Aimer les mal-aimés

Daniel Latif, journaliste et inconditionnel du BlackBerry.... (Photo fournie par Daniel Latif)

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Daniel Latif, journaliste et inconditionnel du BlackBerry.

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Qu'ont en commun le BlackBerry et la Wii U? Dans les deux cas, leur fabricant dominait outrageusement le marché il y a à peine 10 ans avant de subir un irrésistible déclin. Qu'à cela ne tienne, à contre-courant des tendances, les deux ont gardé leur horde d'inconditionnels. Pourquoi? Ils s'expliquent.

Le clavier, la sécurité et l'anticonformisme de BlackBerry

Ne leur dites pas que BlackBerry a grappillé à peine 0,1 % du marché l'an dernier et que bien des analystes se demandent comment l'entreprise existe encore. Pour les derniers des Mohicans qui l'utilisent, le BlackBerry est l'équivalent d'une voiture de collection, un appareil sobre et efficace loin des modes.

Daniel Latif, un journaliste français qui publie notamment dans Le Monde et Le Point, n'a jamais laissé tomber cette marque depuis son coup de foudre, en 2007. Il savoure secrètement l'étonnement ou la pitié de ceux qui ont acheté un téléphone plus à la page. Il s'en est expliqué longuement dans un blogue publié sur le site du Monde l'an dernier.

«Je passe pour un marginal, résume-t-il au bout du fil. Les gens me disent: "Tu n'as pas telle ou telle application." Mais je n'en ai pas besoin! J'ai les courriels, les SMS, je vais sur l'internet. Mon BlackBerry Q10, que j'ai depuis 2012, est robuste, il ne bogue pas, il fait tout ce que j'attends de lui.»

«Un peu mouton noir»

Francisco Randez, mannequin, restaurateur et animateur d'émissions, notamment au canal Évasion et à Rythme FM, s'amuse lui aussi des regards que suscite son BlackBerry Priv. Premier modèle du fabricant canadien à utiliser le système d'exploitation Android, il a conservé son fameux clavier qu'on dévoile en le faisant glisser vers le bas.

«Je le dis avec un clin d'oeil, j'ai toujours été un peu mouton noir. Par contre, les partisans d'iPhone sont comme dans une secte: on dirait des vendeurs Amway, tu as l'impression qu'ils ont un pourcentage des ventes.»

Il adore par ailleurs taquiner les fans d'Apple, aux prises selon lui avec des bogues incessants, dont les appareils beaux mais fragiles sont rapidement désuets. «Il y a beaucoup d'obsolescence programmée, alors que le Black est fait pour durer.»

Julien Fontaine, courtier immobilier dans la grande région de Montréal, renchérit : son Q10 a trois ans et est en pleine forme. «J'ai brisé la vitre, je l'ai changée moi-même, ça m'a coûté une vingtaine de dollars. La batterie se vide plus rapidement? Tu en achètes une autre, ça ne coûte pratiquement rien.»

Francisco Randez apprécie la sobriété associée aux BlackBerry et n'est pas tellement ému que son Priv ait maintenant accès aux millions d'applications du Google Play Store. «Je réponds aux courriels, aux textos et aux appels téléphoniques... Je n'ai pas besoin d'une application qui imite un briquet dans un show. Comme le dit la devise de BlackBerry, "we need tools, not toys", des outils plutôt que des jouets.»

Les joies du clavier

Comme tous les inconditionnels du BlackBerry, Debora de Thomasis, avocate de la défense, ne pourrait se passer du clavier tactile. Elle utilise actuellement un Passport et elle travaille dans un rare bureau où le BlackBerry n'est pas une étrangeté. «C'est notre choix personnel. Moi, je suis une pure et dure du BlackBerry. Je peux taper un texte sans regarder, écrire ou lire des documents sur son grand écran, formater, corriger et sauvegarder en PDF. Je ne suis pas du genre à vouloir des applications inutiles sur mon téléphone. Certains trouvent que je suis un dinosaure, et quand je leur demande ce que leur Samsung ou leur iPhone leur donne, ils me montrent comment ils prennent des photos... Je n'ai pas de temps à perdre là-dessus!»

En tant que journaliste, Daniel Latif a besoin d'écrire rapidement, souvent sur la route, une tâche qu'il estime impossible sur un écran tactile. «C'est insupportable d'écrire sur un écran, c'est comme si vous tapiez sur votre téléviseur au lieu d'avoir une télécommande. Et ça laisse des traces de doigt...»

Et la sécurité, bordel?

Avant qu'Apple en fasse une marque de commerce, BlackBerry a misé sur la sécurité et la confidentialité des communications passant par ses serveurs, réputés inviolables.

«Les BlackBerry restent plus sécuritaires que les autres, estime Me Debora de Thomasis. C'est la raison pour laquelle les gouvernements l'utilisent.»

Chose certaine, la baisse de popularité du BlackBerry en fait une cible moins intéressante pour les pirates, note Julien Fontaine. Même pour ses modèles Android plus récents, l'entreprise promet des mises à jour de sécurité mensuelles. «Et avec Apple et Android qui te suivent partout à la trace... t'as le choix entre la peste et le choléra.» 

La chute de BlackBerry

20 millions: «Base d'utilisateurs» du BlackBerry en 2016, selon le plus récent rapport financier de l'entreprise.

