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Derrière la carte postale, la souffrance des chevaux de Pétra

Située entre la mer Rouge et la mer... (PHOTO KHALIL MAZRAAWI, AFP)

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Située entre la mer Rouge et la mer Morte et habitée depuis la préhistoire, la capitale des Nabatéens est à moitié construite et à moitié sculptée dans la paroi rocheuse de montagnes de grès jaune.

PHOTO KHALIL MAZRAAWI, AFP

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Imed LAMLOUM
Agence France-Presse
PETRA

Devant le plus célèbre temple de Pétra, en Jordanie, le cocher assène de terribles coups de fouet à son cheval qui refuse d'avancer. Dans la calèche, deux touristes ignorent la souffrance de l'animal, bien plus impressionnés par le fabuleux décor.

Quand ils ne promènent pas des touristes, des dizaines d'équidés grillent sous un soleil de plomb dans l'attente de clients à l'entrée de la cité, élue merveille du monde en 2007.

Située entre la mer Rouge et la mer Morte et habitée depuis la préhistoire, la capitale des Nabatéens est à moitié construite et à moitié sculptée dans la paroi rocheuse de montagnes de grès jaune.

Surmenés et maltraités, plus de 1300 ânes et chevaux travaillent aujourd'hui sur ce site touristique phare de la Jordanie, de huit à douze heures par jour.

Ces équidés considérés comme «vitaux» pour l'industrie touristique de la région, selon les autorités locales, pourraient désormais voir leur vie s'améliorer grâce au projet de deux ONG, l'organisation de protection des animaux Four Paws (Quatre pattes) et la Fondation jordanienne de la princesse Alia.

Le but est de leur fournir essentiellement des soins, de l'ombre et de l'eau. La moindre des choses pour ces bêtes qui font vivre 8000 personnes, estime l'ONG Four Paws.

Jusqu'à présent, une clinique équine créée à la fin des années 80 offrait sur place des soins gratuits aux chevaux, mais souffrait d'un manque cruel de moyens, selon Imad Helalat, infirmier vétérinaire de 24 ans qui y travaille.

Le ministère de l'Agriculture, qui gère aujourd'hui cette clinique située à l'entrée du site de Pétra, «nous fournit seulement 20% de nos besoins en médicaments», déplore-t-il.

«Des revenus en moins»

Abdelhadi, qui fait travailler quatre chevaux sur le site, confirme: «Il n'y a pas de médicaments ici. Il y a quelques mois, j'ai dû empoisonner une jument parce que je n'ai pas réussi à la faire soigner.»

L'équipe de Four Paws a désormais investi les lieux. Première journée fin mars à la clinique: l'ONG commence à administrer des soins aux chevaux et aux ânes blessés et malades. Le vétérinaire de l'organisation, un Roumain, examine la patte arrière d'Abbayah, une jument de huit ans qui souffre depuis quatre mois d'une infection du membre postérieur.

«Je lui ai nettoyé la plaie et administré un antibiotique. Elle doit se reposer quelques semaines», déclare Ovidiu Rosu au propriétaire de la bête, Ahmed Mchaalia, qui pense déjà au manque à gagner.

«Ça fait quatre mois qu'elle ne travaille pas. Ça fera des revenus en moins», se lamente-t-il.

Les équidés de Pétra sont régulièrement victimes de blessures sur des chemins accidentés et parfois glissants, en particulier sur le «Siq», une gorge sinueuse et étroite entre des montagnes, que ces bêtes dévalent au galop plusieurs fois par jour.

«Voitures électriques à l'essai»

Les plus exposés sont ceux tractant les calèches, explique Imad Helalat. «Nous avons demandé au ministère du Tourisme d'interdire les calèches, mais il nous a dit que ce moyen de transport était indispensable pour des touristes incapables de faire de longs trajets à pied», dit-il.

Il évoque un projet en cours d'essai par les autorités locales, qui verrait des voitures électriques remplacer les calèches.

En attendant, Four Paws prévoit un approvisionnement de la clinique en médicaments et équipements ainsi que la formation des vétérinaires locaux, indique Robert Hengl, chef de projet de cette organisation basée à Vienne.

Des étables, des aires de repos pour protéger les chevaux du soleil et des abreuvoirs sont également programmés avant l'été, assure M. Hengl.

Et une campagne de sensibilisation devrait être menée auprès des propriétaires: «Le premier conseil que nous donnons est d'éviter le surmenage des animaux», souligne-t-il.

Mais les propriétaires ont d'autres soucis en tête, comme pour Tarek qui attend, près de son cheval, d'improbables clients à l'entrée du site.

«Le tourisme est mort en ce moment en Jordanie», se désole-t-il, en référence aux différents conflits secouant le Proche et Moyen-Orient et qui affectent par ricochet ce secteur dans son pays.

En quatre ans, le nombre de visites à Pétra a quasiment été divisé par deux, passant d'un peu moins d'un million en 2010 à quelque 600 000 en 2014.

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