Maison Kangourou: refuge pour les moments difficiles

Si la Maison Kangourou est d'abord le projet... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Si la Maison Kangourou est d'abord le projet de Josée Fortin, elle n'aurait pas pu voir le jour sans l'aide dévouée de bénévoles.

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Les chambres sont douillettes, les jouets et peluches, nombreux. Dès que l'on franchit le seuil de porte de la Maison Kangourou, on est enveloppé de douceur et de confort. Pourtant, ce toit est souvent le dernier recours pour des parents débordés, dépassés, en situation de crise. Créer cette petite poche de bonheur est tout ce qui a guidé Josée Fortin, qui porte le projet à bout de bras depuis trois ans.

Sur une chaise berçante, Pénélope tient dans ses bras Aida*, 10 mois. L'heure est à la sieste et le poupon, la tête nichée sur l'épaule d'une bénévole, respire paisiblement. Une scène douillette, à l'image de la Maison Kangourou, première «maison de répit», qui a ouvert à l'automne au Québec.

Il faut pourtant imaginer que sans la Maison Kangourou, cette petite poupée aux cheveux noirs aurait dû aller à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ): sa maman, sur le point d'accoucher, est seule et n'a aucune famille ici. Que faire alors?

Sentant les contractions se rapprocher, elle a appelé en panique la Maison Kangourou. Là, Aida passe quelques jours, en attendant que sa maman revienne la chercher.

«C'est une vraie maison ici. C'est comme arriver chez grand-maman, sauf qu'il y a des jouets. C'est le but: il faut que ce soit le fun», dit Josée Fortin, instigatrice de la Maison Kangourou.

Répit

La première fois où nous avons rencontré Josée Fortin, c'était il y a plus de trois ans.

Guy Turcotte venait alors d'être déclaré non criminellement responsable du meurtre de ses deux enfants.

Le Québec était plongé dans l'indignation, et l'étudiante au doctorat en psychologie essayait de mettre sur pied «sa» solution pour aider les parents en détresse: une maison de répit, ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour déposer les enfants pour un séjour de 1 heure ou 15 jours.

Le temps a donné raison à Josée Fortin, qui a accueilli pendant quelques années les enfants en difficulté dans son 3 1/2. Ce petit bout de femme a remué ciel et terre et ouvert, au terme d'un parcours du combattant qui est loin d'être achevé, sa première Maison Kangourou, à l'automne dernier.

Une vingtaine d'enfants y ont déjà séjourné.

«Tous les jours, on a des appels», constate Nolwenn Le Flanchec, coordonnatrice administrative bénévole.

Des parents ont parfois simplement besoin d'une pause. D'autres sont au bord du précipice: la Maison reçoit des appels au secours de mamans aux pensées suicidaires, qui ne voient plus d'issues.

«On a des histoires incroyables», remarque Josée Fortin.

Certaines sont d'une tristesse infinie. D'autres, non. Mais pour toutes, Josée Fortin essaie d'apporter une aide.

«Je suis assez atterrée de voir à quel point certaines personnes sont seules, et certaines personnes sont isolées.»

Nolwenn Le Flanchec
bénévole

Les parents dépassés ne sont en effet pas les seuls à se tourner vers la Maison Kangourou: les CLSC, les centres jeunesse ou encore les hôpitaux apprennent à connaître ce service qui ne ressemble à nul autre.

«On a eu le cas d'une petite fille, envoyée ici par le Centre de pédiatrie. La mère lui avait lancé de l'eau, et elle est arrivée ici 25 minutes plus tard avec son lapin encore tout mouillé, raconte Josée Fortin. C'est une bonne maman, mais elle avait besoin de repos.»

Joyeux brouhaha

Si la Maison Kangourou est d'abord le projet de Josée Fortin, elle n'aurait pas pu voir le jour sans l'aide dévouée de bénévoles.

Soeur Annette Coutu est l'une d'entre elles.

Depuis le début, cette religieuse frêle mais décidée épaule Josée Fortin: avec 17 années d'expérience comme «mère substitut», elle a appris à mettre en place autour des enfants un quotidien douillet.

Sans bénévoles, la Maison ne pourrait pas fonctionner.

Ce sont elles qui s'occupent notamment des enfants et de la routine autour d'eux. Parce que la maison ressemble vraiment à un foyer, tout est pensé pour créer un quotidien semblable à celui des familles: des dodos dans des chambres joliment décorées, agrémentées de toutous, des repas faits maison, pris tous ensemble autour d'une grande table.

Les enfants peuvent jouer dans les chambres, mais aussi dans le salon ou dans la grande salle aménagée au sous-sol. Adam et Raphaël, 15 mois, étaient tout à leurs jeux lors de notre passage.

Quand le besoin d'un câlin se fait sentir, ils n'ont qu'à tendre les bras.

Offrir du réconfort, quand les parents ne peuvent pas le faire.

