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Du pâté chinois en Afrique (la suite)

Dans les rues de Watamu...... (Photo: Bruno Blanchet)

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Dans les rues de Watamu...

Photo: Bruno Blanchet

Bruno Blanchet, collaboration spéciale
La Presse

(Watamu, Kenya) (La semaine dernière, Bruno a préparé un plat de pâté chinois et l'a apporté dans une famille africaine, dans le but de faire un échange culturel culinaire. Mais il a oublié un détail important...)

La famille m'attendait devant la porte. Ils s'étaient habillés pour l'occasion.

Je descends du taxi. Je suis anxieux. Benny vient à ma rencontre.

«Benny, j'ai oublié quelque chose.

- Quoi donc?

- Le ketchup!

- Le quoi?»

Ici, le mot ketchup ne correspond à rien. C'est comme si je débarquais chez vous, et je vous disais: «Magali, j'ai oublié le pili pili!» (sauce piquante ou piment, selon la région). Parce qu'au Kenya, on appelle le ketchup de la «sauce tomate».

Et la sauce tomate? De la sauce tomate.

Je devrai aller moi-même au marché. Benny tente de me retenir.

«Mais non! Ce n'est pas si grave...»

J'insiste.

«Si, justement! Sans ketchup, l'expérience ne sera pas totale!

- L'expérience? Ah bon... Sommes-nous des cobayes?»

Elle rigole. Je réfléchis à haute voix.

«Hum. Si l'on considère qu'il y a environ un million de lecteurs (j'aime les chiffres ronds) qui attendent depuis une semaine le résultat du face-à-face entre l'Afrique et le pâté chinois...

- Nous sommes des cobayes.

- Exact.

- Va chercher la sauce tomate.»

À mon retour de mission, ketchup sous le bras, confiant, je cogne à la lourde.

«Salut la compagnie!»

Benny m'ouvre et me présente son frère Modi, sa tante Alice et ses cousins: Bill Clinton, John Kennedy et George Bush. Pardon?

Évidemment, j'éclate de rire!

«And my name is Arnold Schwarzenegger», que je leur lance, comme un clown, croyant à une blague.

Ha ha! Ce sont leurs véritables prénoms! Ma mission d'ambassadeur «du pays du pâté chinois» commençait drôlement bien: j'étais rouge comme l'étiquette de Heinz.

Benny, compréhensive, m'a alors expliqué qu'au Kenya, dans certaines tribus, les parents choisissent un prénom en lien avec les circonstances entourant le moment précis de la naissance de l'enfant.

Ainsi, il ne faut pas s'étonner de croiser ici des Soleil, des Nuit, des Pluvieuse, des Amour, des Premier, des Chanceux; mais aussi des Obama, des Osama, des Kofi Annan, des Surprise, des Cadeau, et même un... Transistor Radio - Big Pete l'a rencontré!

Mystère (tiens, ça ferait un beau prénom) ...

Une fois ma honte dissipée, et l'atmosphère réchauffée (j'avais apporté une bouteille de rouge), nous sommes passés à table.

Pour représenter le Kenya, tante Alice m'a servi un boeuf aux tomates et aux oignons, accompagné d'un bol d'ugali, le mets national du Kenya, qui ressemble à s'y méprendre à de la colle à tapisserie, mais qui est en fait un motton de farine de maïs bouillie, que l'on saisit avec la main, pour en faire une boulette, et dont on se sert comme d'un ustensile pour vider son assiette. Pas facile à manipuler au début, mais fort amusant à la longue: c'est comme manger et faire de la plasticine, en même temps. Et pour légume d'accompagnement, un plat de greens, comme ils appellent ici une espèce d'épinard local avec des feuilles en caoutchouc qu'il faut bien savoir assaisonner (je le sais, j'ai essayé, et Boris a cru que je voulais l'empoisonner).

Puis, représentant le Canada, fébrile, j'ai servi à mes hôtes le fumant mets des pays froids, le pâté chinois, que j'avais légèrement adapté aux couleurs de l'endroit; avec l'ajout subtil de pommes de terre douces et de carottes, d'un soupçon de navet et de quatre tranches de bacon (à 9 $ le paquet de 12 tranches, vous comprendrez la subtilité).

Benny, le frère et les cousins ont alors joint leurs mains en prière, et tante Alice m'a demandé de réciter la prière avant le repas.

Ha!

Je me souvenais d'avoir vu ça dans un film, alors, je me suis levé, et j'ai baragouiné un truc sur un ton vaguement religieux, avec les mots Dieu, merci, Jésus, Marie et alléluia. Deuxième moment d'embarras... Comme je me rasseyais, Benny ajoute «amen».

Oups! Je me disais bien, aussi, que ça ne finissait pas avec «bon appétit, les amis».

Sans attendre une seconde de plus, tout le monde a attaqué son plat de pâté chinois.

Et un silence troublant a empli les lieux.

(à suivre)

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