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En Équateur, une prison surpeuplée devient un hôtel de luxe

Depuis la fermeture, le site, splendide bâtiment de... (PHOTO RODRIGO BUENDIA, AFP)

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Depuis la fermeture, le site, splendide bâtiment de l'époque républicaine, s'était transformé en un centre d'exposition photographique sur la rudesse des conditions carcérales.

PHOTO RODRIGO BUENDIA, AFP

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Paola LOPEZ
Agence France-Presse
QUITO

Construite au XIXe siècle, l'ancienne prison surpeuplée de Quito s'apprête désormais à recevoir des pensionnaires très heureux, avec sa conversion programmée en hôtel de luxe, dans le centre colonial de la capitale équatorienne.

Inauguré en 1875 avec à l'époque 270 détenus, le pénitencier Garcia Morno, le principal de Quito, a fermé en avril dernier, croulant sous le poids de plus de 4000 prisonniers.

«Imaginez comme c'est beau: (passer) d'une prison à un hôtel», s'est félicité le président Rafael Correa, à l'initiative de ce projet qui a déjà connu des précédents dans le continent américain. À Montevideo, la capitale de l'Uruguay, une prison est devenue un centre commercial huppé et, dans la ville de Boston aux États-Unis, un hôtel prestigieux.

«L'hôtel le plus luxueux de Boston, c'est l'ancienne prison de la ville. Je ne le savais même pas quand j'ai proposé l'idée», a souligné le chef de l'État, un dirigeant socialiste qui a affiché comme l'un de ses combats la lutte contre la surpopulation carcérale.

Avant l'arrivée des touristes, les détenus de l'ex-pénitencier de Quito ont été transférés vers de modernes «centres de réhabilitation sociale», le gouvernement rechignant à employer le terme de «prison».

Depuis la fermeture, le site, splendide bâtiment de l'époque républicaine, s'était transformé en un centre d'exposition photographique sur la rudesse des conditions carcérales.

On pouvait aussi y visiter les cellules de moins de 8 m2, où s'entassaient jusqu'à dix personnes. Seul un narcotrafiquant avait réussi, moyennant quelques pots-de-vin, à changer sa cellule en chambre digne d'un hôtel cinq étoiles.

Préserver «la mémoire»

Alors que le gouvernement choisira dans les prochains mois l'entreprise chargée de la restauration de la prison, des voix s'élèvent pour conserver son histoire.

Pour l'architecte et historien, Alfonso Ortiz, cette initiative doit être «analysée en profondeur» afin de préserver la «mémoire» de cette enceinte, où furent prisonniers nombre d'intellectuels et d'hommes politiques, dont d'anciens présidents comme Lucio Gutierrez (2003-2005) ou encore Eloy Alfaro (1895-1901), assassiné durant sa détention.

«Il faut analyser avec beaucoup plus de précautions la mémoire de ce bâtiment. Lors de sa transformation en hôtel, on va détruire sa structure intérieure, il va perdre son essence», a déploré M. Ortiz auprès de l'AFP.

Ce défenseur du patrimoine suggère au gouvernement de puiser son inspiration dans d'autres exemples connus en Amérique latine, comme la prison mexicaine de Lecumberri qui héberge les archives nationales encore celle de Bogota, qui abrite le Musée national de Colombie.

D'autres habitants, pas forcément convaincus par la construction de l'hôtel, songent à des motifs plus économiques, à l'image de Gabriela Paez.

Cette commerçante ressent déjà «la nostalgie de la prison» en raison des clients qu'elle drainait dans le quartier à l'occasion des visites, mais aussi pour «la sécurité» garantie par les policiers qui protégeaient les lieux.

Toutefois, hôtel ou non, les autorités soulignent que les jours du pénitencier étaient comptés. «La corruption, l'insalubrité, la surpopulation et la violence élevée l'ont condamné à son effondrement», a récemment justifié le ministère de la Justice.

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