La ruée dans le Nord

Au Yukon, les jours sont courts au mois... (Photo: Marie Tison, La Presse.)

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Au Yukon, les jours sont courts au mois de février. Le soleil demeure tout près de la ligne d'horizon, ce qui confère des couleurs éclatantes à la petite ville.

Photo: Marie Tison, La Presse.

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(Dawson City) Cela faisait des années que je rêvais d'aller à Dawson City pour assister à cette étape importante de la Yukon Quest, la plus difficile course de traîneaux à chiens du monde. L'an dernier, après avoir consulté les documents sur le site de la course, je me suis inscrite comme bénévole. Pour ce faire, il faut s'organiser tôt, car il y a peu d'hôtels ouverts l'hiver à Dawson City. Je n'aurais jamais cru vivre une expérience aussi fascinante...

«Welcome to Dawson City!»

Vêtue de la veste officielle orange fluo de la Yukon Quest, un formulaire entre les mains, je m'approche de Paige Drobny. Cela fait six jours, soit depuis Fairbanks, en Alaska, que la jeune femme de 36 ans conduit ses chiens de traîneau à travers les montagnes, sur les rivières gelées, campant sur le bord de la piste. Et pourtant, elle est tout sourire lorsque je l'accueille à Dawson City, au Yukon.

Dawson City est à mi-chemin de la Yukon Quest, qui se déroule sur 1600 km en février de chaque année. En 2012, les 24 participants inscrits se sont élancés de Fairbanks pour terminer leur course, une dizaine de jours plus tard, à Whitehorse, la capitale du Yukon. Cette année, le trajet est inversé.

Quelle que soit la direction, les mushers, un terme dérivé du verbe français marcher, doivent obligatoirement prendre un repos de 36 heures à Dawson City. Comme certains participants sont plus rapides que d'autres, les arrivées et les départs s'étalent sur près d'une semaine dans cette petite ville de 1800 habitants, qui a vu le jour avec la légendaire ruée vers l'or de 1897-1898.

À l'arrivée de Paige Drobny, j'examine rapidement son traîneau afin de vérifier si elle transporte un certain nombre d'éléments obligatoires, essentiellement liés à la survie: un sac de couchage, une hache, un réchaud, des raquettes. Ainsi que le carnet de vétérinaire de ses chiens. Une hache perdue se traduit par une pénalité de 30 minutes.

Tout est en ordre. Je permets à Paige de traverser le fleuve Yukon gelé pour se rendre au terrain de camping local afin d'installer bien confortablement ses chiens pour les 36 prochaines heures. Pour ma part, j'appelle le quartier général de la course, à Fairbanks, et transmets l'heure d'arrivée de Paige. Rapidement, cette information est inscrite sur le site internet de la Yukon Quest.

Les tâches confiées aux bénévoles sont très variées. Avant l'arrivée des premiers mushers, il faut notamment accueillir leurs assistants, chargés de dresser le camp en prévision du fameux repos de 36 heures. Je pénètre dans les entrailles d'une grande remorque pour aller chercher les ballots de paille qui permettront aux chiens de dormir bien confortablement et les dizaines de gros sacs de nourriture qui serviront pour la prochaine étape de la course.

Entre deux équipes d'assistants, nous suivons la progression des mushers sur l'internet, grâce à des balises GPS qu'ils doivent fixer sur leur traîneau.

C'est Allen Moore qui franchit le premier la ligne d'arrivée de Dawson City, en pleine nuit, gagnant ainsi quatre onces d'or offertes par des mécènes en souvenir de la ruée vers l'or. Malgré l'heure tardive, il est accueilli par quelques spectateurs et par une bonne dizaine de journalistes, photographes et caméramans. Quelques mushers franchissent à leur tour la ligne d'arrivée dans les heures qui suivent.

Dans les coulisses

Au petit matin, alors qu'il fait encore bien noir, j'entame un quart de travail à la cabane des vétérinaires, au terrain de camping, près des équipages. Le boulot est un peu moins excitant: la tâche consiste essentiellement à alimenter le feu pour que les vétérinaires se consacrent à leur boulot: examiner chacun des chiens qui arrivent à Dawson City.

Des vétérinaires me permettent cependant d'assister à l'examen et de prendre des notes pour eux. Mais je dois jurer de ne rien raconter sur l'état des bêtes. C'est une information qui pourrait être stratégique si elle tombait entre les mains d'un concurrent. En fait, visiter l'abri où se reposent les chiens, c'est un peu comme visiter l'atelier d'une écurie de Formule 1 à la veille d'un Grand Prix et de mettre le nez dans le moteur.

Fascinée, je regarde les vétérinaires examiner les chiens sous toutes les coutures et donner des conseils au musher. Ces bêtes, plus petites qu'on pourrait l'imaginer, sont de véritables athlètes et les mushers les traitent avec soin (massages, repas personnalisés et de généreuses marques d'affection).

Balade parmi les vestiges

Après mon quart de travail, j'ai quelques heures de libres. Le poste de contrôle est tranquille, il n'y a pas d'arrivées prévues cet après-midi. Heureusement, Dawson City ne manque pas d'attraits et je profite de cette pause pour me promener dans la rue de la petite ville et prendre des photos des bâtiments qui rappellent la ruée vers l'or: d'anciens saloons, des hôtels, des églises, des édifices qui semblent s'enfoncer dans le sol. Je vais également marcher dans les sentiers qui serpentent dans les collines et qui donnent de jolis points de vue sur la ville. Je vais même visiter un cimetière de bateaux à aubes, ces grands navires de bois qui montaient et descendaient le fleuve Yukon avec passagers et minerai au début du siècle dernier.

Le lendemain, je préside au départ des meneurs, qui ont déjà terminé leur repos de 36 heures. Ce départ a lieu tout au bout du terrain de camping, dans un joli bois. Cette fois-ci, je vérifie si la balise GPS est bien en place, si le traîneau contient bien une bonne provision des petites bottines que les mushers doivent faire porter aux chiens pour protéger leurs pattes. Tout est beau. Je garde les yeux fixés sur le chronomètre: je compte les secondes avant l'heure permise: «Five, four, three, two one, go!» Les chiens s'élancent devant les journalistes et les spectateurs qui se sont déplacés pour l'occasion.

Une fois les meneurs partis, les journalistes se préparent à quitter Dawson City pour suivre la course à d'autres postes de contrôle, puis à Whitehorse, pour l'arrivée.

Je reste encore un peu à Dawson City pour profiter de l'atmosphère de la petite ville et pour encourager les mushers qui n'ont plus aucune chance de gagner, mais qui tiennent à terminer la course, même s'ils risquent d'arriver à Whitehorse plusieurs jours après les meneurs.

Je quitte le Yukon, mais je profite de toutes les escales de mon long périple aérien à travers le pays pour prendre des nouvelles de la course. C'est finalement à mon retour à Montréal que j'apprends que Hugh Neff a franchi la ligne d'arrivée avec seulement 26 secondes d'avance sur Allen Moore, au terme de près de 10 jours de course. Il s'agit de la marge la plus serrée de toute l'histoire de la Yukon Quest.

Vous êtes intrigué? Une petite vidéo a été tournée l'année dernière. On peut la voir à: www.youtube.com/watch?v=gC76OEYI3TM. Info: www.yukonquest.com

Yukon Quest 2013

Cette année, le départ de la Yukon Quest sera donné le 2 février à Whitehorse, au Yukon. Vingt-six mushers sont inscrits, dont un Québécois, Denis Tremblay, qui possède le chenil Makamic à Saint-Michel-des-Saints. Ils devraient être à Dawson entre le 5 et le 9 février.

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