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Les Alpes comme au Tour de France

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Un des versants du col des Aravis, peu après le village de La Clusaz.

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Alain Bisson
La Presse

Quel est l'ultime rêve cycliste? Rouler sur les mythiques itinéraires montagnards du Tour de France, la course de vélo de tous les superlatifs, bien sûr. C'est ce que la route des Grandes Alpes propose avec un périple d'anthologie du lac Léman, à la frontière suisse, jusqu'à la Méditerranée.

Collection de sommets

Diane Dufresne et Yvan Monette en ont vu d'autres et leur verdict tombe sans la moindre hésitation. La route des Grandes Alpes, en France, trône tout en haut du palmarès des 26 voyages de vélo qu'ils ont faits depuis 10 ans.

Une vingtaine de cols légendaires, dont le Galibier, la Madeleine, l'Izoard, l'Iseran, l'Alpe d'Huez et la Croix de fer, pas loin de 20 000 m de dénivelé positif et près de 1000 km, voilà ce qui attend ceux et celles qui décident de se mesurer aux mastodontes de l'épine dorsale des Alpes, entre Thonon-les-Bains et Nice, comme l'ont fait le couple de médecins du Lac-Saint-Jean et une vingtaine de cyclistes du Québec et de l'Ontario, en août dernier.

«C'est assurément notre voyage le plus spectaculaire, entre autres en raison des paysages grandioses des Alpes, dit Yvan Monette. Mais c'est aussi l'un des plus exigeants. On monte ou on descend sans arrêt, il faut déployer un effort quotidien soutenu et la température peut passer d'un extrême à l'autre. Il faisait vraiment froid dans la descente du Galibier et j'ai eu chaud comme jamais dans la montée du col de Valberg. La route des Grandes Alpes est vraiment toute une expérience.»

Mme Dufresne et M. Monette accumulent les périples à vélo comme d'autres les tout-inclus dans le Sud. Diane a commencé à rouler sérieusement après avoir subi une blessure l'empêchant de courir, et Yvan, lorsqu'il a réalisé qu'il devait perdre au moins 50 lb pour arriver à suivre sa blonde dans les montées.

Ils ont commencé leur séquence de voyages en Hongrie en 2006, et ont enchaîné avec les Dolomites, les Pyrénées, l'Équateur, le Japon, le Viêtnam, l'Utah et les îles Canaries, entre autres.

«Nous remettions à plus tard les Alpes année après année à cause du niveau de difficulté. Mais on ne peut pas avoir fait tous ces voyages en laissant la route des Grandes Alpes de côté. C'est un must», estime Yvan Monette.

Mme Dufresne et M. Monette préparent maintenant un voyage de vélo en Islande pour juillet. Au printemps 2016, ils ont roulé en Californie afin de se mettre en jambe et d'avaler des kilomètres de grimpe en préparation des Alpes.

La longue montée vers le col du Galibier... (PHOTO ALAIN BISSON, LA PRESSE) - image 2.0

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La longue montée vers le col du Galibier

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Un défi grandiose

Bon an, mal an, une vingtaine de cyclistes se lancent dans l'aventure des Alpes que propose Vélo Québec depuis plus d'une décennie. Des cyclistes d'expérience de la vingtaine à la soixantaine, la majorité avec plusieurs autres voyages sur deux roues à leur actif, composaient le groupe auquel nous nous sommes joints. De forts rouleurs de tous les horizons professionnels rompus aux longues distances et à la vie de nomade en vélo.

Difficile, sans tomber dans les clichés, de trouver des qualificatifs pour rendre justice à la saisissante beauté et au formidable défi de la route des Grandes Alpes. Les chemins étroits et sinueux, les petits bleds sortis d'un autre temps, les prairies alpines lumineuses, les cols hors normes, les points de vue époustouflants, les descentes vertigineuses et les paysages de carte postale se succèdent sans relâche. On a chaque fois la conviction d'avoir atteint le pinacle, mais le virage suivant en rajoute invariablement une couche.

Les cyclistes modérés devraient-ils considérer ce voyage ? Probablement pas. Sa cote de 6, la plus élevée à l'échelle de Vélo Québec, parle d'elle-même. Vaut mieux avoir de l'expérience et l'habitude des longues distances pour se lancer dans la route des Grandes Alpes. Il faut déployer un effort continu pendant l'essentiel de la journée et la plupart d'entre elles se terminent par la montée d'un dernier col vers les sites d'hébergement, souvent après plus de huit heures sur la selle. Vous aurez compris que les lunchs qui se prolongent et les visites touristiques devront attendre à un prochain voyage.

