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Les touristes se bousculent aux portes de la Birmanie

La pagode Shwedagon à Rangoon.... (Photo Associated Press)

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La pagode Shwedagon à Rangoon.

Photo Associated Press

Jocelyn Gecker
Associated Press
Rangoon, Birmanie

Maintenant que la Birmanie s'ouvre au reste du monde, bonne chance pour trouver une chambre d'hôtel dans le pays.

Les voyageurs curieux et les investisseurs enthousiastes se bousculent aux portes pour aller explorer l'un des pays d'Asie les plus inconnus, remplissant les hôtels, faisant doubler le prix des chambres et entraînant la création de listes d'attente pour les vols.

Alors que le pays se débarrasse tranquillement de son passé de dictature militaire isolée et de destination touristique impossible, il devient un endroit de plus en plus convoité. Il trône souvent en tête des destinations à découvrir en 2012.

La Birmanie est avide des devises étrangères apportées par les voyageurs, mais elle peine à gérer l'afflux de visiteurs. Elle se demande aussi jusqu'à quel point elle peut ouvrir ses portes: devrait-elle se positionner comme un paradis du tourisme comme la Thaïlande ou devrait-elle contrôler le nombre de visiteurs pour conserver son charme et sa culture ancestrale intacts?

Pour l'instant, la Birmanie reste un endroit figé dans le temps dont les voyageurs aventureux raffolent. Il s'agit d'une forteresse bouddhiste où les pousse-pousse et les moines se partagent les rues aux accents de colonialisme britannique. S'il n'y a pas, pour l'instant, de MacDonald, de Starbuck ou de grandes chaînes hôtelières occidentales, cela ne serait tarder.

Les autorités réécrivent des lois dans le but de faciliter la venue des chaînes d'hôtels et des autres investisseurs qui souhaitent faire affaires en Birmanie. Des dizaines d'édifices coloniaux devraient être mis à l'enchère bientôt, certains pour être restaurés, d'autres pour être démolis.

Les responsables touristiques affirment que le pays doit offrir plus de restaurants qui proposent des plats internationaux, plus d'agences de location de voiture, plus d'avions pour transporter les touristes vers les temples reculés, plus de guides touristiques anglophones, bref, plus de tout.

«Nous avons particulièrement besoin d'hôtels. Il nous faut de grande chaînes hôtelières», affirme Kyi Kyi Aye, un consultant pour le bureau du Tourisme de la Birmanie, qui aide à promouvoir le pays à l'étranger et à attirer les investisseurs. «Le tourisme explose et ça signifie que nous avons plusieurs défis devant nous.»

Les agents de voyage offrent ce conseil à ceux qui planifient un voyage dans ce coin de monde: amenez une grande quantité d'argent comptant, puisque l'économie birmane est basée sur la monnaie. Les cartes de crédit ne sont généralement pas acceptées, avec de rares exceptions. Laissez les IPhone et les BlackBerry à la maison, les téléphones cellulaires ne fonctionnent nulle part dans le pays. Soyez prêts à affronter des températures chaudes et humides lorsque vous vous déplacez, puisque les taxis ne sont équipés de climatiseurs.

En 2011, le nombre de touristes a bondi de près de 30 pour cent. Mais la Birmanie ne recevait encore que 816 000 visiteurs par année, une infime partie des 19 millions de personnes qui visitent chaque année la Thaïlande voisine.

Présentement, Rangoon compte 5000 chambres d'hôtel, mais seulement 3000 sont considérés «appropriées pour les touristes», selon Maung Maung Swe, le vice-président du bureau birman du tourisme, qui a récemment révélé au magazine en ligne The Irrawaddy que des grandes chaînes comme Marriott et Sheraton avaient exprimé de l'intérêt quant à s'installer dans le pays.

Leur arrivée serait un soulagement pour les gérants d'hôtels comme Ram Nurani, qui opère le Park Royal Hotel. Toutes les chambres de l'établissement de 330 chambres sont réservées des semaines à l'avance, toutes les tables sont occupées au petit déjeuner et les fauteuils de la réception ne désemplissent pas.

«Ça serait bien d'avoir un hôtel que l'on pourrait étirer de quelques étages», lance M. Nurani, ne blaguant qu'à moitié. «La ville a besoin de plus d'hôtels rapidement.»

La scène se répète de l'autre côté de la ville à l'hôtel The Strand, l'un des grands établissements coloniaux de l'Asie du Sud-Est. Désormais, le prix d'une chambre commence à 550 $ la nuit.

