Recherche Voyage

Écovolontariat: voir le monde de ferme en ferme

Les adeptes d'écovolontariat ou «wwoofing» offrent leur aide... (Photo fournie par Sarah Seené)

Agrandir

Les adeptes d'écovolontariat ou «wwoofing» offrent leur aide aux fermiers en échange du gîte et du repas. Ci-dessus: l'asinerie Les ânes en culotte, à Sainte-Anne-de-la-Rochelle, dans les Cantons-de-l'Est.

Photo fournie par Sarah Seené

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Stéphanie Dupuis

Collaboration spéciale

La Presse

Pour certains, c'est une façon de voir du pays à faible coût. Pour d'autres, c'est l'occasion de faire un retour aux sources. Bien connu chez nos cousins européens, le «wwoofing» (ou volontariat agrobio), qui consiste à offrir son aide en échange d'un logis et de repas sur une ferme, est aussi bien ancré au pays, où il enregistre une croissance constante. Tour d'horizon

Marier tourisme et bénévolat

Être logé et nourri en échange de quelques heures de travail par jour à la ferme, c'est un moyen économique de découvrir de lointaines contrées. Ou de faire de belles rencontres à quelques dizaines de kilomètres de chez soi. Récit.

«Au départ, je partais pour 10 jours. J'y suis restée deux mois», témoigne Sarah Seené, les yeux pétillants, au sujet de sa récente expérience de «wwoofing» dans les Cantons-de-l'Est. 

Échanger son aide contre un toit et de la nourriture, voici ce que propose Wwoof, une plateforme qui met en relation des bénévoles et des fermes biologiques. La plateforme est née dans les années 70 au Royaume-Uni et c'est près d'une quinzaine d'années plus tard qu'elle a fait ses premiers pas au Canada. 

Sarah Seené, artiste photographe, était à la recherche de nouveaux défis à la suite d'une déception professionnelle. «J'ai décidé de faire quelque chose de positif plutôt que de rester dans la colère», lance-t-elle. Originaire de Poitiers, en France, la jeune «wwoofeuse» a déménagé au Québec il y a un an et demi pour retrouver son bien-aimé québécois. 

Après quelques recherches sur une plateforme web de volontariat sur les fermes, l'artiste est tombée sur la page de l'asinerie Les ânes en culotte, située à Sainte-Anne-de-la-Rochelle, dans les Cantons-de-l'Est. «Un coup de coeur immédiat», raconte-t-elle. 

«J'ai tout de suite été attirée par le fait qu'elles forment un couple de deux femmes avec deux enfants, aussi des filles. L'aspect Girl Power en agriculture m'a conquise», raconte la photographe, qui s'est aussi reconnue dans la binationalité du couple d'accueil, française et canadienne. 

Les copropriétaires de l'asinerie Cécile Lacroze et Marie-Noëlle Brien, qui venaient tout juste d'avoir un désistement ont accueilli Sarah Seené dès le lendemain de sa demande, pour qu'elle y vive sa première expérience de volontariat sur une ferme.

L'artiste photographe Sarah Seené... (Photo fournie par Sarah Seené) - image 2.0

Agrandir

L'artiste photographe Sarah Seené

Photo fournie par Sarah Seené

Plus que des hôtes 

Cécile Lacroze et Marie-Noëlle Brien ont commencé leur aventure d'hôtes il y a trois ans, après avoir entendu l'histoire d'une de leurs amies qui avait croisé sur la route un «wwoofeur» égaré à la recherche d'une ferme pour y faire du bénévolat. Elles ont trouvé l'idée intéressante et ont vécu peu de temps après leur première expérience d'hôtesses. 

Depuis 2014, le couple accueille six ou sept bénévoles chaque été. Ces derniers logent dans une caravane située sur le terrain de l'asinerie. 

«Le "wwoofing", c'est vraiment parfait pour les besoins de jeunes entreprises agricoles qui ont peu de moyens», explique Cécile Lacroze, copropriétaire de l'asinerie Les ânes en culotte.

Sur place, on apprend aux aventuriers «le train». Il s'agit entre autres de nourrir les animaux, nettoyer les box, bref, la routine de tâches quotidiennes à faire à la ferme. Puisque l'asinerie se spécialise dans les cosmétiques faits à base de lait d'ânesse, les bénévoles sont aussi appelés à faire de la traite. «Une expérience inoubliable», se remémore Sarah Seené, tout sourire. 

Pour les «wwoofeurs», les journées de travail varient de quatre à six heures, et le séjour dure en moyenne trois semaines. À la fin de la journée, tous se réunissent autour de la table pour le souper. «Tout le monde devient un peu un membre de la famille», ajoute Cécile Lacroze, originaire de France, qui partage tous les repas avec les participants. 

Une forme de tourisme en croissance

Le tourisme actif tente de nouvelles approches pour «changer des activités quotidiennes», avance Alain Adrien Grenier, professeur de tourisme à l'École des sciences de la gestion (ESG), pour expliquer l'attrait du «wwoofing». 

Cette approche n'a pourtant rien de nouveau, note-t-il aussi. «Ça fait partie de la famille du tourisme agricole ou alimentaire. [...] Les gens cherchent à aller à la source du produit qu'ils consomment pour savoir comment il est fabriqué», lance le professeur. 

