le 20 juin 1946 quand un avis de recherche est lancé par les autorités pour retrouver un petit avion porté disparu entre Roberval et Rockcliffe. Un pilote est certain de l'avoir retrouvé quand il survole la montagne Noire et aperçoit, du haut des airs, les restes d'une carlingue. L'appel à la tour de contrôle le mystifie: l'avion recherché vient d'atterrir, indemne. Qu'a-t-il donc bien pu découvrir dans Lanaudière?

Les registres aériens pointent tous dans la même direction, celle du Liberator, un bombardier de l'armée canadienne qui, en 1943, s'est évanoui dans la nature alors qu'il ramenait de Gander à Ottawa une vingtaine de jeunes militaires. Le temps était brumeux. On a pensé pendant trois ans qu'il s'était abîmé dans le fleuve Saint-Laurent alors qu'il était à des kilomètres de là, dans Lanaudière, à l'insu de tous.

Un écrasement passé inaperçu

«Après coup, mon père m'a toujours dit qu'il l'avait entendu s'écraser, ou du moins qu'il avait entendu quelque chose, raconte André Gaudet, passionné par cette histoire. Mais le lendemain, quand il est allé faire le tour du lac Archambault, il n'a rien vu alors il a conclu que la météo lui avait joué un tour.»

Pierre Bertrand, 84 ans, se souvient parfaitement de la frénésie qui a suivi la découverte du Liberator. «C'est avec des haches qu'on a ouvert le premier sentier, guidés par un avion qui piquait du nez au-dessus de l'épave pour nous indiquer où aller.»

Pendant une semaine, le village est sens dessus dessous, envahi par les secouristes puis les familles endeuillées. Trois cérémonies sont célébrées - une protestante, une catholique et une juive - dans la montagne, où les ossements des militaires ont d'abord été enterrés sous autant de petites croix de bois peintes en blanc.

«Les gens pleuraient, il faisait chaud. Certains ont fait des malaises, parce que la marche était trop dure pour eux», se rappelle encore M. Bertrand. L'épave de l'avion ne sera jamais redescendue, bien que des pilleurs en aient dérobé ici et là des morceaux pour les revendre à profit.

Un musée à ciel ouvert

Ce sentier ouvert dans la douleur ne sera jamais refermé; c'est encore, grosso modo, celui que les randonneurs suivent aujourd'hui. Balisé plus officiellement dans les années 80, il a toutefois fait l'objet d'importants travaux d'aménagement - parfois contestés - en 2010 pour en limiter l'érosion. Un sentier large mène maintenant à l'épave en quelque 2-3 heures de marche, sans difficulté technique: on peut emmener des enfants qui ne manqueront pas d'être impressionnés en découvrant les pièces de fuselage broyées par l'impact, le fragment d'aile décoré d'une étoile militaire, les 24 croix blanches des victimes: c'est un musée en plein air comme il en existe peu.

De là, certains jugeront qu'ils en ont assez vu et préféreront redescendre par le même chemin, alors qu'il ne faut qu'une vingtaine de minutes pour atteindre le sommet, 1 km plus loin.

La vue n'est pas la plus dégagée de toutes, mais elle mérite cet effort supplémentaire. On distingue au loin les monts Kaikoops, Garceau et le splendide lac Archambault. «Parfois même le stade olympique», nous a-t-on promis en route, mais il faut alors avoir de très, très bons yeux et scruter un ciel particulièrement dégagé...

Depuis l'automne dernier, un sentier étroit mène ensuite tout droit vers le refuge du Mésangeai. C'est l'une des plus belles portions du trajet: la végétation est dense, le sol souple, couvert d'humus. On longe le bien nommé lac Crystal avant de remonter vers une ancienne coupe à blanc à laquelle n'ont survécu que des boulots dégarnis. Le Mésangeai y a fière allure, construit il y a trois ans par les bénévoles du club plein air de Saint-Donat pour asseoir leur projet de «Grande boucle», un sentier qui permettrait de parcourir la région en six jours, à pied ou en ski de fond.

«La montagne Noire est presque aussi haute que le mont Tremblant», vante Pierre Bertrand, qui la grimpe encore sans difficulté été comme hiver - pour la redescendre alors en télémark! Moins touristique aussi. Pour le moment...

