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Les touristes affluent dans le vieux quartier juif de Marrakech

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Une femme marche dans le quartier du Mellah, un terme qui désignait autrefois les quartiers réservés aux juifs dans les villes marocaines.

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Sophie Pons
Agence France-Presse
MARRAKECH

Isaac Ohayon guide avec entrain les touristes qui affluent, toujours plus nombreux, dans la cour de la synagogue Lazama à Marrakech. «Ici, explique-t-il, vous entrez dans la dernière synagogue du Mellah», un terme qui désignait autrefois les quartiers réservés aux juifs dans les villes marocaines.

Dans la cité ocre, destination touristique phare au Maroc, ce quincailler jovial de 63 ans ne compte pas son temps pour «faire revivre» ce lieu de culte et d'études construit en 1492 à l'époque de l'Inquisition, quand les Juifs furent chassés d'Espagne.

«Beaucoup de touristes viennent d'Israël (...). Il y a une demande, vous ne pouvez pas imaginer!», s'exclame-t-il.

Au coeur d'un vaste programme de rénovation depuis un peu plus de deux ans, le quartier juif historique de Marrakech renaît, drainant un flot de visiteurs étrangers. Le chantier a déjà bénéficié d'une enveloppe de 17,5 millions d'euros.

Rebaptisé Essalam (la paix en arabe) il y a une vingtaine d'années, il a repris début 2017 son nom originel «El Mellah», sur instruction du roi Mohammed VI, pour «préserver la mémoire historique des lieux» et «développer la vocation touristique» de Marrakech, selon le communiqué officiel.

Les ruelles aux façades ocre ont retrouvé leur plaque en hébreu, celle qui abrite la synagogue est redevenue «Talmud Thora».

Sur la place voisine des Ferblantiers, un vaste espace piéton agrémenté de bancs et de palmiers accueille les bus de tourisme, à deux pas du souk (marché) aux épices, lui aussi restauré.

«Depuis la rénovation du quartier, il y a de plus en plus de touristes», se félicite Jacob Assayag, 26 ans, «restaurateur et chanteur» qui se présente fièrement comme «le dernier juif jeune de Marrakech».

La «synagogue des exilés» que fait visiter M. Ohayon a accueilli des générations d'élèves de confession juive envoyés des villages berbères de la région pour s'initier à la Torah. Elle a été désertée au fil des départs, après la création de l'État d'Israël en 1948 et l'indépendance du Maroc de la France en 1956.

«Grande nostalgie»

Dans les salles de classe transformées en petit musée, des photographies aux couleurs passées rappellent l'histoire de la communauté désormais dispersée en France, en Amérique du Nord et surtout en Israël.

Un cliché sépia montre un vieil homme assis devant un monceau de malles avant le grand départ. «Ils emballent, vers un rêve pour lequel ils ont prié depuis plus de 2000 ans», dit la légende.

«L'Agence juive a commencé à recruter les plus pauvres dans les années 50 et puis tout le monde est parti après l'indépendance, au moment de la politique d'arabisation menée par Hassan II», raconte Rebecca, qui a grandi à Paris.

Cette quinquagénaire qui ne veut pas donner son nom garde une «grande nostalgie» du Maroc, où elle revient souvent.

Avant les vagues de départs, le pays accueillait la plus importante communauté juive d'Afrique du nord, de 250 000 à 300 000 âmes, selon les estimations. Il en resterait moins de 3000 aujourd'hui au Maroc.

«Jamais vu autant de monde»

Au pied de l'Atlas, Marrakech comptait à elle seule plus de 50 000 juifs au dernier recensement de 1947, mais ils ne sont plus qu'une petite centaine aujourd'hui, souvent très âgés, selon les informations recueillies sur place.

Les maisons du Mellah ont été vendues, des familles musulmanes modestes se sont installées, le temps a lézardé les murs.

«Souvent, on n'arrive même pas à réunir dix hommes pour la prière», soupire une fidèle de la vieille synagogue qui préfère garder l'anonymat.

Mais, en ce jour joyeux qui marque à la fois la fin de la fête des Cabanes (Soukkot) et la Sim'hat Torah, avec des chants, des danses et des plats traditionnels, elle n'a «jamais vu autant de monde».

Une fois passées les portes du quartier, les visiteurs photographient avec enthousiasme les échoppes et les maisons aux portes ouvragées.

«Beaucoup viennent chaque année d'Israël pour les fêtes et cette année plus encore, peut-être 50 000», avance David, un guide israélien qui accompagne un groupe arrivé de Tel-Aviv via Malaga dans le cadre d'un circuit de huit jours.

«C'est chez moi»

«Le Maroc, c'est chez moi parce que je suis né ici», dit cet homme de 56 ans qui vit à Ashdod, sur la côte israélienne au nord de la bande de Gaza. Ses parents ont quitté le Maroc dans les années 60, quand il avait 4 ans, «parce qu'ils étaient sionistes».

«Les juifs marocains ne peuvent pas oublier leur pays et les Israéliens qui viennent ici pour la première fois n'arrivent pas à croire que l'on puisse vivre comme ça, dans la tolérance, eux qui vivent dans les tensions» face aux musulmans, argue Isaac Ohayon.

Globalement, le Maroc a vu sa fréquentation touristique augmenter en 2017 grâce à son image de destination sûre, enregistrant huit millions de visiteurs entre janvier et août (+10,4% comparé à la même période de 2016).

Officiellement, le royaume n'entretient aucune relation économique ou diplomatique avec l'État hébreu, et le sujet reste sensible.

Dans les faits, cela n'empêche ni le tourisme ni les affaires de prospérer. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint cette année plus de quatre millions de dollars par mois, selon la presse marocaine.

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