Sachez tout de même que si vous flânez un peu trop longtemps au café ou que vous êtes dans un «jour sans», comme on dit dans le jargon, l'ami-guide-camionneur-organisateur et responsable du département des troubles pourra vous aider à franchir les derniers kilomètres de l'étape du jour en vous offrant une place sur le siège du passager de sa camionnette et une bonne bouteille d'eau fraîche. Oui, nous avons testé ce volet du service de Vélo Québec, au terme d'une interminable et torride journée, alors que le plaisir de rouler s'est temporairement évaporé dans la suffocante montée du col de Valberg, dans les Alpes-Maritimes, après une dizaine d'heures sur la selle.

Le lendemain, la mauvaise fin de journée de la veille n'était déjà plus qu'un vague souvenir.

Guide-chauffeur et guide à vélo

Pendant le voyage, le guide-chauffeur se charge du transport des bagages et accompagne les cyclistes sur les parcours quotidiens en postant sa camionnette à des endroits stratégiques, généralement en haut des cols. On a alors accès à de l'eau, des vêtements, de la nourriture... et des encouragements. Un autre guide, en vélo celui-là, roule avec le groupe et assiste les cyclistes en cas de pépin. Le matin, les voyageurs partent à peu près tous autour de 8 h et moulinent à leur rythme. De petits groupes se forment naturellement et s'égrènent en chapelet sur la route au gré de la vitesse, de la forme et des intérêts de chacun.

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Le trajet 2017 de la Traversée des Alpes de Vélo Québec diffère légèrement de celui dont il est question dans ce reportage. Le journaliste de La Presse a payé lui-même les coûts de ce voyage.

On peut grimper sur un des sommets de... (PHOTO ALAIN BISSON, LA PRESSE) - image 3.0

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On peut grimper sur un des sommets de la station de Val-d'Isère sans verser une goutte de sueur grâce au téléphérique.

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Coups de coeur et autres favoris

C'est faire injure à la route des Grandes Alpes que de choisir seulement six coups de coeur. Mais puisqu'il le faut, voici quelques incontournables.

Le Cormet de Roselend

La montée des 25 km du col du Meraillet et du Cormet de Roselend n'a pas été facile le matin du jour 3. Mais l'arrivée sur le plateau du lac de Roselend est un baume de fraîcheur et un pur ravissement. Créé par la construction controversée du barrage qui a englouti le village de Roselend, en 1960, le lac culmine à 1553 m et partage l'horizon avec des sommets de 2500 m. La route continue en serpentant vers le refuge du Plan de la Lai, puis bascule dans une folle descente de 20 km en lacets vers Bourg Saint-Maurice. Grisant! 

Val-d'Isère

Val-d'Isère n'est pas à proprement parler un des endroits phares de la route des Grandes Alpes, mais on y passe notre première journée de congé après trois jours de vélo bien tassés, on est donc rempli de gratitude pour la station quatre saisons. L'endroit est idéal pour recharger les batteries, grimper un sommet sans verser une goutte de sueur grâce au téléphérique et jouer au touriste. Vous pourriez même faire un peu de ski sur le glacier de Tignes, si vous arrivez avant la fermeture de la saison estivale 2017 prévue le 6 août. 

L'Alpe d'Huez

Besoin de présentations? Une pente à 7,9 % de moyenne, avec des pointes à 14 %, 21 virages en épingle sur 13,8 km, que l'Italien Marco Pantani a gravi en 37 minutes et 35 secondes, à l'ahurissante moyenne record de 23,08 km/h, en 1997, grâce à son immense talent de grimpeur... et à l'EPO. Mais cette seule montée n'est pas un défi assez costaud pour Vélo Québec. L'organisation vous l'offre en point d'orgue d'une journée de 126 km qui compte 4 montées dignes de ce nom, dont les cols du Mollard (15 km), de la Croix de fer (environ 15 km) et du Glandon. La cour est pleine! 

