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En Espagne, mort annoncée de milliers de commerces historiques

La boutique, Asi, mentionnée dans les guides touristiques,... (PHOTO GERARD JULIEN, AFP)

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La boutique, Asi, mentionnée dans les guides touristiques, attire encore les touristes, qui aiment prendre en photo les poupées vêtues de robes cousues à la main exposées en devanture, désormais à côté d'une affichette «merci pour ces 72 ans».

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Daniel SILVA
Agence France-Presse
MADRID

Des milliers de magasins historiques ne goûteront pas la timide reprise de la consommation en Espagne. Ils mettront la clef sous la porte après les fêtes, victimes de la fin de l'encadrement des loyers.

C'est le cas d'un magasin de poupées artisanales de la Gran Via, grande artère commerciale du centre de Madrid, ouvert depuis 1942.

La boutique, Asi, mentionnée dans les guides touristiques, attire encore les touristes, qui aiment prendre en photo les poupées vêtues de robes cousues à la main exposées en devanture, désormais à côté d'une affichette «merci pour ces 72 ans».

Le magasin, où certaines poupées sont vendues près de 300 euros, a tenu pendant la crise. Dirigé par la même famille depuis son ouverture, il ne pourra cependant pas résister à la hausse de loyer prévue à partir du mois de janvier, qui passera de quelque 10 000 euros à 35 000.

«J'ai grandi ici. D'un point de vue émotionnel c'est très dur», explique Susana Ezharriaga, 46 ans, qui dirige le magasin avec quatre frères et soeurs, en regardant des employés ouvrir les cartons contenant la dernière livraison de marchandises.

La famille a convaincu le propriétaire de permettre l'ouverture du magasin jusqu'à la fête de l'Épiphanie, le 6 janvier, plus importante que Noël pour les Espagnols, car ce jour-là les enfants découvrent les cadeaux déposés par les rois mages.

Ensuite, elle tentera de trouver un local moins onéreux, loin du centre, pour cette boutique fondée par son arrière grand-mère.

En Espagne quelque 200 000 magasins, bars et restaurants sont concernés et 65 à 70 000 pourraient être contraints de fermer, selon l'Union de professionnels et travailleurs indépendants (UPTA) représentant les propriétaires de commerces comme celui des Ezharriaga, pour la plupart des affaires familiales.

Selon ce lobby, 200 000 emplois seraient menacés, car chaque magasin emploie environ trois personnes. Une députée socialiste, Patricia Blanquer, a aussi soulevé le sujet mercredi devant le Congrès (chambre basse), assurant de son côté que les emplois menacés sont occupés principalement par des personnes d'âge moyen ou avancé, qui auront encore davantage de difficultés à trouver un emploi. Elle a proposé un nouveau moratoire négocié de cinq ans.

La ville espagnole menacée

«La ville espagnole va être transformée. Nous allons perdre l'histoire de ses quartiers, son histoire», se lamente son secrétaire général Cesar Garcia.

«Les artères principales seront toutes identiques. On y verra de grandes chaînes de magasins comme Zara, McDonald, Burger King. Plus rien ne les distinguera les unes des autres. C'est mauvais pour le tourisme».

La législation encadrant la hausse des loyers remonte à 1964. La mesure avait été prise par le dictateur Francisco Franco, pour protéger le petit commerce quand l'Espagne était relativement isolée du reste de l'Europe.

En 1994 le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez a réformé la législation. Les locations antérieures à 1985 devraient se rapprocher des prix du marché, mais  locataires et bailleurs avaient 20 ans pour se mettre d'accord.

Les milliers de magasins menacés sont donc ceux dont les gérants ne sont pas parvenus à un accord avec les propriétaires.

«Ils avaient 20 ans pour s'adapter. Pendant ces 20 ans, certains ont réussi, d'autres pas. Certains n'étaient pas au courant du changement, d'autres ont oublié», explique le professeur Agustin Hernandez Aja, spécialiste en urbanisme de l'Université polytechnique de Madrid.

L'impact sera surtout palpable dans les centres historiques des villes, où les bailleurs imposeront des hausses de loyers très importantes que ces commerçants ne pourront assumer.

Disparu, le Palais du jouet

Des magasins très connus ont ainsi déjà fermé, comme le Palais du jouet qui était ouvert depuis huit décennies au Portal de l'Angel (Porte de l'ange) à Barcelone, une rue piétonne de la vieille ville. Il a été remplacé par un magasin de chaussures de la chaîne italienne Geox, qui a déjà quelque 1300 commerces dans le monde.

Selon le président d'une association représentant quelque 160 commerces centenaires ou historiques de Madrid, Angel Manuel Garcia, entre 5 et 10% de ces membres ne peuvent assumer des hausses de loyers, or, ces commerces sont ceux qui «donnaient à la ville sa saveur, et avaient des éléments architecturaux originaux».

Leurs propriétaires ont demandé au gouvernement conservateur de Mariano Rajoy de leur accorder un délai supplémentaire de cinq ans, sans succès.

Le professeur note que le phénomène n'est pas propre à l'Espagne. Les grandes chaînes et magasins de luxe chassent les commerçants indépendants du centre des grandes villes comme Paris ou Londres.

«C'est la mondialisation, c'est ainsi partout, regrette-t-il. Bien des lieux symboliques, des références, sont touchés et cela attire l'attention des médias, mais ce n'est pas comme si les gens venaient acheter ici tous les jours».

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