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Les joyaux touristiques d'Italie mis à rude épreuve

Une croisière part de Manarola.... (PHOTO AFP)

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Une croisière part de Manarola.

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Angus MacKinnon
Agence France-Presse
MANAROLA

Sur le sentier côtier spectaculaire qui relie les villages médiévaux des Cinque Terre, accrochés aux falaises de la côte ligure dans le nord-ouest de l'Italie, il faut désormais s'attendre à une circulation en accordéon.

Niché entre mer et montagne, large d'à peine 30 cm par endroits, ce sentier rocailleux est présenté comme un «must» dans tant de guides touristiques que sous le soleil brûlant de ce matin d'août, ça coince entre les villages de Monterosso et Vernazza.

Hardy Yang, un étudiant chinois de 18 ans venu avec sa famille depuis la province du Yunnan, ne s'en plaint pas pour autant: «Les mots me manquent, c'est tellement magnifique», lâche-t-il à l'AFP. «Et vous savez, en Chine, il y a partout autant de monde...»

Parc national inscrit au patrimoine de l'Unesco, les Cinque Terre comptent environ 5000 habitants mais ont attiré 2,5 millions de touristes l'année dernière.

Et il pourrait y en avoir jusqu'à 20% de plus cette année, les craintes liées aux attentats et à l'instabilité en Tunisie et en Turquie ayant détourné vers l'Italie une partie des touristes, explique Vittorio Alessandro, président du parc national.

D'autres perles italiennes comme Venise, Florence ou Capri subissent la même pression, qui pousse certains à réclamer des mesures pour limiter l'accès à certains sites saturés de touristes.

«La relation entre les visiteurs et les habitants risque de devenir conflictuelle», a récemment prévenu le maire de Venise, Luigi Brugnaro, qui réclame avec d'autres responsables locaux la possibilité de limiter l'accès à certains sites, une mesure que le gouvernement de centre-gauche envisage sérieusement.

Au parc des Cinque Terre, M. Alessandro a annoncé cette année un plan pour contrôler le nombre de visiteurs et un nouveau système de billets: l'accès aux sentiers est désormais payant (7,5 euros; 11 $) et le train coûte plus cher pour les touristes que pour les habitants, le surplus encaissé servant à entretenir les sentiers.

L'initiative a poussé certains de ses détracteurs à agiter le spectre d'un numerus clausus qui verrait des touristes bloqués par des barrières sur les routes ou empêchés de monter dans les trains emmenant les foules déguster des spaghetti aux palourdes ou des daurades grillées dans les petits ports de pêche...

Pas encore de barrière

«Nous n'avons pas de portails, nous n'avons pas de barrières, le parc est ouvert, les gares sont ouvertes», assure M. Alessandro. Mais les 43 km2 du parc sont «un territoire petit et fragile, et oui, il faut rationaliser les flux».

«Le paysage ne peut être préservé que s'il y a des gens qui y vivent, sinon cela devient seulement un décor de cinéma», ajoute le président du parc.

Les efforts se concentrent maintenant sur une expansion du trafic ferroviaire, afin de mieux répartir dans la journée le flux des départs et des arrivées.

Malgré l'augmentation du nombre de visiteurs, ce système a permis de limiter les embouteillages dans les ruelles et d'éviter une densité trop dangereuse sur les quais des petites gares.

Reste le défi des navires de croisières et de leurs impressionnantes vagues de voyageurs en excursion.

«Ils descendent à terre en grands groupes et se déplacent en paquets concentrés, sur des périodes très courtes», explique M. Alessandro. «Un tourisme durable doit bénéficier à la zone, aux hôtes et aux visiteurs, mais quand le tourisme est aussi rapide et frénétique, il ne laisse rien au territoire», a-t-il déploré.

Selon Chiara Gasparini, une guide née dans la région, la renommée des Cinque Terre a bénéficié à la plupart des habitants, d'autant que l'intérêt croissant en Asie a rallongé la saison jusqu'aux mois d'ordinaire plus calmes de janvier et février.

«Évidemment, cela dépend à qui on pose la question», reconnaît-elle. «Mais c'est grâce au tourisme que les gens peuvent rester et travailler dans leur village», souligne-t-elle.

Camilla Leconte, une touriste française, a vu la région se transformer depuis 30 ans qu'elle vient. «En mieux ou en moins bien? Je ne sais vraiment pas. J'imagine que faire payer l'accès aux sentiers est une manière de limiter les flux», dit-elle.

Cela étant, «limiter par l'argent pose aussi question. Cela veut-il dire que seuls ceux qui peuvent se le permettre ont le droit de venir?», s'inquiète-t-elle.

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