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À Vienne, un hôtel tenu par des réfugiés

Tayeb, originaire d'Algérie, prépare cafés et breuvages au... (PHOTO JOE KLAMAR, AFP)

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Tayeb, originaire d'Algérie, prépare cafés et breuvages au bar de l'hôtel Magdas.

PHOTO JOE KLAMAR, AFP

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Marie-Amélie HEULS
Agence France-Presse
VIENNE

Avec sa déco rétro-design, ses prix modérés et sa localisation à un jet de pierre du célèbre parc du Prater, le nouvel hôtel Magdas est devenu l'un des plus courus de Vienne. Mais son originalité est ailleurs : ici, les salariés sont des réfugiés.

Ouvert il y a tout juste deux mois, le Magdas, 78 chambres, ne désemplit pas. Les clients du monde entier y sont accueillis par une vingtaine d'employés de 16 nationalités, parlant 24 langues, qui ont tous obtenu l'asile en Autriche après, le plus souvent, de longues années d'attente et d'oisiveté forcées.

«Les migrants ont plein de compétences inutilisées. Nous voulons montrer que l'interdiction de travailler faite aux demandeurs d'asile est absurde tant d'un point de vue social qu'économique», explique à l'AFP Klaus Schwertner, le responsable de l'ONG catholique Caritas à l'origine du projet.

Le nombre de demandeurs d'asile a explosé de 44% l'an passé dans l'Union européenne, avec plus d'un demi-million de nouveaux migrants. Dont 28 000 en Autriche.

Mais dans la petite république alpine comme dans la majorité des autres pays, le droit de travailler est extrêmement limité durant l'instruction des dossiers, qui dure souvent plusieurs années.

Interdiction de travailler 

Maryam en a fait l'amère expérience. Arrivée en Autriche en 2001, cette Marocaine polyglotte de 38 ans a mis douze ans à obtenir le statut de réfugié, une longue période d'inactivité qui a compromis son retour à l'emploi une fois le précieux sésame en poche.

«Mon père m'avait prévenue, il m'avait dit que ce serait dur. Et il avait raison», confie la jeune femme, qui précise n'avoir pas émigré pour des raisons économiques.

Dans un décor de meubles vintage arrangés avec goût par un architecte d'intérieur, Maryam tient aujourd'hui le bar de l'hôtel et s'occupe des petits-déjeuners, en emploi à durée indéterminée.

Ses collègues - réceptionnistes, femmes de chambre, techniciens, cuisiniers - viennent de quinze autres pays, de l'Afghanistan à la Syrie en passant par l'Iran ou le Nigeria.

L'idée de cet hôtel tenu par des migrants, qui se présente comme unique en Europe, remonte à l'occupation d'une église de Vienne par des demandeurs d'asile en 2012. «Leur message était simple : ils demandaient le droit de rester, et le droit de travailler», rappelle M. Schwertner.

«Véritable modèle économique»

Au total, 34 000 demandes d'asile sont en cours d'instruction en Autriche, selon le ministère de l'Intérieur. Durant cette période, les migrants n'ont pas le droit de gagner plus de 100 euros par mois, rappelle Susanne Binder, spécialiste des migrations à l'université de Vienne.

C'est après l'occupation de l'église que Caritas lance le projet, en mettant à disposition une de ses anciennes maisons de retraite et en débloquant un prêt de 1,5 million d'euros pour la structure. 60 000 euros supplémentaires sont réunis par financement participatif.

«Mais attention : nous fonctionnons selon un véritable modèle économique. Il ne s'agit pas juste d'une bonne action», précise M. Schwertner, soulignant que le projet devait voler de ses propres ailes dans les cinq ans.

Car l'hôtel se veut un établissement «comme les autres» en termes de prix et de prestations.

«La plupart des clients qui réservent sur des sites en ligne ne savent même pas que nous avons une vocation sociale», s'amuse le directeur Sebastiaan de Vos, un professionnel de l'hôtellerie.

«Ensuite, cela leur permet de mettre un visage sur les migrants, dont on parle le plus souvent en termes statistiques», se félicite-t-il.

Segun, un Nigérian de 44 ans qui a fui son pays en 2001, est l'un de ces visages. Cet ancien designer devenu garçon de salle au Magdas apprécie le travail avec ses collègues. «Ici, on fait la fête, on rit, on mange ensemble», dit-il.

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