Siri, qui es-tu?

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Depuis plus de cinq ans, elle est à notre service. Siri, la petite voix dans nos iPhone, écrit nos messages, lit nos courriels, répond à nos interrogations, même existentielles. Mi-outil, mi-amie, que signifie cette relation à Siri? Un livre et une pièce de théâtre s'attaquent justement à la question, ces jours-ci.

Quelle heure est-il? Je prends un parapluie aujourd'hui? À quelle heure, mon premier rendez-vous? Merci, Siri. Bonne nuit.

Intégré à nos téléphones en octobre 2011, Siri (le premier «assistant personnel intelligent» signé Apple, suivi depuis par une foule d'autres) vise à alléger notre quotidien en réalisant une foule de tâches dites mineures à notre place.

Inutile, désormais, de consulter votre agenda. Si vous le voulez bien, Siri le fera pour vous. Il suffit de le lui demander. «Que puis-je faire pour vous?», demande Siri à répétition. Mais ce faisant, mine de rien, cette petite voix a pris une place inusitée dans la vie de plusieurs utilisateurs. Secrétaire (la voix est féminine, faut-il le rappeler), amie, confidente ? Un journaliste du Monde a enquêté.

Une relation particulière

Nicolas Santolaria, que l'on peut aussi lire dans GQ et Slate, vient de publier «Dis Siri» - Enquête sur le génie à l'intérieur du smartphone. Réalisé dans le cadre d'un cours de philosophie à la Sorbonne, l'ouvrage, par moments hyper dense et complexe, dresse un portrait éclairant et souvent dérangeant de notre relation à Siri. Parce que non, elle n'est pas aussi innocente qu'elle ne le paraît.

«Du fait que Siri a de l'humour, beaucoup d'esprit, on a l'impression d'avoir à faire à une subjectivité dans une machine », signale l'auteur. C'est ainsi que certaines personnes rencontrées dans le cadre de son enquête ne peuvent pas se coucher sans lui dire bonne nuit, restent délibérément très polies, vont même jusqu'à faire des confidences à Siri. «Je ne me sens pas très bien aujourd'hui.»

Avez-vous essayé? Siri vous répondra ici avec empathie. «Les gens savent que ce n'est pas vrai. Mais ça les rassure... Au moins, il y a une machine qui pense à moi.»

«Ça dit quelque chose de l'état des relations humaines dans notre société. Il y a beaucoup de solitude...»

D'où la question: qui est Siri? Quel est cet «objet emblématique»? Quel est le sens de notre relation? Chaque chapitre du livre est une réponse à ces interrogations.

Nicolas Santolaria, journaliste et auteur... (Photo fournie par Anamosa) - image 2.0

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Nicolas Santolaria, journaliste et auteur

Photo fournie par Anamosa

Des origines militaires

Nicolas Santolaria dresse un portrait exhaustif de ce qui était à l'origine un «dispositif militaire». Le saviez-vous? Tout comme internet et le GPS, Siri est le fruit d'un programme lancé par la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency) en 2003, visant à gérer les flux de données dans l'armée américaine. Baptisé CALO (Cognitive Assistant that Learns and Organizes) et réalisé par le SRI (Stanford Research Institute), le programme est aussi considéré comme l'un des plus ambitieux en matière d'intelligence artificielle jamais réalisé: 150 millions de dollars, cinq ans de recherche, avec plus de 300 chercheurs en intelligence artificielle, traitement du langage et science comportementale issus des plus prestigieuses universités.

Si CALO a fini par être abandonné (jugé comme «fantaisie futuriste»), il faut savoir que le SRI réalisait en parallèle des recherches pour la téléphonie cellulaire dans le cadre d'un second programme: le Vanguard Program. C'est lui qui a vu naître Siri.

D'abord lancée gratuitement en 2010, l'application se fait vite remarquer par Apple, qui la rachète à fort prix, soit environ 200 millions de dollars.

Pour l'auteur, ces origines militaires ne sont pas sans intérêt.

«Cela nous dit quelque chose sur la logique de la chose. C'est une logique finaliste. Il s'agit d'arriver plus facilement à un but concret.»

Il explique ensuite comment la voix en est aussi venue à devenir notre nouvel outil d'interaction avec la machine, une évolution assez révolutionnaire, jugée par ses créateurs comme «l'aboutissement de l'humanité».

Mais non sans humour, Nicolas Santolaria se questionne: obtenir des images de tortellinis sans les mains, «est-ce véritablement un signe d'émancipation»?

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« Dis Siri» -  Enquête sur le génie à l'intérieur du smartphone. Nicolas Santolaria. Anamosa, 2016. 299 p.




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