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Le monde à vélo: trois moines et un dictateur

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L'un des quelques milliers de temples historiques de Bagan.

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Jonathan B. Roy

Collaboration spéciale

La Presse

Depuis mars 2016, Jonathan B. Roy fait le tour du monde à vélo. Il nous le raconte ici, une aventure à la fois.

Après une cinquantaine d'années de règne militaire, la Birmanie transite lentement depuis 2011 vers un régime plus ouvert. Bien que plusieurs territoires soient encore complètement inaccessibles aux étrangers, le tourisme est aujourd'hui en belle progression.

Et avec raison. La Birmanie est magnifique et ses habitants arborent en permanence de grands sourires. Mais malheureusement pour le globe-cycliste, il est encore interdit aux étrangers de dormir chez l'habitant ou de camper sur tout le territoire.

La seule option légalement disponible étant de payer pour des hôtels accrédités - plus chers, souvent miteux, et très éloignés les uns des autres.

C'est ainsi que Fred, mon ami allemand récemment retrouvé sur la route, et moi, nous retrouvons à demander l'hospitalité à trois moines bouddhistes.

Le cadet doit avoir la jeune trentaine. L'air sérieux et attentif, il est tout en nerfs comme un fermier. À ses côtés, l'aîné est court et courbé sur sa canne. Comme s'il avait compris que la vie n'était pas si sérieuse, il sourit constamment, dévoilant ses quelques dents restantes et ajoutant quelques rides à son visage déjà vénérable. Et comme un point médian sur la ligne de leurs vies, le responsable du monastère se situe entre les deux autres en termes d'âge, de personnalité et de physique.

Monastère au sommet du mont Popa, créé par... (Photo Jonathan B. Roy, collaboration spéciale) - image 2.0

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Monastère au sommet du mont Popa, créé par une éruption volcanique il y a près de 2500 ans.

Photo Jonathan B. Roy, collaboration spéciale

Tous trois ont les cheveux rasés et sont vêtus de la tunique rouge ocre traditionnelle bouddhiste.

Fred et moi nous faisons offrir le rez-de-chaussée d'un grand édifice en bois ressemblant à une grange. Les moines sont à l'étage. Aussitôt passée l'énorme porte d'entrée, j'ai un pressentiment que la nuit sera longue.

C'est un sauna rempli de maringouins.

Je réussis à installer la moustiquaire de ma tente après avoir subi seulement 42 piqûres.

Un des moines ferme ensuite toutes les portes et fenêtres, «pour notre sécurité», et va faire ses incantations dans un haut-parleur assez fort pour le Vatican.

Suant en étoile dans ma tente, j'entends cogner au portail.

J'ouvre à un sosie de Kim Jong-un, qui se présente comme un policier de l'immigration, et qui me tasse en sortant de la pénombre, accompagné de six acolytes.

L'interrogatoire se passe dans le dortoir des moines qui ne prient plus. Kim, du haut de ses 5 pieds 2 pouces, crache les ordres. Pendant qu'on explique notre itinéraire, chaque page de nos passeports est prise en photo, deux fois, par deux assistants. Tout le contenu de nos documents est ensuite copié à la main, avant de procéder à une longue traduction vers l'alphabet birman.

L'un des moines qui nous a accueillis.... (Photo Jonathan B. Roy, collaboration spéciale) - image 3.0

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L'un des moines qui nous a accueillis.

Photo Jonathan B. Roy, collaboration spéciale

Pendant que Kim parle au cellulaire, je ne peux m'empêcher de sourire et d'être moins inquiet. L'étui de son téléphone est affublé des dessins de Lilo et Stitch, du film d'animation de Disney.

L'abbé bouddhiste me regarde au même moment, en souriant en coin lui aussi. Je remarque ensuite que plusieurs des assistants de Kim, qui sont des habitants du village voisin, nous observent aussi du coin de l'oeil. C'est une expérience hors du commun et une histoire pour eux aussi.

Kim nous ramène au dilemme principal. «Vous n'avez pas le droit d'être ici.»

Fred saute une coche, et s'écrie avec son accent allemand: «Y'a pas assez d'hôtels pour touristes! On est en vélo, tu veux qu'on fasse quoi?»

J'ajoute, plus doucement, qu'on a été surpris par la noirceur. Qu'on est toujours en hôtel d'habitude, et que ces gentils moines ont accepté de nous accueillir. Décidément, dis-je en les regardant tous, tout le monde est gentil ici!

On nous permet de rester. On retourne à notre sauna.

Le lendemain matin, en remerciant nos hôtes, on s'excuse du dérangement. Pas le moindrement contrariés, ils veulent plutôt des égoportraits avec nous.

Répression ou pas, l'espoir et la joie de vivre résistent à tout en Birmanie.

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