«Nous sommes complètement plein pour tout le mois. Nous faisons de notre mieux pour trouver des places aux gens, mais ce n'est pas facile», raconte un employé de l'hôtel, Khin Sandar. Il y a peu de temps, il a dû montrer la porte à tout un groupe de touristes descendu d'un autobus.

Assignée à résidence pendant près de 20 ans, Aung San Suu Kyi, cette opposante de 66 ans qui a longtemps été la prisonnière politique la plus connue du monde, constitue l'une des principales attractions touristiques.

Un autobus rempli de touristes sud-coréens s'est récemment retrouvé devant le quartier général de son parti, à Rangoon. Les visiteurs ont pris des photos de l'endroit et ont acheté des t-shirts aux couleurs de la lauréate du Prix Nobel de la paix. Celle-ci n'était pas à son bureau.

«Nous sommes aussi allés chez elle et avons pris des photos de la grille d'entrée», se rappelle Sylvia Rhee, une professeure de musique originaire de Jinju, en Corée du Sud, impressionnée d'avoir eu un tel accès. «Ce pays était fermé. Avant, nous avions peur de venir», ajoute-t-elle.

L'augmentation du nombre de tourisme a débuté après que la Birmanie eut tenu des élections en novembre 2010. Le gouvernement a ensuite libéré Aung San Suu Kyi, qui brigue maintenant un siège au Parlement.

Malgré l'envie d'accueillir les nouveaux touristes, certains souhaitent que le pays évite les pièges dans lesquels sont tombés certains pays voisins, comme la Thaïlande, qui ont bénéficié des retombées du tourisme mais dont les villes sont devenus des jungles attirant les voyageurs peu nantis et le tourisme sexuel.

Certains souhaitent que le pays s'oriente vers un marché touristique de luxe, comme le Bhoutan.

«Même si nous sommes loin derrière, je ne crois pas que ce soit une mauvaise chose. Nous voulons traiter la Birmanie avec soin. Elle est fragile», croit Su Su Tin, qui gère une agence de voyage et est membre d'un consortium de plus de 100 hôtels, lignes aériennes et agences de voyage.

La Birmanie limite l'entrée des gens dont la profession est considérée comme sensible, comme les journalistes. Les autres peuvent visiter le territoire grâce à un visa de touriste ou d'affaires qu'ils doivent obtenir avant de partir. Les démarches pour permettre l'obtention de visa à l'arrivée au pays ont été suspendues lorsque le ministère du Tourisme a décidé de limiter le nombre de touristes, pour le moment.

«Nous étions tous d'accord qu'il fallait attendre avant d'instaurer un système de visa à l'arrivée parce que cela rendrait les voyages en Birmanie plus facile, tout le monde pourrait venir, mais nous ne sommes pas prêts pour ça», explique Su Su Tin.

Les conservateurs croient que l'approche prudente choisie pour le tourisme devrait être appliquée à la culture birmane.

Le centre-ville de Rangoon est bordé d'immeubles coloniaux somptueux mais maintenant déserts qui accueillaient les bureaux du gouvernement avant que le junte militaire ne choisissent de déménager la capitale à Naypyitaw, il y a quelques années.

Alors que les prix de l'immobilier grimpent en flèche, le gouvernement a décidé de vendre certains des immeubles l'an dernier mais a depuis accepté d'imposer un moratoire sur les ventes futures et les démolitions afin d'établir une stratégie de conservation, selon l'historien Thant Myint.

«Rangoon est l'une des dernières villes d'Asie dont l'architecture du 19e et 20e siècle est intacte, raconte Thant Myint. Il y a une petite opportunité pour tenter d'éviter que les erreurs commises dans la région ne se répètent.»

Les voyageurs, comme l'Américaine Barbara Ruttenberg, semblent d'accord.

«Il y si peu d'endroits où l'on ne trouve pas encore de McDonald ou de chaînes occidentales» remarque Mme Ruttenberg, originaire de Providence, dans le Rhode Island, qui effectue une visite avec 20 autres anciens élèves du collège Bryn Mawr. Une grande voyageuse qui a visité 44 pays, elle a toujours voulu voir la Birmanie mais ne serait pas venue si la junte militaire était encore au pouvoir.

«C'était un rêve en attente, confie Mme Ruttenberg, qui aura 75 ans ce mois-ci. Je me le suis offert comme cadeau d'anniversaire. Mes enfants voulaient m'organiser une fête. J'ai dit: «Oubliez la fête, je vais en Birmanie'.»

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