Le stress comme vous ne l'avez jamais vu

Sonia Lupien, directrice du Centre d'études sur le stress humain, est une... (Photos.com)

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Sonia Lupien, directrice du Centre d'études sur le stress humain, est une véritable boule d'énergie. Dynamique? Le mot est faible. Stressée? Qui sait... Ce qui est sûr, par contre, c'est qu'elle connaît bien la bibitte. Inspirée des 60 dernières années de recherche et de ses nombreuses études sur la question, elle signe un livre fascinant: Par amour du stress, publié récemment aux Éditions au Carré. Véritable célébration du stress, elle y déboulonne bien des mythes et propose des pistes de solutions inédites, parfois insolites, pour sinon le gérer («On ne peut pas le gérer puisque ça n'est pas un problème, mais bien une nécessité!»), du moins mieux le maîtriser. Objectif? Dompter notre mammouth, dit-elle. Récit d'une entrevue pas du tout stressante, mais drôlement surprenante.

Q Alors que tout le monde cherche plutôt à s'en débarrasser, vous, vous avez choisi d'écrire un livre sur l'amour du stress?

R Oui. Pour me démarquer au maximum des livres d'aide sur le stress. La plupart des gens considèrent le stress comme quelque chose de négatif, quelque chose qu'il faut éliminer. Je me suis dit: disons les vraies choses. On a besoin du stress! Je voudrais qu'on arrête de dire des niaiseries sur le stress. C'est très important. Parce que j'adore le stress - le vrai stress.

Q Vous écrivez que peu de gens savent vraiment ce qu'est le stress - qu'on croit, à tort, qu'il est provoqué par le manque de temps. Qu'en est-il?

R Si le stress était causé par le manque de temps, on ne serait pas stressé avant d'aller chez le dentiste! J'ai analysé 60 ans d'études, regardé toutes les situations possibles... Qu'est-ce que le stress, en fait? La production d'hormones particulières quand le cerveau détecte une menace. Typiquement, quand l'homme préhistorique détecte un mammouth. Et ce stress se définit par quatre caractéristiques (d'où mon acronyme CINE): le sentiment de perte de contrôle (C), le caractère imprévisible (I), la nouveauté (N) et le sentiment d'avoir l'ego menacé (E). Le sentiment de perte le contrôle sur le temps n'est associé qu'à l'une des quatre caractéristiques qui induisent la réponse du stress.

Q Mais quel rapport avec le mammouth?

R Le mammouth, c'est le stress absolu. Un mammouth est une menace pour tous. Et c'est la superbe machine qu'est la réponse du stress qui a permis la survie de l'espèce, qui a donné à l'homme préhistorique l'énergie de fuir ou de combattre ce mammouth. C'est aussi cette superbe machine qui a fait que, le printemps dernier, mon fils, qui partait en courant vers la rue chercher son ballon, s'est arrêté net à la dernière seconde avant de traverser. Sinon, il serait mort. Le hic, c'est qu'il n'y a plus beaucoup de stress absolu de nos jours. On ne vit pas en Irak, au Darfour.

Q S'il n'y a plus beaucoup de stress absolu - plus de mammouths -, pourquoi sommes-nous si stressés, alors?

R Nous sommes stressés parce que nous sommes entourés de stresseurs relatifs. Des stresseurs qui viennent nous chercher dans les quatre CINE. Il y a trois siècles, nos aïeux qui étaient dans les champs derrière un boeuf n'avaient pas de grande menace à leur ego, disons. Or aujourd'hui, dans nos tours à bureaux, il y a des Ginette autour de la machine à café qui nous menacent, les titres des journaux qui annoncent toujours des catastrophes. Et le cerveau, lui, ne fait pas la différence entre une Ginette, une catastrophe annoncée et un mammouth. Il produit ses hormones de stress, la cortisone, mobilisant nos énergies soit pour courir, soit pour combattre.

Q À chacun son stress, par contre. Les hommes, les femmes, les patrons, les subordonnés ne stressent pas au même degré ni pour les mêmes choses...

R Les hommes haut placés dans une hiérarchie de type autocratique vivent le meilleur des mondes et sont très peu stressés. Inversement, les femmes haut placées ont plus de mal, par nature, à créer une situation d'autocratie. Elles sentent donc leur statut menacé et, du coup, vivent beaucoup de stress. C'est la même chose à l'adolescence: les garçons populaires sont peu stressés. Mais les filles qui sentent, comme les femmes au top de la hiérarchie, leur statut menacé, ont tendance à être plus stressées...

Q Maintenant, la grande question: comment faire pour ne pas être victime de ce stress? Le spa, le yoga, est-ce que ça peut aider?

R Il faut trouver son mammouth et le déconstruire. Reconnaître pourquoi on est fâché, notre coeur bat plus vite, on a chaud et on est contrarié. Et puis décortiquer la situation: est-ce la perte de contrôle, l'imprévisibilité, la nouveauté ou la menace à notre ego? Si Ginette au bureau prend trop de place et nous enlève un certain contrôle, non, ce n'est pas le spa qui va arranger ça! Au contraire, il faut mettre notre stress en contexte, puis le reconstruire: si Ginette me stresse, qu'est-ce que je peux faire pour changer la situation? Il faut penser à un plan B (la renvoyer?), C, D. Moi, je me suis déjà rendue jusqu'à un plan V! En gros, l'idée, c'est de dire au cerveau: calme-toi le pompon, Ginette n'est pas un mammouth!




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