Vivre sans permis

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Obtenir son permis de conduire est synonyme de liberté pour beaucoup de personnes. Mais, pour près du quart de la population en âge de conduire, il n'en est rien. Trop cher, inutile et polluant... Pourquoi apprendre à conduire alors qu'il y a d'autres moyens de se déplacer? Quatre «sans-permis» se confient.

L'écolo

Vivre sans permis de conduire ne gêne pas Benoit, 43 ans, père de deux enfants de 10 ans et 2 mois et très soucieux de l'environnement. «La vie des enfants est organisée en fonction de déplacements actifs ou des transports en commun. On se débrouille très bien», dit-il.

«C'est certain que c'est plus long. Ma fille a des cours au centre Claude-Robillard, ça prend 35-40 minutes pour s'y rendre, et je pense qu'avec une voiture, ce serait la moitié de ce temps. Mais le coût d'une voiture, c'est quoi, au moins 5000 $ par année? On peut faire beaucoup de choses avec ça.» 

Il estime qu'il y a aussi des considérations environnementales non négligeables. «J'ai envie de céder à nos enfants un monde qui ne se soit pas détérioré. On est organisé autour du pétrole, mais c'est une ressource qui s'épuise et qui fait des ravages. Ma belle-mère me disait: "C'est irresponsable, tu dois conduire! Tu vas avoir un petit bébé!" Mais c'est irresponsable de conduire! Je ne contribue pas à massacrer le monde où mes enfants vont vivre», plaide-t-il. 

Son réseau d'amis n'a pas de voiture non plus. Sa conjointe conduit et utilise parfois les services de Communauto. Benoit se déplace et voyage alors autrement. Il raconte qu'il est déjà allé en covoiturage puis en taxi jusqu'au Labrador. «J'ai appelé le seul taxi de la ville de Wabush au Labrador qui est venu jusqu'à moi, à la frontière québécoise, et ça m'a coûté 50 $!», s'exclame-t-il.

Sans nécessairement acheter de véhicule, n'est-il pas pratique de simplement savoir conduire? Benoit estime qu'il y a un coût aussi pour apprendre à conduire, de temps et d'argent, comme le paiement annuel du permis. «Si je pouvais claquer des doigts et avoir mon permis de conduire, je l'aurais probablement! C'est un atout supplémentaire, dit-il. Mais en même temps, ne pas l'avoir, c'est un engagement ferme contre la voiture. C'est cohérent avec mes choix économiques, politiques et environnementaux. C'est un mode de vie sacro-saint.»

Bernard Déry, 57 ans, n'a jamais eu de... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE) - image 2.0

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Bernard Déry, 57 ans, n'a jamais eu de permis de conduire.

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La famille avant tout

Bernard Déry, 57 ans, n'a jamais eu de permis de conduire. Il habite Rosemont, où il a élevé ses trois filles, qui ont aujourd'hui 34, 30 et 27 ans. «Ça ne nous a pas gênés. J'ai priorisé d'autres dépenses. On a acheté une maison, on a payé les études de nos filles, la famille passait en premier», dit-il en soulignant le coût élevé d'une automobile. 

«Tout le monde me disait dans mon entourage: "Tu as besoin d'une auto pour la famille!" Pas du tout! En transport en commun et de temps en temps en taxi, on se déplace très bien. Avec le recul, aujourd'hui, je ne regrette rien.» Il souligne qu'il n'a jamais eu de difficulté à se rendre en autobus avec toute sa petite famille au chalet de ses beaux-parents à Rawdon. Et Bernard n'a jamais demandé à qui que ce soit de se faire raccompagner. «Lorsqu'on a un ami qui achète une camionnette, tout le monde lui demande de l'utiliser pour déménager. Je voulais éviter que les gens se sentent obligés de nous accompagner», raconte-t-il.

