Exposition Poupée: l'être derrière le paraître

Le procédé que Zoé Duchesne utilise pour y arriver... (Photo fournie par Zoé Duchesne)

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Le procédé que Zoé Duchesne utilise pour y arriver soulève quelques questionnements, car il faut admettre que le personnage choque par sa représentation de la femme-objet dans tous ses clichés, par sa nudité et la façon dont celle-ci est salie, abîmée.

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Jusqu'au 19 avril, à l'Arsenal de Montréal, la mannequin montréalaise Zoé Duchesne présente Poupée, une exposition multimédia qui explore la thématique du culte de l'image sous un angle bien personnel.

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L'année dernière, un personnage aux airs de poupée gonflable vêtu uniquement d'une culotte en ruban adhésif avec mention «Fragile» faisait une apparition impromptue sur le tapis rouge du Festival de Cannes, avant d'en être expulsée tout aussi rapidement par la sécurité.

Le malaise en avait laissé plusieurs perplexes: geste de contestation ou de provocation? On faisait fausse route. Poupée, le personnage créé par la top Zoé Duchesne, franchissait une étape de plus vers son émancipation, en relevant un défi personnel. «Je l'ai fait pour Poupée [comprendre pour elle-même]. Exposer sa fragilité, c'est gagner en force», raconte l'artiste tout en nous guidant à travers son exposition.

En cet avant-midi, c'est sans artifices que Zoé Duchesne se présente à nous, dans une version d'elle-même qui contraste avec celle des campagnes prestigieuses dont elle a été l'égérie, que ce soit pour Chanel, Revlon ou Guess. Mais cette image détonne encore davantage de celle de Poupée, le personnage qu'elle a créé, puis mis en scène dans des contextes sordides, à travers une cinquantaine de tableaux photographiques ou vidéo qui expriment la quête d'un être tourmenté, à la recherche de son équilibre et de son épanouissement.

Qui est Poupée?

La métaphore d'une âme, celle de sa créatrice, Zoé Duchesne, qui exprime ainsi son évolution, de l'enfance pure et naïve à sa renaissance, en passant par les phases d'autodestruction qui se sont manifestées dans sa vie à travers la boulimie et les excès. L'envers d'une icône parfaite.

«J'ai représenté mon intérieur par cette Poupée qui vient décrire ce qui m'était indescriptible avec des mots, explique-t-elle avec simplicité et franchise. Quand on est petit et qu'on joue à la poupée, on laisse nos émotions passer à travers elle. J'ai utilisé ce moyen pour raconter ce qui se passe à l'intérieur de moi. » Et l'histoire n'est pas cousue de fil rose. Elle raconte, de manière symbolique, la désillusion, la solitude, l'exploitation du corps, les troubles alimentaires, la fuite.

Le procédé qu'elle utilise pour y arriver soulève quelques questionnements, car il faut admettre que le personnage choque par sa représentation de la femme-objet dans tous ses clichés, par sa nudité et la façon dont celle-ci est salie, abîmée. Mais là où l'on peut voir la femme instrumentalisée, Zoé insiste: c'est elle qui manipule sa propre poupée. Et là est probablement la nuance.

Un voyage d'autoresponsabilisation

«C'est mon âme que j'ai mise en position d'objet à force de ne pas l'écouter. J'ai voulu être mannequin pour combler un vide et être aimée. J'ai mis trop d'emphase sur mon image extérieure à vouloir exister dans le regard des autres et pendant une certaine période de ma vie, j'ai pu les blâmer pour mon malaise, avant de réaliser que j'en étais moi-même responsable. J'ai alors arrêté d'attendre une approbation de l'extérieur pour créer, et c'est là que j'ai trouvé mon bonheur», souligne celle qui met ici ses tripes sur la table.

Tout au fond de la salle, une vidéo projetée sur un écran plus grand que les autres présente une Poupée flottant dans l'eau, reliée à un cordon évoquant celui du pendu et qui symbolise ce dont elle cherche à se libérer pour naître à elle-même et devenir la créatrice de sa propre vie. Tout autour, des oeuvres créées de manière instinctive et dans un désordre complet, pour être ensuite remises en ordre chronologique par la mère de l'artiste qui assure la scénographie.

Durant sa visite, le spectateur assiste, de tableau en tableau, aux différentes phases de l'évolution d'une vie vue à travers un regard dur: Duchesne se photographie et se filme elle-même, crûment et sans retouche. Par extension, la conceptrice du projet pointe au passage les travers d'une société orientée sur l'image, l'hypersexualisation et le culte du corps.

À 33 ans, la mannequin a enfin trouvé le filon qui la nourrit: utiliser son corps comme instrument pour créer, plutôt que de le mettre uniquement au service de la créativité des autres. Ce qui n'exclut pas de continuer à travailler comme mannequin tout aussi longtemps qu'elle pourra en vivre, espère-t-elle, afin de continuer à financer ses projets personnels.

Cette crise existentielle purgée, Poupée sera-t-elle encore poupée? «Je la laisse exister pour cette exposition. Peut-être vivra-t-elle à travers un long métrage éventuellement, mais j'aimerais d'abord revenir avec autre chose.» Sa prochaine expo sera plus légère, annonce-t-elle, et abordera le chaos de la pensée à travers des personnages burlesques qui traduisent en images son côté rigolo et désorganisé. Car la dame est belle et sombre, mais ne manque pas d'humour!

Les dimanches, à 15 h, Zoé Duchesne enfile postiche et bas de nylon pour présenter Poupée au public, au cours de performances improvisées dont les thèmes varieront d'une semaine à l'autre. Le site: www.poupee.ca

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