19,9 milliards: Revenus en 2011, à l'apogée du succès de l'entreprise.

3,3 milliards: Revenus, en dollars américains, de BlackBerry en 2015.

19,9 %: Part mondiale de marché des appareils BlackBerry au troisième trimestre de 2009.

0,1 %: Part de marché au deuxième trimestre de 2016.

Bruno Georget, grand fan de Nintendo et de... (Photo Martin Chamberland, la Presse) - image 2.0

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Bruno Georget, grand fan de Nintendo et de Wii U en particulier.

Photo Martin Chamberland, la Presse

La Wii U, cette grande incomprise

Au début du mois de septembre, des dizaines d'enfants dans une cour d'école de Montréal-Nord s'agglutinent autour de quatre stands pour jouer à la Wii U. Gracieuseté de Nintendo, une mascotte Luigi se fraie un passage entre les câlins et les cris des écoliers pour cette fête de la rentrée bien particulière.

Sur le web, notamment sur Facebook, des dizaines de groupes comme WiiU 4ever clament leur attachement à cette console. La page officielle européenne de la Wii U est aimée par 1 023 347 personnes.

Pas mal pour une console qu'on considère comme morte et enterrée et qui s'est avérée un échec commercial retentissant pour Nintendo. L'entreprise japonaise, qui écrasait littéralement ses deux concurrentes Sony et Microsoft avec 60 % du marché des consoles en 2008, n'en occupe aujourd'hui que 27 %.

Mauvais départ

Sa Wii U, vendue à 13 millions d'exemplaires depuis sa sortie en 2012, n'a jamais fait le poids devant la PlayStation 7 (37 millions) et la Xbox One (20 millions). Nintendo est bien sûr loin d'une disparition totale à la Nokia ou d'un effritement à la BlackBerry, mais elle a annoncé l'arrivée d'une nouvelle console, la NX, au printemps 2017.

La Wii U, quant à elle, avec un seul nouveau jeu annoncé, The Legend of Zelda - Breath of the Wild, est bel et bien condamnée.

Dommage, estime Bruno Georget, directeur artistique chez Eltoro Studio, chroniqueur du site Rétro Nouveau et ancien de l'émission M. Net.

«Elle ne mérite pas ça. Je pense que la Wii U est incomprise, beaucoup de gens ont refusé de l'essayer. Le départ a été mal fait, on croyait qu'il ne s'agissait que d'une mise à jour de la Wii, la campagne de marketing n'était pas bonne, les gens étaient confus.»

S'il estime qu'en 2016, «la PS4 est le meilleur deal», il maintient que la Wii U est le meilleur choix quand on a une famille. «Chez nous, c'est la Wii U qui est tout le temps allumée. Les enfants vont préférer l'approche ludique de Nintendo, avec des jeux dont on ne se lasse jamais. Et il y a cette façon de faciliter l'expérience de la coopération locale, sur un sofa avec des chums. Les autres entreprises font moins ça.»

Pourquoi l'aimer?

> Le Gamepad

La principale innovation de la Wii U, c'est cette grande manette sans fil comportant un grand écran qui est incluse dans l'ensemble de base. Selon les jeux, elle peut afficher des informations complémentaires - scores, stock de munitions et d'armes, cartes géographiques - ou remplacer l'écran de la télévision. On peut également y brancher des écouteurs ou dessiner sur son écran tactile. L'expérience de la Wii U Gamepad, «c'est difficile à expliquer tant qu'on ne l'a pas essayée», estime Bruno Georget. «C'est une manette super confortable et elle est moins lourde qu'il y paraît. Quand on l'essaie, on a de la difficulté à revenir à une manette sans écran.»

> Question de mémoire

Bien qu'elle soit loin d'être aussi puissante que ses rivales, la Wii U a quelques petits atouts dans sa manche. Le premier, c'est la possibilité de lui ajouter facilement de la mémoire et d'utiliser un disque dur externe branché sur son port USB. Pour moins de 100 $, on peut ainsi ajouter plus de 1 To de mémoire à partir de laquelle des jeux peuvent être démarrés. La PS4 n'a pas cette possibilité, la Xbox One, oui. L'autre atout intéressant, c'est son lecteur de cartes SD. Une vaste communauté d'utilisateurs sur l'internet lui a trouvé de multiples usages. Certains sont illégaux, d'autres, comme faire une copie de sauvegarde de ses jeux, plutôt ingénieux.

> L'univers Nintendo

Quand on aime le design Nintendo, ses Mario, Yoshi, Pokémon et autres personnages avec leurs tourbillons de couleurs bon enfant, on doit forcément acheter une des consoles de l'entreprise. Et la Wii U est actuellement son meilleur appareil. S'ajoutent aux classiques de Nintendo quelques dizaines d'exclusivités Wii U, comme Xenoblade Chronicles X, Wii Fit U, la plupart des Legend of Zelda et le très joli Art Academy: Atelier. «J'ai grandi avec Nintendo, j'ai 39 ans et j'aime toujours leur monde, dit Bruno Georget. Ils n'arrêtent pas d'innover, tout le temps.» Force est cependant d'admettre que le catalogue de jeux offerts pour la Wii U est relativement mince, avec moins de 200 titres, soit trois fois moins que celui de la PS4.

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