L'industrie du tourisme cherche par tous les moyens à fidéliser sa clientèle. «En offrant un séjour sur une ferme biologique, l'agriculteur crée un lien supplémentaire avec le consommateur qui, lui, sera beaucoup plus porté à acheter son produit par la suite», pense M. Grenier, qui souligne d'ailleurs certaines visées marketing des fermes derrière cette pratique.

À l'instar du «couchsurfing», qui propose à des hôtes de prêter un lit (ou un canapé) à des visiteurs pour faire leur rencontre, le volontariat agrobio se base sur le principe d'échange. Le «wwoofeur» apporte son aide à la ferme, et les hôtes le nourrissent et le logent.

La «wwoofeuse» Sarah Seené s'est tellement plu dans cet environnement qu'elle en a fait un lieu de résidence artistique. Elle a développé pendant ses deux mois d'occupation un projet photo avec pellicule argentique et polaroïd dont le but était de capter la sensibilité des ânes. 

«Au lieu de faire des travaux à la ferme tous les jours, parfois, elle prenait sa journée de "wwoofing" pour faire des photos de nos produits et des ânes», raconte Cécile Lacroze, tout en expliquant que l'échange peut se faire de plusieurs façons. 

Une formule d'échange qui fonctionne puisque les hôtesses et la bénévole continuent encore d'échanger par l'entremise des réseaux sociaux toutes les semaines.

Pourquoi «Wwoof»?

C'est l'acronyme de «World Wide Opportunities on Organic Farms».

L'âge des «wwoofeurs» varie généralement de 20 à... (Photo Carolyn Kaster, archives Associated Press) - image 3.0

Agrandir

L'âge des «wwoofeurs» varie généralement de 20 à 35 ans.

Photo Carolyn Kaster, archives Associated Press

Êtes-vous fait pour le «wwoofing»?

Tout le monde peut faire du volontariat agrobio, mais mieux vaut savoir dans quelle aventure on se lance... Quelques notions avant de partir.

Pour qui est-ce?

L'âge des «wwoofeurs» varie généralement de 20 à 35 ans, mais tous peuvent s'y adonner. L'aspect souvent physique des tâches demandées nécessite la majorité du temps des personnes en bonne forme physique. Tout dépend de l'expérience recherchée lorsque vous remplissez vos critères sur la plateforme web. Il est suggéré pour les «wwoofeurs» qui voyagent avec leurs enfants de sélectionner des hôtes qui ont aussi des enfants. Être de nature aventurière pour entamer une expérience d'écovolontariat peut faciliter les choses, puisque cette expérience permet de tester vos limites, loin des hôtels de luxe.

Quelles sont les tâches demandées?

Les tâches sont très diverses sur les fermes. Tout est à pourvoir selon les besoins de l'hôte ainsi que les capacités et les intérêts du visiteur. Le type d'aide varie, allant du jardinage aux projets de construction, en passant par la traite d'animaux, la cueillette d'oeufs, l'accueil de visiteurs et la coupe de bois. Du soutien informatique peut aussi rendre un grand service aux fermiers. C'est le voyageur qui choisit ses critères sur la plateforme web selon l'expérience qu'il souhaite acquérir sur place.

Pourquoi faire du «wwoofing»? 

C'est avant tout pour sortir des sentiers battus que les «wwoofeurs» décident de se prêter à l'aventure. Mais toutes les raisons sont bonnes, que ce soit pour découvrir de nouvelles régions, voyager à faible coût, rencontrer de nouvelles personnes, apprendre un nouveau métier, faire partager sa culture ou ses connaissances. Certains vont prêter main-forte à des fermiers pour découvrir aussi la source de leur alimentation et comprendre comment sont fabriqués les aliments qu'ils consomment. 

Comment devenir «wwoofeur»? 

Il suffit de s'inscrire sur le site internet de l'organisme participant de son choix et de remplir son profil en y décrivant ses intérêts, ses compétences et en ajoutant une courte description de ce que l'on recherche. Par la suite, pour utiliser la plateforme, il faut payer des frais d'adhésion qui varient entre 20 et 50 $, selon le pays. Une fois l'inscription terminée, il suffit de communiquer avec les hôtes. Sur place, il est souvent nécessaire d'avoir une assurance ou un visa pour les touristes étrangers. Les règlements diffèrent d'un pays à l'autre.

Où faire de l'écovolontariat? 

Il est possible de faire du «wwoofing» sur tous les continents dans 132 pays. Il suffit de trouver l'endroit qui convient le mieux selon l'expérience souhaitée. Au Québec, près de 200 fermes s'offrent comme hôtes, et au Canada, près de 850. Les fermes certifiées biologiques ou étant en transition vers ce type d'agriculture peuvent s'offrir comme hôtes. 

Plateformes web au service de l'agrotourisme

- HelpX: www.helpx.net

- WorkAway: www.workaway.info

- Wwoof: wwoof.ca/fr

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Voyage

Tous les plus populaires de la section Voyage
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Destinations

Asie Europe Afrique Amérique latine Océanie États-unis Canada Québec

publicité

Autres contenus populaires

image title
Fermer