Sang croisé

Les Hannequart conçoivent des mots croisés depuis le début des années 1970.... (Photo: Mathieu Rivard, Urbania)

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Patrick Bellerose, Urbania
Cyberpresse

Les Hannequart conçoivent des mots croisés depuis le début des années 1970. Dans la famille, le secret de la verbicrucie se transmet comme la couronne royale: de génération en génération. Michel Hannequart est aujourd'hui à la tête de cette étrange dynastie.

Michel Hannequart, en plus de ressembler à Michel Rivard, est la rock star des mots croisés au Québec. En effet, depuis qu'il a repris la petite business familiale fondée par son père, Michel créé chaque jour dans son bungalow de St-Bruno la majorité des mots croisés de la province. En compagnie de sa conjointe Martine et de leur fils, Étienne, il publie quotidiennement des jeux dans six journaux différents, dont le journal La Presse, ainsi que les livres Les mordus.

Pourtant, chez les Hannequart, on devient verbicruciste presque contre son gré. Maurice, le patriarche, rêvait d'être journaliste, Michel voulait quant à lui devenir photographe. «Mon père, a commencé à remplir des mots croisés par ennui», raconte ce dernier. Maurice Hannequart, un Français expatrié au Québec, travaille alors au Journal de la femme. Entre deux articles à saveur féministe, il devient junkie des grilles et commence à en concevoir. Au début des années 1970, il obtient le poste de verbicruciste du journal La Presse.

À l'époque, pas de Mac, pas de dictionnaires électroniques ou de grilles montées à l'aide d'un logiciel. Maurice Hannequart compose ses mots croisés à la main. Penché sur son bureau, il aligne les mots sur une feuille, trouve les définitions, puis remplit les cases noires au pinceau. Les épreuves sont ensuite livrées en mains propres à La Presse, qui les imprime le soir venu. Ce processus demeure inchangé jusqu'en 1995!

«Mon père est un peu spécial, reconnaît Michel. Il est passionné d'histoire et maniaque des chiffres en plus d'être doté d'une mémoire encyclopédique.» De plus, l'homme est aussi discipliné qu'un moine franciscain un jour de carême. «Lorsqu'il travaillait, il s'enfermait dans son bureau. S'il réussissait à compléter une demi-grille en deux heures, il s'imposait ensuite de faire la seconde partie dans un délai moindre.»

Chassé-croisé

Les débuts de Michel sont plus modestes. À l'âge des premiers slows et des boutons d'acné, son père lui confie le département des mots mystères. «Mais je me suis vite emmerdé et j'ai arrêté», avoue-t-il. Le jeune de 14 ans aspirait alors à devenir photographe professionnel, une passion qui l'habite encore aujourd'hui. «Ça n'a pas vraiment marché. Ce que je savais vraiment bien faire, c'était les mots croisés.» Il commence donc à faire de petits contrats pour son père. Quand Maurice accroche sa plume en 1991, il le remplace à pied levé et devient le coeur de l'empire du mots croisés Hannequart.

Entre temps, en 1982, l'amour frappe Michel de plein fouet. Celle qui met de la brume dans ses lunettes ne s'appelle pas Ginette, mais Martine Ferron. Comme lui, elle vient de Longueuil et est une fan de mots croisés. Les deux tourtereaux passent d'ailleurs une de leur première date à remplir une grille des Mordus. «Je pense que je l'ai impressionné», dit Martine en riant. Avocate en droit matrimonial, elle a exercé pendant 15 ans avant de tout laisser tomber pour se consacrer elle aussi à l'univers des petits carrés noirs et blancs. «Je trouvais les grilles plus amusantes que les couples en instance de divorce!»

Ce qui l'a séduite chez cet homme timide et effacé? «Michel a beaucoup d'humour, dit-elle. Il adore faire des jeux de mots.» Des exemples? Pour faire référence à Jeanne d'Arc, un verbicruciste écrirait normalement «pucelle qui a voulu libérer la France». Michel, lui, donne plutôt la définition: «Femme au foyer». En plus de ces jeux d'esprit, il s'amuse parfois à tromper les amateurs en insérant un mot ayant le même nombre de lettres qu'une autre solution plus simple. «Des fois, je ris tout seul en pensant au mal que les lecteurs vont se donner pour trouver une solution», avoue-t-il.

Les jeux, c'est sérieux

Aujourd'hui, les Hannequart travaillent comme les Dion : en famille. À l'instar de son père, Étienne, 23 ans, ne pouvait envisager une vie hors des jeux d'esprit. «Je ne savais rien faire d'autre», avoue le jeune homme. Il est aujourd'hui responsable du montage graphique des grilles. «J'ai aussi commencé à faire des définitions, mais pas les solutions», explique-t-il.  Les grilles, c'est l'affaire de Michel. Bien que les logiciels l'aident à trouver des définitions, il continue d'aligner les mots de façon artisanale. «Quand on arrive à une impasse, on met une case noire», explique le père. Chez les verbicrucistes, on considère qu'une grille moyenne comprend environ 12% de cases noires. À 6%, on parle d'un exploit. Monter une grille est un art. Martine en sait quelque chose. Après quelques années à assister son conjoint, elle s'est récemment vue confier les mots croisés pour enfants que la famille publie depuis janvier. «On veut fidéliser notre future clientèle!», affirme Michel.

Si ce dernier doit s'entourer, c'est que la petite entreprise a grossi depuis l'époque du père Hannequart. Avec des associés, Michel a fondé Ludipresse, qui publie des jeux au Québec et en France. Les 12 premiers tomes des Mordus se sont vendus à plus de 45 000 exemplaires, soit une moyenne de 4 000 chacun. Des best-sellers! L'industrie de la verbicrucie peut être lucrative. Pour les éditeurs de journaux, les mots croisés représentent d'importants revenus : les ventes sont plus élevées les jours où les grandes grilles sont publiées.

Conscients de cette réalité, les Hannequart ont finalement développé de nouveaux produits pour entretenir la dépendance des amateurs. En plus de plonger dans l'univers du sudoku, Michel a repris un concept développé par son père, la Super Grille, et l'a adaptée en la basant sur l'actualité : une nouvelle façon de se maintenir au sommet du trône et pour nous... de nous creuser un peu plus les méninges aux toilettes.




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