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Lesbos, l'île grecque au musée d'art moderne français

Plus de 200 oeuvres originales des grandes figures... (PHOTO TIRÉE DE VISITLESVOS.GR)

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Plus de 200 oeuvres originales des grandes figures de l'art moderne (Picasso, Matisse, Chagall, Giacometti, Miro, Fernand Léger, Le Corbusier, Rouault, Braque, Bonnard...) sont exposée au musée Tériade.

PHOTO TIRÉE DE VISITLESVOS.GR

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Sophie MAKRIS
Agence France-Presse
VARIA

L'attraction de Picasso, Matisse ou Chagall pour la Méditerranée est restée légendaire. Mais ces artistes n'auraient certainement pas imaginé qu'une partie de leurs oeuvres trouveraient demeure parmi les oliviers d'une île grecque aux confins de la mer Égée.

L'île de Lesbos est un petit point sur la carte du tourisme en Grèce, une plaque tournante sur la route des migrants vers l'Europe, un néant dans la galaxie de l'art mondial.

On peut pourtant y retrouver depuis cet été, après une éclipse de quatre ans, plus de 200 oeuvres originales des grandes figures de l'art moderne: Picasso, Matisse, Chagall, Giacometti, Miro, Fernand Léger, Le Corbusier, Rouault, Braque, Bonnard...

Le cadre: une imposante demeure de style néo-classique sur un terrain en pente douce regardant la mer, planté de vieux oliviers, dans le village de Varia, à quelques kilomètres de la capitale de l'île, Mytilène.

Les pièces exposées: pas de tableaux mais des illustrations, grands dessins, collages ouvrant une fenêtre inédite sur le travail de ces artistes.

Tériade fut l'ami intime de tous. Né Stratis Eleftheriadis à Varia, en 1898, il est le trait d'union entre cette île où son père avait une petite fabrique de savon et les salons parisiens, où, étudiant en droit, il a peaufiné son goût et ses relations avec les peintres et écrivains de l'époque.

«C'était un avant-gardiste qui avait compris l'importance de mouvements artistiques comme le cubisme, puis le surréalisme, explique Alexandra Bounia», présidente du conseil du musée-bibliothèque Tériade.

Contrairement à ce qu'on peut imaginer, «l'île de Lesbos était au début du XXe siècle, encore sous domination ottomane, un noeud commercial en lien avec toute l'Europe, où s'était constituée une bourgeoisie très cosmopolite au sein de laquelle a vécu Tériade».

Son départ pour Paris, en 1915, confirme sa vocation. Il devient un critique d'art reconnu jusqu'au milieu des années 30 où un riche éditeur américain lui donne carte blanche pour créer une revue d'art luxueuse.

Ce sera «Verve», qui traite sur le même plan textes littéraires et créations picturales, ces dernières mêlant reproductions et oeuvres originales des artistes de l'époque.

Verve

Dans la quarantaine de numéros qui verront le jour jusqu'en 1960, la plupart exposés dans le musée de Varia, «Verve» associe les textes d'André Gide, Paul Valéry, Georges Bataille aux formes de Braque, Matisse, Maillol... et à des reproductions d'enluminures du Moyen-âge.

«Ces enluminures étaient l'autre passion de Tériade, explique Mme Bounia, et c'est de la tradition des manuscrits médiévaux qu'il s'inspirera pour se lancer dans l'aventure des ''livres d'artistes''».

Ces «livres d'artistes» ou «grands livres», un peu plus grands qu'une encyclopédie, sont le joyau du musée de Varia: de la Seconde Guerre mondiale à 1975, Tériade publie 27 ouvrages, en quelques dizaines d'exemplaires, commandés à ses amis artistes qu'il invitait à peindre, graver, dessiner, autour d'une oeuvre littéraire.

Dans le Chant des morts, les arabesques rouge sang de Picasso semblent répondre à la calligraphie du poème de Pierre Reverdy.

Chagall mettra quatre ans à produire 42 lithographies, éclatantes de couleurs, pour illustrer Daphnis et Chloé, romantique fable d'amour ayant pour cadre... l'île de Lesbos dans l'Antiquité.

«Maintenant que tout est plus difficile, c'est bien le moment de faire les choses les plus difficiles», écrivait Tériade en 1940 à Matisse pour lui présenter son projet de «livres d'artistes».

La réflexion a peut-être inspiré la direction du musée de Varia qui a décidé de rouvrir l'établissement cet été, après quatre ans de rénovation totale et des mois d'immobilisme, mais sans les moyens de couvrir les frais de fonctionnement.

Ouvert par Tériade en 1979, bâti sur un terrain ayant appartenu à sa famille, le musée, rénové par des fonds européens, offre désormais un écrin magnifique. «Mais nous ne sommes que trois employés quand nous devrions être six ou sept, nous n'avons pas été payés depuis trois mois, nous n'ouvrons que quelques heures par jour, nous ne pouvons pas avoir de boutique, ni d'actions culturelles alors les demandes sont nombreuses, notamment de l'étranger», énumère le directeur, Kostas Maniatopoulos.

Alexandra Bounia a déjà informé de la situation le nouveau ministre grec de la Culture, le troisième en huit mois, dans ce pays en interminable crise.

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