Les points d'intérêt

(1) Le lac Archambault. Un premier point de vue permet d'observer le lac Archambault, long de 12 km et d'une superficie de 14 km2.

(2) Le lac Lézard. À mi-chemin de la montée vers le sommet, un point de vue permet d'observer le petit lac Lézard et ses rives tranquilles.

(3) Site de l'écrasement du Liberator. La scène est très impressionnante. Des fiches éducatives relatent les grands pans de cette tragédie méconnue, et un mémorial y a été érigé lors d'une cérémonie officielle en 1996, pour le 50e anniversaire de la découverte de la carlingue, avec le nom de chacune des victimes. Bien que les ossements aient été transférés dans le cimetière de Saint-Donat, en 1985, on y a laissé 24 croix blanches, une pour chacune des victimes.

(4) Sommet de la montagne Noire, 892 m. La vue n'y est pas parfaitement dégagée, mais on peut néanmoins reconnaître plusieurs sommets des Laurentides et de Lanaudière.

(5) Refuge le Mésangeai, 850 m. Construit tout en bois, jusqu'aux cadres de fenêtres et à la porte d'entrée, en acajou, récupéré ici et là grâce à la débrouillardise des bénévoles du Centre plein air de Saint-Donat. Il a tout ce qu'il faut pour accueillir les randonneurs, été comme hiver. La location inclut la livraison de bois de chauffage.

Fiche descriptive

Région: Lanaudière

Niveau de difficulté: intermédiaire

Distance: 12,8 km pour la boucle proposée ou 9,4 km en faisant l'aller-retour jusqu'à la carcasse de l'avion

Dénivelé: 485 mètres

Durée: de 5 à 6 heures de marche

Lieu de départ: depuis Saint-Donat, suivre la 329 Sud sur 8 km et tourner à droite sur le chemin Regimbald. Le stationnement public est à 1,5 km. L'arrivée se fait au même endroit.

Chiens admis: oui

Droit d'entrée: gratuit

Stationnement: gratuit

Services: toilettes sèches au début du sentier. Aucun point d'eau. Les indications sont claires. Des cartes sont fournies gratuitement au bureau d'information touristique de Saint-Donat (536, rue Principale).

Infos: clubpleinairsaint-donat.org

Réservation des refuges: 819 424-2833

Nos bonnes adresses

Pour faire le plein d'énergie avant la randonnée: Café Ohana

Le café Ohana n'a pas encore un an, mais on croirait sans peine qu'il est installé depuis toujours dans le coeur du village, adopté par tant d'habitués qui viennent s'y raconter chaque semaine, sinon chaque jour, petits bonheurs et grandes déceptions. Les deux Geneviève - Mercier et Cloutier - ont trouvé une recette gagnante: ambiance chaleureuse, déjeuners excellents, salades et sandwichs santé originaux. L'approvisionnement local est une priorité, disent-elles: le café est torréfié par Couleur Café, à Sainte-Agathe-des-Monts.

361, rue Principale, Saint-Donat

cafeohana.ca

Pour rapporter à la maison: La boulangerie de Saint-Donat

Véritable institution dans Lanaudière, la boulangerie de Saint-Donat n'est plus tout à fait ce qu'elle était: la boutique du centre-ville a été rachetée récemment par un boulanger d'origine alsacienne, Luc Audéoude, qui a introduit depuis son arrivée dans l'entreprise une plus grande variété de pains, cuits sur place. Il y a donc beaucoup plus que les fameuses tartes au sucre qui ont fait la réputation de l'entreprise familiale fondée en 1924. Produits régionaux et sandwichs aussi vendus pour emporter.

413, rue Principale, Saint-Donat

boulangeriestdonat.com

Pour se reposer

Nichée dans une ancienne résidence pour personnes âgées, l'Auberge près du lac propose cinq studios entièrement équipés - cuisine complète, coin salon, Wi-Fi gratuit - et deux appartements d'une et deux chambres rénovés récemment avec goût. C'est propre, moderne, tranquille et très pratique. On regrette sincèrement qu'il n'y ait pas plus d'établissements offrant un aussi bon rapport qualité-prix au nord de Montréal. Paiement par chèque ou argent comptant seulement. À partir de 90$ la nuitée.

22, avenue du Lac, Saint-Donat

aubergepresdulac.ca




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