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Tourisme solidaire: aller plus loin

Voyage solidaire à Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie.... (Photo: Émilie Côté, La Presse)

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Voyage solidaire à Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie.

Photo: Émilie Côté, La Presse

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(Éthiopie) Il n'y a pas que les étudiants qui partent faire de l'aide humanitaire à l'étranger. De plus en plus d'adultes optent pour un voyage solidaire au lieu de se rendre dans des destinations soleil. Ils font affaire avec une agence de voyages spécialisée et non une ONG. Notre journaliste Émilie Côté a passé trois semaines à Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie. Elle a vécu dans une famille et fait du bénévolat dans un orphelinat. Récit d'un voyage différent. Et inoubliable.

L'Afrique. Bien des gens rêvent d'y aller, mais ne savent pas comment l'apprivoiser. Surtout si ce sont les rencontres authentiques qui les atirent plutôt que les safaris organisés.

Quand j'ai décidé de faire un voyage «solidaire», j'ai tout de suite pensé que c'était le meilleur moyen de découvrir enfin l'Afrique. Quelques clics plus tard, j'ai atterri sur le site d'un des nombreux organismes et agences de voyages solidaires, Projects Abroad, qui a un bureau au Canada et qui gère des projets dans 26 pays. Depuis sa fondation en 1992, en Angleterre, Projects Abroad a piloté les «missions » de plus de 33 000 bénévoles.

Les possibilités sont multiples: cours d'anglais en Inde ou en Argentine, projet environnemental au Pérou ou au Vietnam, stage en journalisme au Sri Lanka ou en Roumanie, soins infirmiers au Népal ou aux îles Fiji. Sans compter les ateliers de sport en Jamaïque ou en Mongolie.

La durée des séjours proposés varie de deux semaines à plusieurs mois. Pour deux semaines, il faut prévoir environ 2000$, mais seulement 4000$ pour trois mois, en plus du coût du billet d'avion.

Pour l'Afrique, l'agence ne manquait pas de propositions: Maroc, Tanzanie, Ghana, etc. Mon choix s'est arrêté sur du bénévolat dans un orphelinat d'Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie qui est nichée au milieu des montagnes, à 2400 m d'altitude.

En quelques minutes à peine, je me suis inscrite par courriel. Le lendemain, la responsable de mon dossier entrait en contact avec moi.

Projects Abroad s'est chargé de tout, des billets d'avion à mon hébergement. J'ai pu voir comment s'organisait mon voyage en accédant à mon profil chaque jour sur le site de l'organisme. Toutes les informations dont j'avais besoin étaient là: le plan de vols, des informations de base sur l'Éthiopie, des conseils pour préparer mon voyage, les vaccins à recevoir, les directives pour obtenir mon visa à Ottawa, etc. C'était comme un Lonely Planet ou unRoutard personnalisé.

J'ai aussi pu faire connaissance avec ma famille d'accueil: Aster, la mère, son mari Molla, un ingénieur géologue, et leurs trois enfants: Gebriel, 11 ans, et ses deux petites soeurs, Dagmawit, 9 ans, et Tamir, 4 ans.

Avant de partir, les «volontaires» (c'est ainsi qu'on nous appelle) reçoivent même des précisions sur le quartier de leur famille d'accueil, sur la disposition de leur chambre et sur les plats qu'ils sont le plus susceptiblesde goûter.

Entre-temps, un employé du bureau local de Projects Abroad communique avec chaque participant. Pour ma part, elle s'appelait Weini. Et elle allait devenir une amie.

Le 25 avril 2010, j'ai donc atterri à Addis-Abeba un peu après minuit, après des correspondances à Amsterdam et Nairobi.

Sammy, le responsable du bureau éthiopien de Projects Abroad, m'attendait. Il était déjà trop tard pour dormir dans ma famille d'accueil. J'ai donc passé la nuit dans le bureau de Projects Abroad.

Le lendemain, pas le temps d'avoir un choc culturel; Weini m'a tirée du lit et, 10 minutes plus tard, j'étais dans un taxi partagé avec 15 Éthiopiens, au coeur du tourbillon d'Addis-Abeba. Lors de notre visite de la capitale, elle m'a donné des «conseils culturels», comme de prendre des photos avec modération en public. Un peu plus tard en journée Heidi, une bénévole venue des Pays-Bas, est arrivée. En soirée, nous avons rencontré notre famille d'accueil.

Le lendemain, c'était déjà le début de notre bénévolat à l'orphelinat. Nous avons fait la rencontre des enfants, appris à changer leurs couches à la façon éthiopienne, joué avec eux. Heureusement que le directeur, Fitsum, et que l'infirmière en chef, Metasabia, maîtrisaient l'anglais.

Chaque jour, il y a du nouveau à l'orphelinat Enat Alem: des petits abandonnés qui arrivent, la visite des médecins, des parents étrangers qui viennent chercher le bébé qu'ils ont adopté, la journée des vaccins, la journée des tests du VIH, la journée du bain, la journée « salonde coiffure».

