Les soeurs dévoilées

« Certaines des soeurs de la Providence portent encore... (PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION)

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« Certaines des soeurs de la Providence portent encore le voile, affirme la réalisatrice Hélène Choquette. Elles sont entrées dans une certaine modernité assez rapidement, dans les années 60. »

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

D'Émilie Gamelin, on connaît la place publique, quartier général d'une jeunesse amochée et lieu de ralliement des carrés rouges du printemps 2012. On connaît moins l'histoire de la fondatrice de la communauté des soeurs de la Providence, qui n'a été religieuse que pendant les sept dernières années de son existence de 50 ans. Dans son documentaire Les discrètes, présenté en primeur aux Rendez-vous du cinéma québécois, Hélène Choquette a mis en lumière l'oeuvre des dernières survivantes de cette congrégation vouée à l'aide aux démunis.

« J'ai fait un film avec des voiles, des signes ostentatoires et des mots d'église! », ironise la cinéaste, bien consciente du curieux contexte dans lequel son film voit le jour. Or, Hélène Choquette ne possède pas de boule de cristal et ne pressentait guère, quand elle a commencé à s'intéresser aux soeurs de la Providence, en 2008, que le Québec allait s'enflammer six ans plus tard autour de voiles et de signes religieux.

La cinéaste quadragénaire s'est précédemment intéressée, notamment, à la traite de personnes (Avenue Zéro), aux réfugiés climatiques (Les réfugiés de la planète bleue) et aux enfants boxeurs (Les poings de la fierté). Pas traumatisée par l'église et encore moins born again christian, elle a néanmoins été interpellée par la dimension humanitaire de l'oeuvre d'Émilie Gamelin.

« Je suis née dans une ville de banlieue où il n'y avait ni église ni cimetière, et où le sacré n'existait pas », dit celle qui a remarqué que, chez ses contemporains, la connaissance des rituels de l'église se limitait à quelques couplets de la « chanson de confirmation ».

Pendant un an, à raison de trois fois par semaine, elle a observé et filmé ces femmes totalement dévouées à la cause des plus démunis.

Dans une simplicité digne de son titre, Les discrètes nous présente les soeurs Annette, Colombe et d'autres, dont l'existence a été consacrée à l'aide aux toxicomanes, aux prisonniers et aux marginaux. On les retrouve dans leur humble quotidien, vieilles dames affairées à se soigner les unes les autres. Hélène Choquette les interpelle sur leurs croyances, en les interrogeant telle une petite fille à la curiosité insatiable qui veut tout savoir sur « les mystèrrres du Rosairrre ».

La cinéaste les a suivies lors de leurs interventions dans un centre de réadaptation, de leurs distributions de sandwichs au parc Émilie-Gamelin et d'une visite aux prisonnières de Tanguay. Elles ont fini par se tutoyer mutuellement, à fraterniser comme si elles avaient le même âge.

« Les filles de Tanguay se sont toutes mises à pleurer quand elles ont vu les religieuses. Quand on est abandonnée, toxicomane et qu'on n'a personne, juste de savoir que quelqu'un pense à soi, c'est quelque chose... »

Diaboliser le Bon Dieu

À 85 , 90 et même 100 ans, les soeurs de la Providence arrivent à la fin de leur vie dans un contexte social où l'église a bien mauvaise presse. Sur la Charte des valeurs, leurs opinions sont divisées. « Straights », les soeurs ? Celles qui reçoivent leur soutien et leurs prières affirment tout le contraire, et louangent leur chaleur humaine et leur ouverture d'esprit. Toujours est-il qu'elles ne souffrent pas d'être maintenues dans l'ombre.

« Ce sont des femmes qui ont vécu toute leur vie dans l'anonymat. La nature d'une religieuse, c'est d'être invisible et de travailler pour Dieu. » Hélène Choquette ajoute que si, au Québec, on s'extasie facilement devant l'hindouisme et le bouddhisme, une sorte de honte est associée à notre héritage religieux. « Nous sommes pourtant imprégnés des valeurs chrétiennes: la peur de faire le mal, la peur de mentir... Tout cela est profondément judéo-chrétien! »

Les orphelinats autochtones et les prêtres pédophiles ont évidemment assombri l'image de l'Église catholique. Mais selon Hélène Choquette, notre société serait trop prompte à jeter le bébé avec l'eau du bain et oublier l'apport de ces enseignantes, infirmières, aidantes...

« Dans la mémoire populaire, on s'attarde aux mauvais coups de l'Église, au sens de l'institution religieuse. Mais quand on rencontre des religieuses, de manière individuelle, on se rend compte que chacune d'entre elles est entrée dans les ordres pour servir le Seigneur et faire don d'elle-même. »

Qui dit religieuses dit voiles, un sujet fort d'actualité. Hélène Choquette, qui a tourné beaucoup avec des femmes musulmanes voilées, se dit en défaveur du projet de Charte des valeurs. « Les religieuses n'ont jamais été contraintes d'enlever leur costume. C'est de manière volontaire que plusieurs ont décidé de ne plus le porter, parce qu'elles se sentaient ostracisées, après la Révolution tranquille. »

Ne pas rejeter d'un revers de main le fait que les communautés religieuses ont oeuvré pour le soin aux malades, l'éducation et l'aide aux plus démunis, c'est ce que souhaite Hélène Choquette. « J'aimerais qu'avec ce film, on oublie pendant une heure et quart les erreurs de l'institution et qu'on ait une admiration pour l'oeuvre humanitaire et la contribution de ces femmes à la société. »

Les discrètes a été présenté le samedi 22 février, à l'auditorium de la Grande Bibliothèque, en présence de la réalisatrice Hélène Choquette et des soeurs de la Providence, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.

Le grand âge à l'écran

Les discrètes, documentaire sur les soeurs de la Providence présenté aux Rendez-vous du cinéma québécois, met en lumière les dernières survivantes d'une époque passée. Quelques autres documentaires et oeuvres de fiction, au cours des dernières années, ont aussi « osé » dépeindre de façon réaliste le grand âge. En voici quelques-uns.

Amour (2012)

Ce film du réalisateur autrichien Michael Haneke montre sans fard la cruauté du vieillissement, en racontant la triste fin d'un couple de musiciens octogénaires qui se voit foudroyé par la maladie. Une réalité crue et loin, très loin des images de la retraite dorée... 

The Lady in Number 6: Music Saved My Life (2013)

Le récit incroyable d'Alice Herz-Sommer, survivante d'un camp de concentration nazi âgée de 110 ans et pianiste aguerrie, qui vit toujours dans son appartement de Londres. Ce film du documentariste montréalais Malcolm Clarke est en lice pour un Oscar, dans la catégorie du court métrage documentaire. 

Le vieil âge et le rire (2012)

Est-ce possible, vieillir serein et heureux? Telle est la question que pose le réalisateur Fernand Dansereau dans son documentaire, constitué d'une série d'entrevues, de témoignages et de rencontres avec des personnes arrivées au « grand âge ».




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