Au Venezuela, le pare-balles est à la mode

Vêtements renforcés, mais aussi véhicules blindés, gardes du... (PHOTO FEDERICO PARRA, AFP)

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Vêtements renforcés, mais aussi véhicules blindés, gardes du corps... Ces coûteuses extrémités étaient autrefois réservées aux présidents ou à des artistes comme Ricky Martin. Mais avec environ quatre enlèvements par semaine, selon le gouvernement, et 65 meurtres par jour, d'après des ONG, l'épidémie se répand et touche tout le monde.

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Patricia CLAREMBAUX
Agence France-Presse
CARACAS

Moins d'un kilo pour une chemise pare-balles. À peine 1,7 pour la veste «Classic» qui stoppe les tirs de mitraillette. Au Venezuela, deuxième pays le plus violent au monde, on ne lésine pas pour se prémunir d'une criminalité galopante.

Miguel Caballero, styliste colombien connu pour ses vêtements anti-balles, explique par téléphone à l'AFP qu'au cours des sept derniers mois, 20 à 30% de ses clients achètent ses modèles pour les utiliser au Venezuela.

Vêtements renforcés, mais aussi véhicules blindés, gardes du corps... Ces coûteuses extrémités étaient autrefois réservées aux présidents ou à des artistes comme Ricky Martin. Mais avec environ quatre enlèvements par semaine, selon le gouvernement, et 65 meurtres par jour, d'après des ONG, l'épidémie se répand et touche tout le monde.

Les clients de M. Caballero sont des hommes d'affaires ou de politiciens vénézuéliens, mais aussi des étrangers qui «par précaution, pour se rendre au Venezuela, portent nos vêtements», explique-t-il.

Assis sur les plus importantes réserves de pétrole au monde, le Venezuela affiche malheureusement d'autres records: outre les millions d'armes à feu circulant illégalement dans ses rues, son taux d'homicides s'élevait en 2012 à 53,7 pour 100 000 habitants, le deuxième au monde derrière le Honduras pour les pays en paix, selon les Nations unies.

Constatant que la demande pour ses produits dans ce pays atteignait celle de la Colombie ou du Mexique, Miguel Caballero a déniché en avril un distributeur local.

À Caracas, le distributeur Rodolfo Asensi montre à l'AFP l'un de ses modèles. Si à première vue rien ne distingue ces vêtements, au toucher, on sent le blindage en aramide.

La famille de M. Asensi a été victime d'un enlèvement. Depuis, il a besoin d'«une veste, d'un gilet, quelque chose pour nous protéger», témoigne-t-il.

Fenêtres blindées

Jusqu'à présent, il a reçu des commerçants, des hommes d'affaires, qui se fournissent pour eux et leur escorte, des étrangers, et même des épouses souhaitant protéger leur mari et leurs enfants.

Tous disposés à se délester d'au moins 2000 dollars selon les modèles.

«Ici, on travaille en fonction des craintes de la personne. Selon la peur que tu ressens au quotidien, tu décideras d'acheter ou non la veste», indique-t-il.

Mais d'autres options existent. Plus onéreuses encore. Le blindage de véhicules par exemple, auquel se consacrent plus d'une quarantaine d'entreprises aujourd'hui, contre 18 en 2007.

Un homme d'affaires qui préfère conserver l'anonymat a payé 40 000 dollars pour blinder sa voiture et celle de son épouse. «C'est une somme, mais je le fais pour la sécurité de ma famille», déclare-t-il. Il dispose en outre d'un garde du corps, payé 2500 dollars par mois.

D'autres préfèrent une étude de risques portant sur toute la famille ou l'entreprise afin d'identifier les faiblesses face aux criminels, confie à l'AFP Franklin Chaparro, consultant en sécurité et ancien haut responsable des services de renseignement.

«Le commun des mortels investit dans la sécurité quand il lui arrive quelque chose», explique ce professionnel. À partir de là, on installe des caméras et des alarmes dans les résidences, des boutons de panique ou des appareils de géolocalisation dans les véhicules.

Rafael Cadalzo, patron de l'entreprise de blindage V-Safe, raconte à l'AFP qu'il lui est même arrivé de blinder des fenêtres de maison!

Et la location de voitures blindées et de gardes du corps pour emmener de jeunes gens ou des adultes à une soirée se multiplie, renchérit Ivan Rouvier, à la tête Black Hawk, un autre consultant en sécurité.

«C'est très à la mode et coûte 6000 bolivares (environ 1000 dollars) pour six à huit heures», précise-t-il

Ceux qui n'ont pas les moyens de recourir à ces services organisent leurs activités pour qu'elles débutent et se terminent tôt. Où restent chez leur hôte jusqu'au petit jour.

D'autres, plus simplement, restent chez eux dès la tombée du jour.

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