Mais, pour la première fois de sa vie, le Montréalais pense à apprendre à conduire. Il s'est blessé à la cheville, est en arrêt de travail et il a du mal à se déplacer. De plus, sa femme et ses filles font pression. Car il a une passion, celle de photographier les paysages du Québec. Et depuis quelques années, maintenant que sa femme a son permis de conduire, ils font de nombreux voyages en Gaspésie, à Rimouski, au Lac-Saint-Jean. Ils arpentent alors tous les week-ends les routes du Québec.

«Mon épouse commence à se fatiguer de parcourir toute cette route en étant la seule qui puisse conduire. Pour la première fois, je ne travaille pas, je suis à la maison et j'ai envie d'aller faire de la photo et de me débrouiller tout seul. Je vais trouver ça très drôle de suivre des cours et d'être entouré d'adolescents qui rêvent de conduire! J'ai le coeur jeune!», dit-il. 

«En même temps, dans 10 ans, il y aura des voitures électriques intelligentes sans chauffeur!»

Sylvie, 56 ans, utilise fréquemment le taxi pour... (PHOTO DAVID BOILY, archives LA PRESSE) - image 3.0

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Sylvie, 56 ans, utilise fréquemment le taxi pour se déplacer à Montréal.

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L'amie des taxis

Sylvie, 56 ans, est styliste et costumière. Elle a toujours les bras chargés de vêtements, tissus, costumes, manteaux, chaussures qu'elle transporte d'un plateau de télévision à un autre et, malgré cela, elle ne conduit pas. «Tous les chauffeurs de taxi de la compagnie Coop me connaissent! lance-t-elle. Tellement qu'on se donne des nouvelles de nos familles! Dès qu'ils me voient, ils ouvrent tout de suite le coffre de leur voiture.» 

Pendant une longue période, sa cousine, qui avait une voiture, a travaillé avec elle. Puis, c'est son père qui a été son chauffeur pendant 10 ans. «Je suis toujours entourée de gens qui adorent conduire et qui sont ravis de m'avoir comme passagère. Ça me donne aussi l'occasion de passer du temps avec mes amies! Sinon, je m'organise», plaide-t-elle. 

«C'est vrai que je quête des lifts, mais ça ne cause pas de problème, les gens savent que je ne conduis pas et je fais des beaux cadeaux en échange!»

Elle avoue cependant qu'elle a un gros budget de taxi et que, professionnellement, on lui rembourse ses dépenses au même titre qu'on paie le kilométrage pour ceux qui utilisent leur automobile. «Mais moi, je ne cherche jamais de stationnement. Je marche, je prends l'autobus et j'ai mon mari qui conduit.» Elle reçoit souvent des commentaires de gens étonnés qui lui disent: «Ah, tu ne conduis pas? Incroyable!» 

«J'ai 56 ans, je pense que je serais une bonne conductrice. Ça me manque parfois quand je suis à la campagne, où je passe mes week-ends, mais sinon, franchement, je m'arrange très bien sans conduire», dit-elle.

Sylvie Couture, 58 ans, marche beaucoup, fait du... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE) - image 4.0

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Sylvie Couture, 58 ans, marche beaucoup, fait du vélo et prend les transports en commun.

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Pas d'appétit pour la conduite

Sylvie Couture, 58 ans, marche beaucoup, fait du vélo et prend les transports en commun. 

«Quand je sors de la ville, c'est plus complexe, je ne suis pas aussi autonome que je le voudrais et je dois m'organiser avec des amis. On remplit les autos, c'est économique et plus écologique!»

À 18 ans, elle a suivi ses cours de conduite, mais elle ne s'est jamais présentée à l'examen. «Ça ne m'a pas jamais vraiment tentée de conduire. J'avoue que j'ai un peu peur en auto, alors je ne me voyais pas conduire. Je n'ai pas les moyens d'avoir une auto non plus. À mon âge, je ne vais pas m'y remettre!», dit celle qui aimerait toutefois avoir un meilleur service de transports en commun la nuit.




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