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«Tu as l'air fatiguée»: ces commentaires dont on se passerait

«Quand on ne va pas très bien, la... (photo thinkstock)

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«Quand on ne va pas très bien, la dernière chose qu'on a envie d'entendre, c'est: "Mon Dieu que tu as l'air fatiguée". On le sait, pas besoin d'en rajouter! Il faudrait plutôt proposer à la personne de l'aider», dit la Dre Stéphanie Léonard, psychologue.

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Olivia Lévy
La Presse

«Tu as maigri!», «Tu n'aurais pas besoin de vacances?»: pourquoi fait-on ce genre de commentaires qui suscitent malaise et frustration? Explications.

«Tu as l'air fatiguée», «Tu as maigri!», «Tu n'aurais pas besoin de vacances, toi?», «Je ne sais pas comment tu fais». Ce sont de petites phrases anodines que tout le monde prononce à un moment ou à un autre et qui font plus de tort que l'on ne croit, car, avouons-le, elles sont irritantes.

«Entendons-nous, on fait tous ce genre de remarques, mais il y a des gens champions en la matière qui manquent vraiment d'habiletés sociales, affirme la Dre Stéphanie Léonard, psychologue. Et quand on ne va pas très bien, la dernière chose qu'on a envie d'entendre, c'est: "Mon Dieu que tu as l'air fatiguée". On le sait, pas besoin d'en rajouter! Il faudrait plutôt proposer à la personne de l'aider», pense-t-elle.

Mais pourquoi, alors, fait-on ce genre de commentaires? Pourquoi dire à des parents débordés qui courent toujours entre leur travail, les nombreuses activités de leurs trois enfants, leurs parents vieillissants et leurs projets de rénovations: «Je ne sais pas comment vous faites»?

«C'est parfois pour combler un vide, mais c'est aussi de la maladresse. Ça fait partie de nos conventions sociales.»

«Dans les conversations avec des gens qu'on ne connaît pas très bien, il y a parfois un silence, alors on lance une phrase toute faite. C'est comme lorsqu'on demande "Comment ça va?" On le fait par automatisme et on ne s'attend pas à ce que la personne nous réponde "Ça va mal, et toi?", alors on dit sans réfléchir que tout va bien même si on vit une période difficile», explique la Dre Léonard. Selon elle, ces petites phrases dont la tournure est négative tout comme le ton sont dites sur le mode «passif agressif».

Elle ajoute qu'il existe de grands anxieux sociaux qui sont souvent mal à l'aise et vont dire des choses inappropriées sans vraiment s'en rendre compte. «Il faut toujours penser à ce qu'on aimerait se faire dire. Il y a des gens qui sont un peu déconnectés des autres, qui manquent d'empathie et qui ne voient pas lorsqu'une personne est plus sensible ou vit une période plus difficile», indique la psychologue.

Pourquoi mettre l'accent sur le négatif?

Marc Boilard, conférencier et auteur du livre Soyez compris, pense que c'est de l'empathie déguisée. «Ce genre de commentaire se veut bienveillant, mais c'est une critique. Même si ça peut partir d'un bon sentiment, c'est rarement bien reçu. C'est comme si la personne s'inquiète de ton état, mais en même temps, elle ne remarque que l'aspect négatif de ta vie. Ça fait partie de notre nature humaine profonde, cette propension à critiquer et à ne retenir que le négatif. Que voulez-vous ! Moraliser, c'est démoralisant, car ces petits commentaires sont déprimants», estime Marc Boilard.

Il rappelle que les deux principes de la communication sont la transparence et la vulnérabilité. «Est-ce par souci de protection qu'on lance ces petites phrases ? Est-ce un réflexe?» demande-t-il. 

«Chose certaine, la diplomatie est un art qui n'est pas à la portée de tous.»

«J'ai une amie qui, lorsqu'elle me voit, me dit toujours que j'ai maigri! Vraiment? Peut-être est-ce parce que j'ai le visage amaigri? Que je ne suis pas maquillée ? Ou alors avais-je des kilos en trop? s'interroge Catherine Lenoir, 43 ans. Je ne sais pas trop comment le prendre, ce n'est pas franchement agréable de se faire dire ça, mais je sais qu'il n'y a pas de méchanceté dans son commentaire.»

Malaise et frustration

La Dre Stéphanie Léonard évoque le fait que ces remarques s'accompagnent d'une charge émotive qui suscite malaise et frustration. Qu'est-ce qu'on répond à ça? «Il ne faut pas se justifier, mais laisser comprendre qu'on n'apprécie pas ce genre de commentaires. Ce n'est pas toujours facile de remettre les gens à leur place et, surtout, ça ne favorise pas le dialogue.»

Elle apporte cependant une nuance : tout dépend de la relation que nous entretenons avec la personne qui nous fait les remarques. Moins on est proche d'elle, moins c'est approprié. «Parler de l'apparence physique de quelqu'un, ça reste très personnel, donc très délicat, mais si c'est une amie proche et que vous vous inquiétez, ne plongez pas dans votre sac de phrases préconçues et demandez-lui plutôt si vous pouvez faire quelque chose pour elle.»

Ce qui est inquiétant, c'est que nous perdons la capacité d'être à l'aise socialement. «On l'est de moins en moins, car on veut aller au plus simple et au plus rapide, alors on envoie des textos et on ne se parle plus. Et si on apprenait à faire des compliments?», suggère Marc Boilard.

De son côté, la psychologue Stéphanie Léonard pense qu'il faudra donner des cours d'habiletés sociales pour apprendre aux gens à s'exprimer de manière adéquate. «On ne sait plus comment interagir, et ça ne va pas s'améliorer, car on perd le contact humain avec tous les moyens virtuels que nous utilisons au quotidien pour communiquer.»

«« On a peur d'être en contact avec des gens qui vivent des choses difficiles. Il y a un grand malaise dans les communications et dans les relations. » - La Dre Stéphanie Léonard, psychologue»





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