J'ai passé beaucoup de temps avec deux petits garçons rieurs, Abel et Getnet. J'ai donné des cours d'anglais à Tsegenet. À 7 ans, elle est la plus vieille de l'orphelinat. Et si elle est toujours là, c'est pour qu'elle ne soit pas séparée de ses petites soeurs, des jumelles. Leur mère est vivante, mais se meurt du sida (voir un reportage complet sur l'orphelinat dans le cahier A).

Il y avait aussi Daniel, amateur de soccer, et Yordi, qui est arrivée à l'orphelinat dans les mains de la police quelques jours à peine après sa naissance. Abandonnée sur le bord du chemin, elle avait toujours son cordon ombilical.

Il y a des moments déchirants (voir les gardiennes pleurer quand un bébé part en adoption), mais aussi des moments heureux (quand un petit fait ses premiers pas). Il y a aussi des discussions fascinantes à l'heure du midi avec le personnel, qui vous en apprend plus sur la psyché du pays que n'importe quel guide de voyage. C'est le temps d'apprendre quelque mots d'amharique - la langue principale de l'Éthiopie -, de manger des injera (le plat traditionnel éthiopien), de se faire demander si on croit en Dieu, si c'est facile d'émigrer au Canada. Mais il y a aussi des sujets à éviter, comme tout ce qui touche à l'homosexualité, le mariage et la laïcité.

Il arrive par moments que le temps soit long, mais nous sommes libres de quitter l'orphelinat quand bon nous semble. Il faut aussi s'attendre à ce que les gens de l'orphelinat nous voient comme des riches donateurs aux poches sans fond.

Le soir, nous avons également le choix de souper ou non avec notre famille d'accueil, mais il faut se rappeler qu'on loge chez des gens, pas à l'hôtel. Pour ma part, j'allais souvent avant l'heure du repas dans un centre d'entraînement où il y avait de l'eau chaude. Il faut s'y attendre: un voyage solidaire n'a rien d'un tout-inclus à Punta Cana. C'est l'occasion idéale de savourer la lecture à la chandelle, de faire une sieste ou de jouer avec les enfants de sa famille d'accueil.

Chez Aster et Molla, il y avait toujours beaucoup d'action et de gens, que ce soit la jeune aide ménagère et cuisinière (qui s'en faisait beaucoup trop pour mon appétit), ou les frères et soeurs du couple. J'ai assisté à plusieurs cérémonies du café - une tradition éthiopienne -, notamment quand la fille d'une amie de la famille s'apprêtait à aller travailler à Dubaï chez des inconnus. Elle pleurait de terreur à l'idée de prendre l'avion...

Les week-ends sont libres. Les employés du bureau éthiopien d'Addis-Abeba aiment sortir avec les «volontaires» . Ils peuvent également guider ceux qui souhaitent s'envoler dans un autre coin du pays pour un grand week-end à saveur plus touristique. À tout moment ou pour toute urgence, on peut les joindre.

En avril dernier, nous étions environ une dizaine en Éthiopie, avec Projects Abroad. Il y avait notamment Claire, une Anglaise de 22 ans, qui travaillait dans une garderie, Jason, un jeune de 18 ans qui faisait un stage en journalisme, et Christine, une Australienne de 59 ans qui enseignait l'anglais.

Régulièrement, les gens de Projects Abroad viennent visiter les «volontaires» sur leur lieu de travail. Ils s'assurent que nous sommes satisfaits de notre projet et que notre famille d'accueil répond à nos besoins.

Il y a des moments où l'on se demande bien ce que l'on est venu faire ici et pourquoi l'on n'est pas sur une plage ou dans une région touristique de l'Europe. Mais la plupart du temps, le voyage solidaire est une grande expérience personnelle et culturelle. Or, s'il est facile d'arriver dans un orphelinat ou dans une famille d'accueil, c'est déchirant de tout quitter des semaines plus tard. Mais des liens se sont créés pour toujours, et c'est un plaisir de les maintenir de retour chez soi.

Pas pour tout le monde...

Un voyage solidaire dans un pays en développement, ce n'est pas pour les voyageurs qui veulent absolument avoir accès à CNN ou qui ont besoin d'eau chaude pour prendre leur douche. Les gens particulièrement dédaigneux devraient également s'abstenir. Il arrive néanmoins que des familles - payées pour accueillir des volontaires - ne respectent pas certains critères (avoir de l'eau embouteillée en tout temps, par exemple). Il faut alors avertir le responsable de notre projet.

Sites de voyages solidaires

Voici les adresses de quelques agences qui organisent des voyages solidaires:

- projectsabroad.com

- humanisvoyages.com (agence québécoise)

- tourisme-solidaire.uniterre.com

- voyageons-autrement.com

- routes-solidaires.com

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