La Grave

Le hameau a été admis dans le club sélect des plus beaux villages de France et ce n'est pas par hasard ou par un coup de chance. Pendant l'Antiquité, La Grave comptait parmi les étapes de la voie romaine reliant Briançon à Grenoble et de nombreux bâtiments du Moyen-Âge s'y dressent encore fièrement. Les montagnes qui ceinturent le village, dont le Grand Pic de la Meije (3982 m), sont assurément parmi les plus impressionnantes de la route des Grandes Alpes. Prenez quelques minutes pour poser pied à terre afin d'admirer les glaciers qui déboulent littéralement jusque dans la vallée. Frissons, oui, frissons garantis.

Le col du Galibier

Après le col du Lautaret et ses quelque 35 km se profile le mythique Galibier. La boucle aller-retour vers son faîte ajoute 16 km et presque 600 m de dénivelé positif à une journée déjà fort chargée: 147,5 km, avec le col de l'Izoard (19,1 km et 1100 m de dénivelé) en prime, entre l'Alpe d'Huez et Guillestre, en passant par Briançon. Ouf! Mais chaque mètre de labeur vous rapproche de l'objectif convoité: les 2642 m d'une étape-reine que le Tour de France a visitée une soixantaine fois. Mission accomplie!

Nice

Après neuf longues journées sur la selle, Nice, ses couleurs, ses restaurants et une trempette dans la Méditerranée constituent la récompense ultime. Petit conseil: coupez l'itinéraire au plus court pour arriver tôt afin de profiter de cette perle de la Côte d'Azur. Encore mieux, passez-y quelques jours plutôt que de revenir vers le Québec dès le lendemain comme le prévoit le forfait de Vélo Québec. Et promettez d'aller casser la croûte au restaurant Ville de Sienne, dans le Vieux-Nice. On y sert une poêlée de fruits de mer divine. Vive Nice!

Le haut du col de la Cayolle... (Photo Alain Bisson, La Presse) - image 4.0

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Le haut du col de la Cayolle

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Savoir se préparer

La route des Grandes Alpes n'est pas une simple promenade du dimanche, mais elle est à la portée des cyclistes expérimentés.

Vélo Québec fixe le seuil d'entraînement préparatoire à 2000 km. Ce n'est pas un total trop difficile à atteindre si on s'y prend assez tôt. On parle d'une moyenne de 166 km par semaine du début de mai jusqu'à la fin de juillet, un peu moins si la saison a débuté en avril et que l'entraînement se poursuit jusqu'au départ, autour de la mi-août.

Idéalement, il faudrait aller au-delà de ce minimum, histoire d'être parfaitement affûté. Gilles, un cycliste extraterrestre (ou est-ce l'inverse?) dans la soixantaine, avait plus de 8000 km dans les jambes, AVANT de partir! Seul David, un coureur et une machine à rouler trentenaire qui carbure au sirop d'érable, pouvait le mettre à mal!

L'entraînement devrait commencer tout doucement pour éviter les blessures, et s'intensifier au fil de la saison. Profitez du mois de juillet pour commencer à faire de plus longues distances - dépasser la barre des 150 km pour quelques sorties ne serait pas déraisonnable - car l'effet du cumul distance-dénivelé dans les Alpes peut être une dure épreuve pour les jambes, et le postérieur. Attendez-vous à passer plus de huit heures sur le vélo lors de certaines journées.

Ceci dit, évitez le surentraînement. Il faut commencer le voyage dans un état de «fraîcheur» qui vous permettra de le terminer dans la joie et l'allégresse, les pieds dans la Méditerranée.

Restez modeste

Vous avez fait vos devoirs avant le départ et avez des fourmis dans les jambes au petit matin sur les rives du lac Léman? Doucement! Ce n'est pas une course et il y a plus de 20 cols à franchir au cours des neuf prochains jours de vélo. À moins d'avoir déjà fait les Dolomites ou les Pyrénées, vous ne pouvez pas vraiment imaginer ce qui vous attend. Vous pourrez toujours jouer les Contador quand vous aurez fait meilleure connaissance avec les particularités du terrain.

Quoi manger?

Si les gels énergétiques restent dans les poches de votre maillot quand vous roulez dans les Cantons, ce ne sera pas le cas dans les Alpes. Gels, jujubes et autres électrolytes sont essentiels pour composer avec les rigueurs du périple. Et vous serez un gouffre sans fond lors des repas. Pas grave, vous pourrez prouver que vous avez tout de même fondu à vue d'oeil en repassant vos photos de voyage en ordre chronologique.

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