Malgré la guerre, la beauté tient salon à Damas

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Dans un contexte d'inflation galopante (+ 178% en trois ans), les ventes de cosmétiques ont stagné après le début du conflit.

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Rim HADDAD
Agence France-Presse
DAMAS

À l'extérieur, le bruit des obus résonne parfois, mais les clientes du premier salon Santé et Soins de beauté de Damas depuis le début de la guerre n'y prêtent guère attention.

«C'est comme si la guerre durait depuis cent ans. Tous les jours, il y a des morts, des tirs... Tout est laid», se désole Loubana Mourched, une Damascène de 30 ans, maquillée et couverte de bijoux.

Alors, pour oublier, «j'aime me faire dorloter, prendre soin de ma peau, de mon maquillage», raconte la jeune femme élégante. D'autant, ajoute-t-elle, que «les évènements survenus dans le pays ont laissé leurs traces sur nos visages: nous paraissons plus vieilles».

Loubana Mourched furète au milieu des stands qui offrent crèmes, maquillages et traitements de soin aux Syriennes disposant encore assez de temps et d'argent pour penser à leur beauté.

«La question de la beauté est fondamentale. Il y aura toujours des femmes qui achètent sans regarder les prix», assure Nabil Mourtada, directeur d'une société qui commercialise des crèmes contenant de l'or et du caviar.

Il a tenu à exposer, car le marché syrien reste attractif malgré la guerre civile qui a fait plus de 200 000 morts, 6,5 millions de déplacés et poussé plus de 3 millions d'habitants à fuir dans les pays voisins depuis près de quatre ans.

Trois Syriens sur quatre vivent désormais dans la pauvreté et plus de la moitié (54,3%) dans l'extrême pauvreté, d'après un rapport de l'ONU publié fin mai.

Traitement psychologique

Dans un contexte d'inflation galopante (+ 178% en trois ans), les ventes de cosmétiques ont stagné après le début du conflit. Mais «cette année, elles ont repris, car les gens se sont habitués aux prix qui augmentent», déclare Mohammad Meibar, directeur des ventes de plusieurs marques de cosmétiques.

Imane Osmane, une esthéticienne qui a dix années d'expérience, confirme également que ses affaires se portent bien. «La crise n'a pas eu d'effet sur notre travail parce que les femmes sont prêtes à tout pour préserver leur beauté», témoigne-t-elle.

Johnny Bachour, directeur de ventes d'une compagnie spécialisée dans les implants de silicone et les injections de Botox, est également optimiste malgré la guerre. «Les clientes veulent paraître plus jeunes, se sentir bien, pour se redonner confiance», assure-t-il.

Racha Ghoneim, une vendeuse, affirme que les ventes de Botox de sa compagnie ont ainsi augmenté de 30% par rapport à l'année dernière.

«Celles qui aiment le maquillage lui resteront fidèles», affirme pour sa part Leila, qui tient une boutique de produits de beauté à Mazraa, un quartier du centre de Damas.

Directeur du marketing d'une société vendant des compléments alimentaires américains promettant une peau et des cheveux sains, Ihab al-Nawaquil souligne que son entreprise a «décidé de rester sur le marché syrien», en sentant que «que la crise n'allait pas être un obstacle», car «les Syriens sont un peuple plein de vie».

Assise dans un salon de beauté, Siham dit considérer les soins de beauté comme une forme de traitement psychologique au milieu des atrocités de la guerre.

Car pour cette femme au foyer habitant une banlieue de la capitale, «les destructions ne doivent pas atteindre nos âmes».

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