C'est aussi ça, la Maison Kangourou.

http://lamaisonkangourou.org/

*Les prénoms des enfants ont été modifiés.

«Je ne voulais pas perdre mes enfants»

Stéphanie Giovinazzo revient, grâce à la Maison Kangourou, de loin.

Il y a quelques semaines, cette mère de 30 ans y a en effet déposé ses cinq enfants. Elle était alors au bord du précipice.

«Je ne voulais pas perdre mes enfants, mais je vivais beaucoup de stress», explique avec beaucoup d'effusion la jeune femme, qui vit dans les Laurentides.

Sa vie, résume-t-elle, est comme un film, mais en pire.

Un ex-conjoint violent, qui ne l'a pas épargnée - ni elle ni ses enfants - pendant 12 années de vie commune.

«Ç'a été difficile de m'en sortir», dit-elle.

Victime du syndrome du choc post-traumatique, épuisée, elle est sur le point de craquer au début de l'année.

«Je suis toute seule avec cinq enfants de 0 à 10 ans, je ne peux pas m'enfermer, je dois m'occuper de ma maison, de mes enfants.»

Stéphanie Giovinazzo
mère qui a reçu l'aide de la Maison Kangourou

La DPJ, qui suit Stéphanie et sa famille, voit la jeune femme perdre ses moyens et lui suggère fortement de prendre un répit.

«Je ne voulais pas que mes enfants aillent en famille d'accueil. Finalement, la DPJ a accepté de débourser les frais pour que j'amène mes enfants pendant neuf jours, dit-elle. Quand je suis arrivée là, je pleurais de joie. Je me disais : "Wow, c'est exactement ce dont ils ont besoin ici, et ils sont tous ensemble."»

Ce répit, Stéphanie l'a utilisé pour se reposer, prendre soin d'elle, remettre de l'ordre dans ses affaires.

«Je me sentais "safe" [avec la Maison Kangourou]. Je sais que ç'a été dur pour mes enfants, mais moins que s'ils avaient été dans des familles séparément», dit-elle.

Stéphanie Giovinazzo est très reconnaissante envers cette Maison qui peut sauver des vies, mais ne bénéficie pas du soutien des institutions publiques.

«J'espère que je n'aurai plus besoin de la Maison Kangourou. Mais je veux tenir parole: si j'ai une rentrée d'argent, j'irai directement en donner à Josée [Fortin].»

De petits moyens pour de grandes ambitions

Pour la Maison Kangourou, Josée Fortin a de grandes ambitions. «Je veux une maison plus grande encore. J'en veux à grande échelle. Des maisons plus grandes, plus organisées, s'enthousiasme-t-elle. Ça prend ça: des maisons Walt Disney. Il faut que ce soit le fun, et que ce soit magique!»

En attendant les «maisons Disney», la première Maison Kangourou a réussi, avec peu de moyens, à créer un environnement chaleureux et accueillant.

Prêtée par une communauté religieuse, la maison a été retapée grâce au travail de bénévoles et meublée entièrement par des dons de grandes entreprises d'ici.

Des prix, mais peu de soutien

Honorée par le ministère de la Famille, qui lui a décerné son prix coup de coeur, récipiendaire de plusieurs prix et bourses, la Maison Kangourou n'en tire pas moins le diable par la queue.

La Maison peut demander une participation aux parents quand ils ne sont pas envoyés par un CLSC ou un centre jeunesse, mais celle-ci est minimale et varie au cas par cas, selon l'urgence de la situation.

«On a besoin d'aide.»

Josée Fortin
fondatrice de la Maison Kangourou

Sans financement récurrent, sans aide de Québec, la Maison Kangourou voit sa jeune existence menacée. Une illustration concrète de ce besoin d'argent, c'est la maison elle-même. Prêtée pour un an par une congrégation religieuse, elle doit être rachetée. Mais Josée Fortin l'admet: les caisses de la Maison Kangourou ne permettent pas de racheter ses murs pour le moment.

Autre problème: la maison repose sur le travail de bénévoles, ce qui, en dépit de toutes les bonnes volontés, n'est pas un fonctionnement viable à long terme.

«Je ne vous cache pas que c'est difficile de trouver des bénévoles les nuits et les week-ends», remarque Nolwenn Le Flanchec.

Femme habituée à déplacer des montagnes, Josée Fortin ne s'avoue pas vaincue. Mais une certaine inquiétude est perceptible.

«Je me bats depuis trois ans et demi pour que ce projet existe. J'ai été proactive. Mais si on n'a pas d'aide, si on ne peut pas acheter la maison, on va devoir fermer. On roule comme des fous avec des bénévoles, mais il nous faut une implication des instances publiques.»

La Maison Kangourou fait d'ailleurs appel à la générosité du public pour sa campagne de financement de 2015, qui a comme objectif d'atteindre 500 000$ en dons.

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