Diane Labelle, Amérindienne bispirituelle

Diane Labelle... (Photo Daphné Caron)

Agrandir

Diane Labelle

Photo Daphné Caron

Partager

Catherine Perreault-Lessard / URBANIA

D'origine mohawke, Diane Labelle habite sur la réserve de Kahnawake. En couple avec une femme depuis une quinzaine d'années, elle ne se considère pas comme lesbienne, mais bien « bispirituelle ».

Bispirituelle, c'est un synonyme d'homosexuelle, c'est ça?

Non, pas du tout. Un bispirituel, c'est quelqu'un qui est ni typiquement homme, ni typiquement femme, mais quelque part entre les deux sexes. Chez les autochtones, on dit qu'il est du « troisième genre ». Cela dit, il y a des individus homosexuels qui sont bispirituels.

Est-ce qu'on naît ou on devient bispirituel?

Ni l'un, ni l'autre. Tout dépend du rôle que l'individu décide de jouer dans sa communauté. Le bispirituel, c'est le médiateur, celui qui négocie entre deux pôles : ça peut être entre les hommes et les femmes, entre les autochtones et les non-autochtones, etc. Autrefois, par contre, ce n'était pas l'individu qui déterminait s'il était bispirituel, mais les Anciens.

De quelle façon?

Dans certaines tribus, on organisait des cérémonies avec de la danse, à laquelle toute la communauté prenait part. On plaçait l'enfant qu'on soupçonnait d'être différent dans un cercle entouré de feu et on lui demandait de choisir un objet important pour lui à l'intérieur : un panier, une arme de chasse, etc. En fonction de son choix, on pouvait ensuite dire s'il était bispirituel. Le cas échéant, les parents confiaient leur enfant aux Anciens, afin qu'ils poursuivent son éducation.

Il était donc marginalisé?

Au contraire! Les bispirituels jouaient un rôle très important dans la communauté : ils étaient responsables de l'équilibre entre le « féminin » et le « masculin ». D'ailleurs, puisqu'il s'agissait d'un être spécial, avec un don, c'était tout un honneur d'être leur partenaire.

Est-ce toujours le cas?

Non, du tout. Lorsque les Européens sont arrivés sur le continent, au 14e siècle, les bispirituels ont commencé à être marginalisés. On les a incarcérés, brûlés et même lancés dans des fosses remplies de chiens. Ce sont les Européens qui ont implanté la notion d'hétérosexualité dans nos communautés. Auparavant, ça n'existait pas. Les autochtones étaient des êtres très libres.

Aujourd'hui, y a-t-il beaucoup d'homophobie dans les communautés?

Oui, surtout depuis l'époque des pensionnats. Il y a eu beaucoup d'abus sexuels et on a enseigné aux enfants que l'homosexualité était un péché. Résultat, on tolère mal la différence et, par conséquent, les jeunes homosexuels ont de la difficulté à s'accepter. Certains d'entre eux viennent parfois me parler de leurs problèmes de genre ou de sexualité... Je suis certaine que s'ils étaient capables de les gérer, il y aurait moins de suicides chez les autochtones.

Et, pour vous, a-t-il été difficile de vivre votre homosexualité à Kahnawake?

Oui, ça a été horrible. J'ai connu des moments très difficiles. Je devais cacher mon auto, je recevais des appels à la maison et j'ai même perdu mon emploi parce que j'étais lesbienne. Pourtant, j'ai décidé de rester dans la communauté avec ma conjointe. Et la situation a changé avec le temps.

Pourquoi dites-vous ça?

L'autre jour, j'ai vu deux jeunes gais se tenir par la main dans le village. Je me suis dit, tiens, il y a de l'espoir!

>>> Abonnez-vous à Urbania!




publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer