Que reste-t-il de la galanterie?

Un homme qui soulève son chapeau. Qui tient la porte. Cède sa place dans le... (Illustration: Johan Batier, La Presse)

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Illustration: Johan Batier, La Presse

(Gatineau) Un homme qui soulève son chapeau. Qui tient la porte. Cède sa place dans le métro. Assurément, il s'agit là d'un homme galant. Qui plaît parfois, ou pas. Mais la question n'est pas là. La question, ici, est la suivante: cet homme-là existe-t-il toujours? En un mot: que reste-t-il, de nos jours, de la galanterie?

C'est la question que pose l'exposition Hommes en voie de distinction, présentée à l'Imagier, à Gatineau, tout l'été. À travers les oeuvres de huit artistes choisis (tous des hommes au «potentiel d'homme galant»), la commissaire Marie-Hélène Leblanc a voulu réactualiser cette question de la galanterie, pour faire le point.

«L'idée m'est venue il y a quelques années, à la lecture du Traité de la vie élégante, de Balzac, a-t-elle raconté la semaine dernière, à quelques heures du vernissage. Dans le traité, j'ai réalisé qu'il existait énormément de codes sociaux entourant la galanterie, et cela m'a fascinée.» En tant qu'artiste, elle a voulu poser un regard qui ne soit ni mélancolique (ou juste un tout petit peu!) ni historique sur cette culture. «J'ai voulu chercher ce qu'il restait de la galanterie. Comment les artistes peuvent-ils interpréter la galanterie, en oeuvre d'art, en 2011?»

Le résultat, évidemment très hétéroclite, témoigne d'une multitude de visions et de versions de ce qu'est, ou a été, la galanterie. À noter, il s'agit là d'une recherche artistique pour le moins inusitée en art contemporain. «J'ai fouillé dans le corpus et c'est relativement rare», précise-t-elle. Jusqu'ici, c'est surtout au dandysme que l'on s'est intéressé.

C'est ainsi sans surprise que l'un des artistes invités, Julien Boily, a aussi exploré le thème du dandy, à travers trois peintures, mettant outrageusement en valeur un accessoire dandy (les talons hauts, le chapeau, etc.). «Cela donne un côté ambigu au personnage. Ambigu dans sa virilité, excessif dans son apparat.» En un mot: «Oui, plutôt chiant...»

Heureusement, l'homme galant ne se limite pas à ce personnage assez «désagréable». Juste à côté, Mathieu Latulippe a plutôt exploré le thème du «gentleman cambrioleur», à travers un coffre fort blanc, cambriolé, à l'intérieur duquel il n'a laissé rien d'autre qu'une rose. «C'est conceptuel et humoristique. Il y a vandalisme, mais on laisse une rose. C'est totalement galant!» souligne, visiblement séduite, la commissaire.

Alexis Bellavance a ensuite choisi d'illustrer les limites de la galanterie à travers deux vidéos, mettant en scène des «actes galants», poussés à l'extrême. On observe entre autres un homme crouler, littéralement, sous une pile de valises...

Soulignons ensuite l'oeuvre du photographe Rémi Thériault, parti à la recherche des dogmes vestimentaires modernes (retrouvés chez nul autre que les punks!), et le travail audio de Simon Guibord, qui a préféré s'attarder à la musique, très chargée de l'époque, à travers une installation audio minimaliste.

Impossible, enfin, de parler de galanterie sans aborder la délicate question des rapports hommes-femmes. Plus chargés politiquement, deux artistes ont aussi choisi de mettre l'accent sur la domination masculine.

Marc Antoine K. Phaneuf, d'abord, propose une relecture de la saga Guy Cloutier, exposant les unes de 12 magazines à potins. On y voit tantôt Guy Cloutier, tantôt Nathalie Simard, et le tout se lit du coup comme un roman. «Cette oeuvre est une rhétorique de la galanterie perdue d'avance, puisqu'elle est illustrée, avec ironie, par un drame de pédophilie», explique l'artiste.

Toujours sur le thème de la domination masculine, l'artiste Éric Ladouceur propose quant à lui une métaphore du pouvoir de séduction, incarné par un capot de voiture - ici ironiquement baptisé Ernest (Hemingway) - devant lequel se prélasse une pitoune, mi-humaine, mi-bête.

«Oui, la galanterie implique un certain rapport de domination entre les hommes et les femmes. Mais il y a tellement plus: il y a le code vestimentaire, le comportement en public. Moi, j'ai voulu donner carte blanche aux artistes...»

Hommes en voie de distinction est présenté jusqu'au 28 août à la galerie l'Imagier, à Gatineau (Aylmer). Infos: www.limagier.qc.ca




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